Depuis l’arrestation fin 2018 de sa directrice financière, Meng Wanzhou, Huawei a anticipé l’embargo américain, qui restreint son accès aux puces et technologies Made in USA depuis mai 2019, en procédant à la refonte de sa chaine logistique de façon à réduire sa dépendance vers des fournisseurs yankees. Le résultat reste pour le moins mitigé dans la 5G.
38 % du contenu assuré en interne
Selon le désossage et l’analyse des composants d’une de ses stations de base 5G par le Nikkei avec l’aide du cabinet japonais de rétro ingénierie Fomalhaut Techno Solutions, le grand équipementier télécoms chinois dépend à près de 30 % en valeur de puces américaines. Au moins six fournisseurs yankees clés sont identifiés : Analog Devices pour l’amplificateur radiofréquences, Broadcom pour les commutateurs radiofréquences, Texas Instruments pour les circuits de gestion de l’alimentation, Cypress (avalé par l’allemand Infineon en avril 2020) pour les mémoires flash NOR, et Altice et Xilinx pour les circuits logiques programmables (FPGA pour Field programmable gate arrays).
Huawei assure en interne plus de 38 % de la valeur avec des puces développées par HiSilicon, son bras armé dans les semi-conducteurs, et fabriquées chez des fondeurs comme le taïwanais TSMC, le chinois SMIC ou le taïwanais Win. C’est le cas notamment pour le composant central, le processeur de traitement. Il est fabriqué par TSMC. Mais avec le troisième round des sanctions américaines décrétées en août 2020, ces fondeurs, qui utilisent tous des équipements et technologies US, ne peuvent plus livrer leurs services à Huawei.
Deux ans de stock
Les volumes consommés dans cette activité d’équipements de réseaux restent modestes en comparaison avec ceux réclamés par l’activité des smartphones. C’est pourquoi Huawei a pris la précaution d’assurer ses arrières en accumulant des stocks suffisants pour tenir pendant deux ans, selon les informations recueillies par le Nikkei.
Les dernières règles de l’embargo américain imposent une demande de licence préalable à tous les fournisseurs utilisant de la technologie Made in USA, et ce qu'ils soient basés aux Etats-Unis ou à l'extérieur. AMD et Intel ont annoncé avoir obtenu une licence pour « certaines fournitures ». Les analystes voient cette autorisation limitée aux puces à destination des produits grand public (smartphones, tablettes, PC, téléviseurs et objets connectés) et des serveurs. Mais pas aux équipements de réseaux 5G, dont les Etats-Unis font un axe clé de souveraineté et sécurité nationale.



