[Édito] Tous derrière Metex et la biotech industrielle

Metex a annoncé la sollicitation du Tribunal de commerce pour l’ouverture d’une procédure de sauvegarde, concomitante à une demande d’ouverture de procédures de redressement judiciaire pour ses filiales opérationnelles Metex Nøøvista et Metex Nøøvistago. En prenant cette décision, le conseil d’administration du groupe espère s’être donné les moyens de poursuivre les discussions avec les pouvoirs publics au sujet du sucre.

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Metex Noovista
Basé sur un procédé de biotech industrielle, Metex Nøøvista incarne le renouveau de la chimie.

Depuis plusieurs mois, les nouvelles sont mauvaises. Entre les prix beaucoup trop élevés du sucre et de l’énergie et un dumping chinois exacerbé, le spécialiste français de la fermentation industrielle Metabolic Explorer (Metex) est en difficulté. Et malgré un refinancement de 73 millions d’euros, en janvier 2023, avec l’aide de l’État, les résultats de l’exercice 2023 ont été catastrophiques. Une chute de 42 % du chiffre d’affaires a fait basculer le groupe autour des 130 M€, en 2023. Pire, Metex fait désormais l’objet d’une procédure de sauvegarde. Son cours a été temporairement suspendu et ses deux filiales, Metex Nøøvista, et Metex Nøøvistago, placées en redressement judiciaire. La première correspond aux activités de propanediol et d’acide butyrique de Carling, en Moselle. La seconde à celles des acides aminés, ex-Ajinomoto, à Amiens. Bien entendu, l’objectif de cette procédure n’est pas de fermer boutique, mais « d’évaluer toutes les solutions permettant de pérenniser l’activité du groupe et de maintenir les emplois, le cas échéant via la recherche d’investisseurs dans le cadre d’un processus ouvert et compétitif », explique la société. Les discussions avec les pouvoirs publics pour un accès au sucre à un coût compétitif restent aussi d’actualité.

Or l’épisode est des plus inquiétants, tant pour les 450 salariés du groupe que pour tout le secteur de la biotech industrielle, en manque de flagships pour lui donner de la crédibilité. On a assisté à l’échec de l’industrialisation de l’acide succinique biosourcé, avec la disparition de BioAmber, Myriant, Reverdia…, alors que ce produit était le premier candidat d’une nouvelle génération de produits basés sur la biotech. Deinove a disparu. Les projets de biocarburant 2G n’ont pas percé. Clariant vient de "bazarder" son activité Sunliquid, industrialisée en Roumanie.

La biotech industrielle, discipline d'avenir

Pour autant, il faut continuer à croire à la biotech industrielle. Car cette approche, basée sur la biologie de synthèse (ou modification génétique de micro-organismes), n’a pas encore livré tous ses secrets. Or si l’on veut réindustrialiser la chimie sur notre territoire, ce ne sera pas via la chimie lourde et les vapocraqueurs irrémédiablement partis au plus près de leurs sources de matière première, mais en se tournant vers ce type d’innovation. D’autant plus qu’il y a aussi des succès. Jusqu’ici, Afyren semble bien s’en sortir avec son industrialisation d’acides organique, à Carling. Global Bioenergies est enfin en lice pour construire sa première usine d’isobutène, grâce au succès de dérivés dans la cosmétique. Le centre de développement et de démonstration ARD tourne à plein, à Bazancourt Pomacle. Il a récemment inauguré un réacteur de fermentation de plus de 200 m3 . Tout près de lui, Givaudan est en passe d’étendre ses installations de fermentation, au point de faire déménager le CEBB. On a aussi un expert de la conception des micro-organismes et des procédés, avec Abolis, hébergé au Genopole. Et le nouveau champion de la chimie de spécialité Syensqo, qui produit déjà de la vanilline par fermentation, à Saint-Fons, ne fait pas mystère de ses velléités dans le domaine. Ce qui nous amène au constat que l’une des clés du succès est bien de se tourner vers des molécules à forte valeur ajoutée pour lesquelles le client final réclame du biosourcé, l’absence de toxicité, parfois de la biodégradabilité, et vis à vis desquelles la réglementation peut aider. Fini les rêves de grandeur et d’intermédiaires à gros volumes. Vingt années de tâtonnements donnent une idée plus claire du chemin à emprunter.  

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