Biotechnologie : La R&D, grande oubliée du feuilleton Metabolic Explorer

Avec l'offre de reprise de l'usine de Metabolic Explorer à Amiens par le groupe Avril, l'avenir des sites industriels du groupe est quasi assuré. Mais qu'en est-il des activités de R&D et du savoir-faire de la société : la biotechnologie ?

Réservé aux abonnés
Metex usine Amiens
L'usine d'Amiens de Metabolic Explorer fait l'objet d'une offre de reprise déposée par le groupe Avril.

C’est acté : le groupe Avril propose de reprendre l’usine Metex Nøøvistago d’Amiens (Somme) du groupe Metabolic Explorer. Cette offre de reprise de l’unique unité européenne de production de lysine par voie de fermentation est faite conjointement avec le fonds d’investissement Sociétés de projets industriels (SPI) de Bpifrance. Elle comprend également la reprise des activités commerciales ainsi que des activités de R&D indispensables à l’exploitation de l’usine d’Amiens, dont une partie est située à Saint-Beauzire dans le Puy-de-Dôme. Mais c’est là que le bât blesse. En effet, cette offre ne propose de reprendre que 30 postes du site auvergnat sur un total de 80. Bien que le groupe précise dans son communiqué que «les administrateurs judiciaires ont reçu une manifestation d’intérêt d’un nouveau candidat portant sur les activités de R&D de Metabolic Explorer», il semblerait que la R&D du groupe – pourtant son cœur de métier – ait été quelque peu oubliée au cours des évènements.

En effet, si, aujourd’hui, l’unité de lysine constitue le cheval de bataille principal du groupe, le savoir-faire de la société porte plus sur la R&D et les biotechnologies. Avant l’acquisition du site d’Amiens (ex-Ajinomoto), Metabolic Explorer exploitait deux plateformes : une à Saint-Beauzire et l’autre à Carling Saint-Avold. La première, baptisée Metex Altanøøv, avait vocation à développer et industrialiser une nouvelle technologie par an. Le groupe avait d’ailleurs obtenu une subvention de 9,6 millions d’euros dans le cadre de France Relance pour l’industrialisation de la production d’acide glycolique (AG). La deuxième plateforme, Metex Nøøvista, basée à Carling Saint-Avold (Moselle), est une unité industrielle d’une capacité de production annuelle de 6 000 tonnes d’acide butyrique (AB) et de 1,3-propanediol (PDO), les deux produits «phares» de Metex. Aujourd’hui, cette unité fait l’objet d’une offre de reprise de la société Maash – spécialiste de la production de protéines de champignon par fermentation – au sujet de laquelle le tribunal de commerce de Paris se prononcera, le 25 juin prochain. Là encore, le savoir-faire de Metex pourrait disparaître, puisque l’offre de reprise de l’unité table sur un changement d’une partie des productions.

L’acquisition de l’ancien site d’Ajinomoto avait vocation à accélérer l’industrialisation des technologies développées au sein de la plateforme Altanøøv. Au moment de la transaction, le groupe expliquait que cette unité produisait des acides aminés de commodité (la lysine et la thréonine) à hauteur de 80 %, et que les 20 % restants étaient des acides aminés de spécialité à haute valeur ajoutée (valine et tryptophane). Avec le projet de produire de l’AG sur le site d’Amiens, la part des produits de commodité devait tomber à 40 %, en 2022-2023.

Si plus de 300 postes et des installations industrielles sont en passe d’être sauvés, que restera-t-il de la technologie de Metabolic Explorer ? Société de biotech industrielle, elle avait l’ambition de produire des produits chimiques autrement. Elle se basait sur les biotechnologies et une matière première biosourcée afin d’aider l’industrie chimique à diminuer son utilisation de ressources fossiles. Cette ambition de décarbonation du secteur de la chimie grâce aux voies biotech prend ici du plomb dans l’aile.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.