C’est une première. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a tracé un scénario neutralité carbone à 2050 ou NZE2050 pour net zero emissions 2050, dans son rapport annuel prospectif de l’énergie, le Word Energy Outlook 2020, publié le 13 octobre.
Il s’ajoute à trois autres scénarios qui projettent les trajectoires possibles ou probables des productions et demandes d’énergies dans le monde. Autre nouveauté, devant l’urgence, l’AIE a décidé de se concentrer sur les dix ans à venir "qui sont critiques dans la lutte contre le changement climatique", explique Fatih Birol le directeur de l’AIE.
Rupture en cas de crise sanitaire longue
Le traditionnel Stated Policies Scenario (STEPS) ou scénario des politiques déclarées, qui reflète les intentions et les objectifs des gouvernements, table pour 2021 sur une maîtrise du Covid-19 et une économie mondiale revenant aux niveaux d'avant la crise. Mais un scénario dit reprise retardée (DRS), qui reprend les mêmes hypothèses politiques que le STEPS mais avec une pandémie qui se prolonge, repousse à 2023 le retour à l’économie mondiale d’avant crise. Il marque surtout le début d'une décennie où le taux de croissance de la demande énergétique sera le plus faible depuis les années 1930.

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AIE La demande de charbon ne reviendra pas à son niveau d'avant la crise, même dans le scénario STEPS. En 2040, sa part dans le bouquet énergétique passera en dessous de 20 %. Une première depuis la révolution industrielle. La demande de gaz naturel, elle, augmente en revanche considérablement, principalement en Asie, "tandis que le pétrole reste vulnérable aux grandes incertitudes économiques résultant de la pandémie", avance prudemment l’AIE.
Pas de réel pic pétrolier
L’agence refuse en effet d’entrer dans le débat sur la date du pic de la demande de pétrole. Elle ne tranche pas entre les prévisions de l’Opep ou les scénarios des Major comme Shell ou Total. En l’absence de politiques volontaristes, l’AIE ne voit pas de baisse de la consommation.
AIE En revanche, "l'ère de la croissance de la demande mondiale de pétrole prendra fin au cours de la prochaine décennie", explique Fatih Birol, pour qui, "sans un changement important des politiques gouvernementales, il n'y a aucun signe de déclin rapide. Sur la base des paramètres politiques actuels, un rebondissement de l'économie mondiale ramènerait bientôt la demande de pétrole aux niveaux d'avant la crise". L’AIE ne voit pas de pic mais un plateau.
Le solaire nouveau roi électrique
Dans tous ces scénarios, les énergies renouvelables occupent une place prépondérante. Elles représenteront 80 % des nouvelles capacités électriques installées. Parmi elles, "le solaire est le nouveau roi des marchés de l'électricité dans le monde", annonce Fatih Birol grâce notamment à un accès très bon marché aux capitaux sur les principaux marchés. C’est bien, mais attention, alerte le directeur de l’AIE, il ne faut que les efforts d’électrification, de l’Afrique notamment, et les investissements dans les réseaux suivent.
AIE Nouvel élan pour le nucléaire
Le scénario de développement durable (SDD) trace, lui, comme depuis plusieurs années, une trajectoire compatible avec l’Accord de Paris, soit une limitation du réchauffement à 2°en 2100 et une neutralité carbone en 2070, contre 2050 pour le nouveau scénario NZE2050. Il montre qu’outre la croissance rapide des technologies solaires, éoliennes et d'efficacité énergétique, les dix prochaines années verront une augmentation importante du captage, de l'utilisation et du stockage de l'hydrogène et du carbone, ainsi qu'un nouvel élan en faveur de l'énergie nucléaire, et notamment avec les small modular reacteur ou SMR. Ces petits réacteurs modulaires pourraient plus rapidement remplacer les centrales à fioul ou charbon dans les zones industrielles isolées, que de grandes centrales nucléaires réservées aux pays disposant d’un réseau solide.
AIE Moins de croissance, une fausse solution
Mais pour que ces scénarios aient la moindre de chance de se réaliser, l’AIE est formel. Malgré une baisse record des émissions mondiales cette année, le monde est loin d'en faire assez pour les faire baisser de manière décisive. Et si ralentissement économique a temporairement supprimé les émissions, "une faible croissance économique n'est pas une stratégie à faibles émissions. C'est une stratégie qui ne ferait qu'appauvrir davantage les populations les plus vulnérables du monde", martèle le directeur exécutif de l’AIE.
Selon lui, "seuls des changements structurels plus rapides dans la façon dont nous produisons et consommons l'énergie peuvent briser définitivement la tendance des émissions". La balle est dans le camp des gouvernements.
Captage de CO2 et électrification indispensables
Surtout, investir dans les renouvelables ne va pas suffire. L'électrification, l'innovation, les changements de comportement et les gains d'efficacité massifs, vont tous jouer un rôle. Et aucune partie de l'économie de l'énergie ne pourrait être à la traîne, car il est peu probable qu'une autre partie soit capable d'aller assez vite pour combler la différence.
Il va falloir d’urgence réduire les émissions des infrastructures énergétiques existantes - telles que les centrales au charbon, les aciéries et les cimenteries, grâce à l’électrification, hydrogène et le captage et stockage de CO2 (CCS).
Changements structurels et de consommation
Si les infrastructures énergétiques actuelles continuent à fonctionner de la même manière, elles bloqueraient déjà le réchauffement climatique à 1,65 °C.
AIE Atteindre la neutralité carbone en 2050 exigera donc une série de mesures supplémentaires spectaculaires au cours des dix prochaines années. Il faudrait par exemple que plus de 50 % des voitures particulières vendues dans le monde en 2030 soient électriques... contre 2,5 % en 2019.



