«Il y a encore 20 ans on ne parlait que de drames et de décès», se remémore Laurence Tiennot-Herment lorsqu’elle a pris la présidence de l’AFM-Téléthon. Depuis 2018, elle se réjouit «d’une vraie accélération des résultats et des victoires». Grâce aux dons, Généthon, le laboratoire de l’association, a permis des percées révolutionnaires dans la compréhension et même le traitement des maladies génétiques et rares. Dans le monde, plus de 3000 bébés atteints d’amyotrophie spinale sévère, une maladie à l’espérance de vie de moins de 2 ans, ont été traités en quelques années grâce à une thérapie génique issue du Généthon. L’une des stars du Téléthon 2023 sera le petit Ibrahima, qui a pu recevoir une injection unique à l’âge de 5 semaines et qui vit désormais normalement, comme les autres enfants de 2 ans et demi.
Jules, 7 ans, est un autre exemple marquant. Depuis une unique injection administrée en janvier 2020, dans le cadre d’un essai clinique, il marche et fait du vélo quand «toute sa vie ne tenait, avant, que grâce à des appareils», témoigne son père. Il était atteint de myopathie myotubulaire, une maladie entraînant une faiblesse musculaire extrême avec des taux de décès de 50% avant 18 mois et de 75% avant 10 ans, et des conditions de vie extrêmement handicapantes comme l’impossibilité de se lever et la contrainte d’une assistance respiratoire mécanique 22 heures par jour.
D’autres percées comme celles-ci sont attendues et espérées. Des avancées cliniques prometteuses se profilent par exemple dans le syndrome de Crigler-Najjar, maladie du foie mortelle dont le seul traitement disponible est de passer 12 heures par jour sous des lampes bleues, ou une myopathie des ceintures qui entraîne une dégénérescence musculaire des muscles du bassin et des épaules. Au total aujourd’hui, l’AFM-Téléthon est impliqué dans 38 essais cliniques pour 29 maladies (musculaire, de la peau, du sang, du cerveau, du foie ou encore de la vision), et mène 200 programmes de recherche par an.
Des frais coûteux de développement et de production des thérapies géniques
Le Généthon se concentre sur des technologies thérapeutiques de pointe comme la thérapie cellulaire et la thérapie génique. Cette dernière consiste, schématiquement, à injecter une correction génétique en utilisant un vecteur viral, donc un virus, pour entraîner une réplication cellulaire de cette correction et rétablir des déficiences dans l’organisme, avec l’objectif d’améliorer les conditions de vie voire de guérir des patients. Plusieurs défis majeurs demeurent toutefois. Frédéric Revah, directeur général du Généthon évoque des «questions de production. Ces thérapies sont les plus complexes de toute la pharmacopée, les technologies doivent s’améliorer. Nous en sommes au stade de la bougie pour ces productions et il faut aller à celui de la LED pour arriver à baisser le prix de ces produits». En amont les frais de développement sont aussi extrêmement coûteux et le laboratoire de l’AFM-Téléthon est ainsi régulièrement obligé de s’appuyer sur des laboratoires pharmaceutiques extérieurs, à travers des collaborations, des partenariats ou l’octroi de licences, pour le développement de ses médicaments.
95% des maladies rares encore sans traitement, souvent par manque de modèle commercial pour l'industrie pharma
Autre défi, là encore lié au financement : trouver des modèles économiques viables dans le domaine des maladies rares. Actuellement, plus de 8000 maladies rares sont recensées. 85% sont même considérées comme ultra-rares, c’est-à-dire touchant moins d’une personne sur un million. Mais elles affectent au total, dans le monde, des millions de patients, pour lesquels quasiment aucun traitement n’existe. Laurence Tiennot-Herment souligne que «95% des maladies rares sont aujourd’hui encore sans traitement» et que pour les maladies ultra-rares «il n’y a pas de modèle commercial». En réalité, aucun laboratoire pharmaceutique ne se risque à dépenser des centaines de millions d’euros ou plus pour mettre au point des traitements dont le marché est minuscule, même si la science pourrait apporter des solutions. «Jamais l’industrie pharmaceutique n’ira sur une maladie avec des risques de frais en pure perte», se désole Serge Braun, directeur scientifique de l’AFM-Téléthon. Parfois, il n’y a ainsi «pas de plan B au Téléthon», renchérit Laurence Tiennot-Herment. L’AFM-Téléthon demande ainsi la création d’un fonds public d’intervention pour financer le développement de traitement en-dehors de tout modèle commercial.
30% à 50% de la population pas éligible physiologiquement à la thérapie génique
Dans le domaine des thérapies géniques, la question immunitaire est également un problème, pas financier mais physiologique cette fois. Selon l’AFM-Téléthon, entre 30% et 50% de la population serait naturellement immunisée contre les AAV, les vecteurs viraux les plus utilisés en thérapie génique, excluant de fait de nombreux patients. Cette question immunitaire est aussi un problème pour les traitements en thérapie génique car ils ne peuvent s’effectuer, pour le moment, qu’en une seule injection. Or, en injectant la première fois le traitement, l’organisme du patient va naturellement développer des anticorps contre le vecteur viral, comme pour tout virus. Ce qui empêche la réussite de toute nouvelle injection. Le Généthon travaille ainsi depuis plusieurs années sur de nouvelles générations de traitements de thérapie génique.
L'AFM-Téléthon se bat aussi pour le dépistage précoce
Enfin, une des plus récentes priorités de l’AFM-Téléthon est de développer le diagnostic et le dépistage. La philosophie est la même que pour toute pathologie : plus tôt elle est détectée, plus vite elle peut être traitée avec efficacité. Or le défi de diagnostic s’avère encore plus compliqué et parfois plus long pour les maladies rares. En janvier 2023, l’association a ainsi lancé un projet pilote, le Depisma, notamment en collaboration avec des centres hospitaliers à Strasbourg (Bas-Rhin) et Bordeaux (Gironde) pour dépister l’amyotrophie spinale infantile. L’expérience, menée seulement dans les régions Grand Est et Nouvelle-Aquitaine, a déjà permis de traiter quatre bébés avant même qu’ils ne déclarent des symptômes. L’AFM-Téléthon souhaite rapidement faire la preuve de concept de ce dépistage précoce et de pouvoir le généraliser sur tout le territoire français et également pour d’autres maladies rares qui disposent de traitements efficaces.



