Après quatre années de discussions et deux semaines de négociations, la COP 15 de Montréal, conférence des Nations Unies pour la biodiversité, s'est achevée par un accord signé par 190 pays le 19 décembre. Il fixe pour la première fois un cadre mondial pour la protection du vivant et de la nature, décliné en 23 objectifs.
Travailler à la conservation de 30% la surface de la terre et des mers
Principale avancée : les signataires ont fixé l'objectif d'une conservation et d'une gestion efficaces (via la création ou l'extension des aires protégées) d'au moins 30 % des terres, des eaux intérieures, des zones côtières et des océans de la planète. C'était l'objectif que s'était fixé l'Europe pour 2030, mais il est désormais partagé au niveau mondial. Aujourd'hui, seulement 17% des terres et 8% des mers sont protégés dans le monde. Un même objectif de 30% est affiché pour la restauration des milieux dégradés : écosystèmes terrestres, eaux intérieures et écosystèmes côtiers et marins. Le texte insiste sur "le respect des droits des populations autochtones et des communautés locales, y compris sur leurs territoires traditionnels".
Pour parvenir à remplir ces deux objectifs majeurs, il faudra déployer des moyens financiers et humains. Et justement, la COP 15 prévoit d'augmenter les flux financiers des pays développés vers les pays en développement pour atteindre au moins 20 milliards de dollars par an d'ici 2025, et au moins 30 milliards de dollars par an d'ici 2030. Soit une multiplication par deux puis par trois des crédits, qui alimenteront un Fonds mondial pour la biodiversité géré par le Fonds mondial pour l'environnement (FEM). Les 190 pays s'engagent aussi à "supprimer progressivement ou réformer" d'ici à 2030 les subventions qui nuisent à la biodiversité, à hauteur d'au moins 500 milliards de dollars par an.
Certains objectifs un peu plus flous sont édictés. Notamment la suppression de moitié du gaspillage alimentaire, en s'attaquant à la surconsommation et aux déchets qui y sont associés. Côté production alimentaire, les signataires devront veiller à ce que "les zones d'agriculture, d'aquaculture, de pêche et de sylviculture soient gérées de manière durable", via "des pratiques respectueuses de la biodiversité" comme "l'intensification durable ou l'agroécologie". Les signataires devront aussi travailler à "la réduction de moitié du risque posé par les pesticides et les produits chimiques dangereux".
Les grandes entreprises et institutions transnationales devront "surveiller, évaluer et divulguer de manière transparente leurs risques, dépendances et impacts sur la biodiversité", selon le texte de l'accord.
Faire appliquer l'accord, prochaine urgence
Un texte qu'il faudra désormais faire appliquer. Les participants à la COP15 en sont bien conscients, d'autant que le précédent accord signé en 2010 au Japon était resté lettre morte. «Il va falloir passer du cadre à la réalité : chacun devra être à la hauteur de l'accord de Montréal», a commenté le ministre français de la transition écologique Christophe Béchu. L'accord de Montréal prévoit un suivi des engagement avec des indicateurs mesurables. Chaque pays devra établir une stratégie nationale et faire état de ses progrès. Les pays qui ne sont pas dans le bon tempo seront invitées à accélérer le mouvement. Mais l'accord sur la biodiversité n'aura pas un caractère aussi contraignant que celui sur le climat de Paris...



