La réintroduction des néonicotinoïdes dans les champs n'en finit pas de faire débat. Alors que le gouvernement a annoncé son intention de présenter son projet de loi de dérogation au parlement le 5 octobre prochain, les députés de la majorité ont conditionné, lundi 21 septembre, leur vote favorable à la délimitation explicite de cette dérogation à la culture des betteraves.
Face à la polémique qui gronde, les betteraviers s'organisent pour trouver des alternatives. Mardi 22 septembre, ils ont présenté un plan de transition au ministre de l'Agriculture Julien Denormandie. L'objectif ? Préparer la filière sucre pour qu'à la fin de la dérogation, prévue en 2023, les agriculteurs soient prêts à se passer des néonicotinoïdes.
La génétique, l'alternative la plus avancée
Elaboré par l'Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et par l'Institut technique de la betterave (ITB), ce plan repose sur trois principaux axes de recherche : la génétique, le biocontrôle et l'agronomie. "La solution pour se passer des néonicotinoïdes ne sera pas unique, il s'agira d'une combinaison de solutions", a rappelé Alexandre Quillet, président de l'ITB lors d'une conférence de presse.
L'axe génétique est, à l'heure actuelle, le plus avancé. Il repose notamment sur le programme AKER mis en place depuis 2012 pour améliorer le réservoir génétique de la betterave. "Jusqu'alors, les recherches étaient orientées vers une amélioration de la sucrosité des plantes mais ce programme peut constituer un socle solide pour passer au crible et identifier les lignées de betteraves résistantes", précise Philippe Mauguin, président de l'INRAE.
Les semenciers sont associés aux recherches génétiques. Le plan de transition estime que les premières plantes résistantes pourraient être mises sur le marché dès 2023.
Le biocontrôle, des solutions envisagées
L'arrivée sur le marché de ces semences plus résistantes pourrait s'accompagner de la mise à disposition de produits de biocontrôle. A l'heure actuelle, aucune solution de protection des plantes non chimique ne se montre suffisante pour combattre les pucerons, vecteurs de la jaunisse. "Il y a certes les coccinelles mais elles arrivent actuellement trop tard pour être efficaces. Nous sommes à la recherche de nouveaux prédateurs", confirme Philippe Mauguin.
Parmi les pistes envisagées, les hyménoptères parasitoïdes qui pondent des oeufs et neutralisent les pucerons. "Nous avons besoin d'apprendre à mieux connaître ses prédateurs pour savoir comment les utiliser", explique Alexandre Quillet.
Le retour de l'agronomie
Pour le responsable, "en 2024, nous ne cultiverons pas les betteraves de la même façon que nous les cultivons aujourd'hui". L'agronomie aura notamment fait son retour dans les champs. L'objectif ? Attirer les pollinisateurs autour des champs via des bandes fleuris pour éviter qu'ils ne butinent les betteraves. Les recherches porteront également sur les plantes pouvant attirer les prédateurs des pucerons.
Un financement public de sept millions d'euros
L'ensemble de ces recherches seront expérimentées dans des fermes pilotes. En 2021, 500 hectares seront dédiés aux démonstrations de ce plan. Cette surface doublera en 2021. "Ces parcelles, en condition de cultures réelles, nous permettront de déterminer quelles sont les meilleures solutions, les meilleures combinaisons" ajoute Alexandre Quillet.
Ce plan de transition bénéficiera d'un financement public de sept millions d'euros dont deux millions iront à l'INRAE, 3,5 millions à l'ITB et 2 millions aux partenaires. "L'objectif de ce programme n'est pas de dire que nous allons avoir une solution 100% efficace comme le sont les néonicotinoïdes mais de se dire que si l'on mobilise l'ensemble de ces leviers, nous pourrons proposer, en 2023, des solutions aux professionnels qui réduiront le risque d'épidémie", précise Alexandre Quillet.
Dernière chance pour la filière
Questionnés sur le démarrage tardif de ce programme de recherche, les représentants de l'ITB se sont défendus. "Nous menons des recherches depuis 2010. Depuis 2018, nous attendons une dérogation, nous savons que si nous l'obtenons, c'est notre dernière chance. Nous devons être prêts pour 2024, nous n'avons plus le choix sinon c'est la filière entière qui s'arrêtera".
En attendant les premiers résultats, la filière s'est d'ores et déjà engagée à réduire de 25% la quantité de néonicotinoïdes utilisée cette année par rapport à la dernière campagne. "Nous estimons que cette dose réduite permet toute de même de protéger les plantes au stade primaire et donc évitera les cas majeurs de jaunisses", précise le responsable.



