L’électricité est-elle un bien public ou un produit marchand comme un autre ? Les salariés d’EDF invitent les Français à se poser la question. Le 27 janvier, le Comité social et économique central (CSEC) d’EDF a lancé une campagne nationale de communication multimédia, montrant le visage d'un enfant adjoint du slogan "Quand il/elle vous demandera pourquoi vous avez laissé privatiser EDF, que répondrez-vous ?" 4 000 affiches ont été collées et des vidéos tournées.
Ils expliquent leur démarche sur un nouveau site web, energie-publique.fr, où ils invitent les visiteurs à signer une pétition contre le projet de refonte d'EDF. Ils ont même préparé des "kits de survie sans électricité", comprenant briquets, lampes torches, bonnet...
Cinquième journée de mobilisation
En ligne de mire de cette campagne, l’abandon du projet Hercule de scission du groupe EDF en trois entités distinctes: un EDF Bleu et un EDF Azur, 100 % publics, pour le nucléaire et l’hydraulique, et un EDF Vert, coté en Bourse, pour les renouvelables, les réseaux, les services énergétiques, la vente et les Outre-mer. Depuis qu’il leur a été présenté en juin 2019, les syndicats d’EDF sont tous farouchement opposé à ce projet. Réunis en intersyndicale, ils dénoncent d’une part une "privatisation de l’électron" qui au final serait payée par les consommateurs, et d’autre part une "coupure définitive entre la production d’électricité et la vente, qui est dans l’ADN d’EDF depuis 1946".

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3 Avril 2026
Gazole France TTC€/litre
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Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
Les syndicats ont déjà, malgré la crise sanitaire, réussi à mobiliser plus de 25 % des salariés français du groupe, lors de quatre journées de grève. Un nouveau mouvement social est prévu pour le 10 février, date à laquelle Jean-Bernard Levy, PDG d’EDF, sera auditionné par les parlementaires des Commissions des affaires économiques de l'Assemblée nationale et du Sénat sur ce projet. Cette journée d'action devrait, comme les précédentes, avoir "un impact sur la production électrique", a averti Philippe Page Le Mérour, secrétaire du CSEC d’EDF, lors d’une conférence de presse.
Dresser le bilan de la dérégulation
Le CSEC d’EDF, qui relaie la stratégie de l’intersyndicale sur ce sujet, ne se contente pas de demander l’abandon du projet Hercule au gouvernement, qui le négocie toujours à Bruxelles. Les salariés d’EDF voudraient que soit dressé le bilan des vingt années de dérégulation de l’énergie, avant de proposer des pistes de solutions aux deux principaux problèmes qu’ils ont identifiés pour EDF : une "sous-capitalisation" qui l’empêche d’investir dans de nouveaux gros projets et une " sous-rémunération" de sa production électronucléaire, à cause du mécanisme de l’Arenh, qui permet à ses concurrents de lui acheter de l'électricité nucléaire à un tarif fixe, y compris sous le prix de marché. Ils demandent d’ailleurs que le gouvernement et la Commission de régulation de l’énergie (CRE) puissent réévaluer le tarif Arenh (42 euros le mégawattheure depuis 2011) sans avoir à demander l’autorisation à Bruxelles.
Quid du Conseil des parties prenantes?
Hasard des calendriers ou communication orchestrée, la direction d’EDF a annoncé le même jour la mise en place de son conseil de parties prenantes. Ses 13 membres, personnalités de la société civile - des spécialistes de l’environnement et du climat, des universitaires, des représentants de collectifs d’étudiants et de consommateurs, des économistes et des acteurs des solidarités - doivent apporter leur regard sur les orientations stratégiques du groupe. Leurs avis sur Hercule et sur la notion d’énergie comme bien public seraient intéressants à connaître. Reste à savoir si Jean-Bernard Lévy va le leur demander.



