C’est tout un symbole. Le 1er décembre, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a donné son autorisation à un premier essai clinique pour un traitement contre la myopathie de Duchenne. Or c’est l’une des principales maladies ayant motivé des parents d’enfants malades à créer l’Association française contre les myopathies (AFM), en 1958. Et c’est toujours cette maladie qui a poussé les fondateurs du Téléthon à lancer en 1987 cette campagne annuelle télévisuelle unique, dont l’édition 2020 démarre ce 4 décembre jusqu’au 5 inclus.
Thérapie génique
Le promoteur de l’essai sera Généthon, le laboratoire de recherche de l’AFM-Téléthon qui a fêté ses 30 ans en 2020 et a déjà accompli de multiples avancées dans les maladies rares, grâce aux dons du Téléthon. Le développement sera mené et co-financé avec la société américaine de biotechnologies Sarepta Therapeutics, spécialisée comme Généthon dans la médecine génétique pour les maladies rares. Les deux partenaires se partageront les droits en cas d’aboutissement du traitement, Généthon conservant les droits en Europe dans ce cadre.
Le médicament en développement, dénommé GNT 0004 à ce stade, est un traitement de thérapie génique. Conçu par les équipes du Généthon, il associe un vecteur viral et une microsystrophine, c’est-à-dire une version raccourcie du gène de la dystrophine. Cette protéine est essentielle pour le bon fonctionnement des muscles. Or, la myopathie de Duchenne résulte d’anomalies du gène responsable de la production de la dystrophine.
150 à 200 nouveau-nés touchés par an
Environ 1 garçon sur 3 500 est touché par cette maladie génétique rare qui est évolutive et qui finit par affecter l’ensemble des muscles du corps. Si cette pathologie demeure rare, elle est décrite comme la plus fréquente des maladies neuromusculaires chez l’enfant. Elle entraîne généralement la perte de la marche vers 10-12 ans et conduit à des déficiences musculaires puis respiratoires et cardiaques. Entre 150 à 200 nouveaux nés en France seraient touchés chaque année, avec environ 3 malades sur 100 000 personnes en France. En Europe, le niveau serait de l’ordre de 25 000 personnes, selon Généthon.
Collaborations à Londres et Nantes
Le GNT 0004 a été développé en pré-clinique en collaboration avec une équipe de l’Université de Londres (Royaume-Uni), pour la conception de la microdystrophine, ainsi qu’avec le laboratoire de thérapie génique de Nantes (Loire-Atlantique), qui associe l’Université de Nantes, l’Inserm et le CHU de Nantes. Le laboratoire français a permis d’évaluer l’effet du traitement dans des modèles animaux.
Le GNT 0004 a permis l’obtention de résultats positifs d’efficacité et de sécurité dans le cadre des études pré-cliniques. Il a abouti à une "restauration significative de la fonction musculaire avec une stabilisation des symptômes cliniques" chez des "chiens atteints naturellement de la même maladie", selon un porte-parole de Généthon.
Des résultats significatifs attendus d'ici à trois ans
L’essai clinique sera mené en France, notamment à l’hôpital Hautepierre à Strasbourg (Bas-Rhin), l’hôpital Trousseau à Paris et des hôpitaux à Brest (Finistère), Bordeaux (Gironde), Lyon (Rhône), Marseille (Bouches-du-Rhône) et Lille (Nord). Il sera aussi décliné aux États-Unis. Une demande d’autorisation est en cours au Royaume-Uni et Généthon envisage également de déployer l’essai en Israël. L’objectif est d’obtenir "des résultats significatifs d’ici à trois ans", selon un porte-parole.
La production des lots cliniques du GNT 0004 a été confiée à Yposkesi, la structure de bioproduction mise en service par l’AFM-Téléthon depuis 2016 et adjacente au siège à Evry (Essonne). Un agrandissement des capacités et des volumes des bioréacteurs a déjà été enclenché pour ce programme. Si le traitement parvenait à arriver à terme sur le marché, Yposkesi serait également en charge des lots commerciaux.



