Les déplacements de la ministre déléguée à l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher, sur les sites de Hayange (Moselle) le 13 septembre et d’Ascoval à Saint-Saulve (Nord) le 18 septembre sont l’occasion pour leur nouveau propriétaire, Saarstahl (groupe SHS), de préciser ses intentions. Le sidérurgiste allemand, repreneur en août de l’usine lorraine et de son principal fournisseur d’acier, donne des gages de stabilité, faisant presque oublier les turbulences traversées sous la direction de l’ancien actionnaire, Liberty Steel.
Karl-Ulrich Köhler, président de SHS, s’est voulu rassurant devant les représentants des 430 salariés de l’usine rebaptisée Saarstahl Rail. Le dirigeant a insisté sur les liens entre la France et le groupe sarrois de 13 000 salariés (3,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2020) : SHS exploite notamment à Dunkerque (Nord) une usine rattachée à Dillinger, sa filiale spécialisée dans des produits plats. Le président du groupe SHS s’est félicité que la seconde entité du groupe, Saarstahl, spécialiste des produits longs, fasse son entrée sur le marché du rail, un marché trusté en Europe par l’autrichien Voestalpine ou encore ArcelorMittal, candidat malheureux à la reprise de Hayange et d’Ascoval.
Barres d’acier bas carbone
"Le site de Hayange constitue un actif clé en vue de contribuer à la stratégie européenne de transition écologique et de mobilité bas carbone. Grâce aux synergies mises en place depuis un an avec l’aciérie Ascoval de Saint-Saulve, le laminoir à rails bénéficie d’un avantage compétitif. L’usine produit des rails à partir de barres d’acier issues du recyclage de ferrailles dans un four à arc électrique", a rappelé Karl-Ulrich Köhler. Le procédé émettrait dix fois mois de carbone par rapport à un acier fabriqué en haut-fourneau.

- 47515.45-2.38
Mars 2026
Cours mensuel de l'étain - settlement$ USD/tonne
- 2168+2.94
Avril 2026
Demi-produits X5 Cr Ni18-10 (1.4301) - Ecart d'alliage€/tonne
Saarstahl s’est parallèlement engagé à abonder les besoins en fonds de roulement de l’usine et à investir 30 millions d’euros sur les cinq prochaines années, principalement sur les cinq cages du laminoir à chaud. "Le manque d’investissement constaté depuis 2016 sous la direction Liberty Steel et de son prédécesseur Greybull Capital ont eu pour conséquence une réduction des performances et un abaissement de la disponibilité de l’usine pour produire", a regretté Gérard Glas, président de Saarstahl Rail.
Recyclage de rails SNCF
La restauration des capacités de production s’accompagne chez Saarstahl d’une volonté de construire une filière basée sur l’économie circulaire, autrement dit le recyclage des rails usagés. La moitié de la production de Hayange est destinée à la SNCF à raison de 140 000 tonnes par an, mais Ascoval ne recycle pour le moment que 20 000 tonnes par an fournis par l’entreprise ferroviaire tricolore. "Nous échangerons avec SNCF Réseau en octobre prochain. Mais le travail abattu ces douze derniers mois, afin de mettre au point des routes logistiques, devrait permettre de porter ces tonnages à 80000 tonnes par an. Cela sécuriserait nos approvisionnements, dans un contexte où l’Europe est plutôt exportatrice de ferrailles. Cela apporterait également un avantage en termes de qualité, puisque ces nuances d’acier correspondent aux besoins de Hayange", pointe Cédric Orban, le président d’Ascoval, désormais Saarstahl Ascoval.
Au-delà des enjeux de production de "rails verts" (une stratégie proche de celle de ses prédécesseurs Liberty et British Steel), le profil industriel du nouvel actionnaire est de nature à rassurer les salariés de Hayange. Et ce malgré la perte d’exploitation de 171 millions d’euros enregistrée en 2020 par Saarstahl. Djamal Hamdani, représentant CFDT et porte-parole de l’intersyndicale, évoque "une entreprise à taille humaine, dont nous sommes voisins et avec laquelle nous avons déjà travaillé par le passé". Son homologue Halim Bouktir, délégué syndical CGT, se veut "prudent" tout en saluant les projets d’investissement du groupe allemand détenu par une fondation, la fondation Montan-Stiftung-Saar, sur le modèle de ThyssenKrupp ou encore Bosch.



