Après une nuit et une matinée d'âpres débats, les députés ont finalement donné leur feu vert au projet de loi autorisant la réintroduction des néonicotinoïdes dans les champs de betterave. Un voté qui a provoqué de nombreuses réactions de la part des industriels, des politiques et des associations.
Les sucriers saluent la décision
La décision a été saluée par les industriels du secteur à l'image du Cristal Union, deuxième groupe sucrier de France. "Nous nous réjouissons de l’issue favorable donnée par nos députés à cette proposition de modification législative" précise Olivier de Bohan, Président de Cristal Union. "Il s’agit de préserver et garantir la pérennité de toute la filière betterave-sucre-bioénergie française, l’un des plus beaux fleurons agro-industriels nationaux" ajoute le responsable.
"C’est un signal positif adressé aux betteraviers, de nature à les inciter à maintenir leurs surfaces" commente, de son côté, Franck Sanders, président de la Confédération Générale des planteurs de Betteraves (CGB)

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Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
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Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
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Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Face à un rendement en moyenne de -30% sur les parcelles concernées, Cristal Union demande qu'une solution "équilibrée et rationnelle" soit trouvée d'ici à trois ans, date à laquelle la dérogation prendra fin.
Pour rassurer l'opinion publique, l'industriel précise toutefois ne pas remettre en cause l’objectif de suppression des néonicotinoïdes. "Nous allons poursuivre le travail avec l’ensemble de la filière dans le temps qui nous est donné par cette dérogation" explique le groupe. Ce qu'appuie Franck Sanders : "cette possibilité dérogatoire est essentielle pour réussir la transition dans les 3 ans qui viennent."
Le 22 septembre dernier, les acteurs de la filière ont présenté un plan de transition pour substituer les néonicotinoïdes d'ici à 2023.
Les politiques se divisent
Jamais, depuis le mandat d'Emmanuel Macron, une décision n'aura autant divisé la majorité parlementaire. En son sein, 32 députés ont voté contre et 36 se sont abstenus.
Parmi les opposants au projet de loi, le député de Gironde Benoît Simian. Fils d'apiculteur, il questionne la mesure au regard de l'engagement pris en 2017 de protéger l'économie et la biodiversité. Dans un communiqué, il n'hésite pas à faire le parallèle avec le glyphosate:"l'expérience du glyphosate nous oblige à nous questionner sur le fait que cette dérogation ne demeure qu'une dérogation et ne soit pas, en réalité, à termes qu'une façon progressive de réintroduire cet insecticide néfaste".
Le député annonce aussi soutenir la proposition de Nicolas Hulot d'indemniser à hauteur de 77 millions d'euros les betteraviers pour les pertes enregistrées durant cette campagne.
Pour la député de la majorité Sandrine Le Feur, "chaque année, les agriculteurs subissent des pertes sur le territoire pour diverses raisons". La parlementaire, elle même agricultrice, explique que quand "on est agriculteur, on sait qu’il y a des risques sanitaires et climatiques selon les productions qu’on met en place". "Doit-on dès lors réautoriser le chlorprophame sur les pommes de terre ? La myocarde contre le taupin ? Un retour du DTT contre le doryphore ?" a t-elle demandé à la tribune de l'Assemblée Nationale.
Un argument que le député Jean-Baptiste Moreau, qui a voté en faveur du projet de loi, conteste en expliquant que "le temps agricole et agronomique est plus long que le temps politique". "Sans refaire les débats, je voudrais simplement rappeler que ce projet de loi n’est ni une autorisation de mise sur le marché, ni une ré-autorisation pure et simple des NNI" ajoute -il.
Les associations d'apiculteurs s'insurgent
C'est du côté des associations de défense de l'environnement et de l'apiculture que les critiques sont les plus fortes. "C’est une insulte à l’apiculture" s'emporte l'association nationale de l'apiculture française (UNAF) dans un communiqué. "Ce vote est irresponsable et indigne des enjeux posés à nos décideurs" ajoute l'association qui regroupe 20 000 apiculteurs.
Dans quinze jours, le texte sera examiné par le Sénat. Dans son communiqué, l’UNAF explique d'ores et déjà qu'elle "fera tout ce qui est en son pouvoir pour s’opposer à ce projet de loi et faire annuler ces dérogations".



