Le Brent (contrats à terme de référence à l’international) et le WTI (contrats de référence pour le pétrole américain) sont repassés cette semaine au-dessus des 30 dollars. Le 21 mai à la clôture, le baril de Brent pour livraison en juillet cotait légèrement au-dessus de 36 dollars (+ 40 % en un mois) et le baril de WTI près de 34 dollars (+ 70 %). Après un "mois d'avril noir", "il se pourrait que le pire soit derrière nous", soulignait déjà mi-mai Neil Atkinson, responsable de la division Marchés pétroliers de l'Agence internationale de l’énergie (AIE), en commentant le rapport mensuel de l’agence.
Moins de pétrole sur le marché
Ce rebond s'appuie sur des arguments solides. Les coupes importantes de production (près de 10 millions de barils par jour) annoncées par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires de l’Opep+ sont entrées en vigueur au 1er mai. Elles semblent globalement bien respectées, affirme Kpler qui a constaté des exportations en baisse de 6,3 millions de barils par jour. Elle sont passées, selon les flux que traque le consultant, d’un pic de près de 34 millions de barils par jour mi-avril à 27 millions mi-mai. Des coupes supplémentaires de production, au-delà des engagements pris par l’Opep+, ont été annoncées début mai par l’Arabie saoudite, le Koweit et les Emirats arabes unis. Mais il existe d'autres raisons à la baisse globale de la production, involontaires celle-ci.
La première est la violente tempête que traversent les producteurs américains de pétrole de schiste. Pas rentables aux prix actuels, délaissés par leurs financiers alors que ce mode d’extraction est très gourmand en capitaux, ils ont abaissé leur production à une vitesse insoupçonnée au début de la crise. La baisse de la production américaine de pétrole est estimée par l’Agence internationale de l’énergie à 2,8 millions de barils par jour d’ici la fin 2020. D’ores et déjà, les producteurs de pétrole de schiste ont produit en avril 194 000 barils de moins par jour qu’en mars et la baisse devrait battre un nouveau record en mai, à - 197 000 barils par jour.

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Le troisième facteur de baisse potentielle, même s’il n’a pas le même poids, est la contamination galopante au Covid-19 sur certains champs. Au Kazakhstan, la production pourrait être totalement arrêtée sur le champ géant de Tenguiz, qui produit un tiers du pétrole du pays, après la contamination de 935 salariés (confirmée le 20 mai). Quelque 17 000 salariés ont été évacués du champ pétrolier opéré par Chevron (50 % du consortium TengizChevrOil), associé à ExxonMobil, Lukoil et l’Etat du Kazakhstan. Des cas de Covid-19 ont aussi été signalés sur des plates-formes BP dans le golfe du Mexique, ExxonMobil en Guinée équatoriale, Equinor en mer du Nord…
Des stocks en baisse
Cette baisse de l'extraction se vérifie à l’aune de celle des stocks, dont la saturation imminente a été l’un des facteurs importants de l’effondrement des prix en avril. C'est précisément le manque de possibilités de stockage - ou son prix devenu trop élevé - qui a poussé certains producteurs et détenteurs de contrats à terme, en avril, à payer pour se débarrasser de barils dont ils ne savaient que faire, poussant le cours du WTI à - 42 dollars.
A la surprise générale, les stocks de pétrole brut aux Etats-Unis ont enfin reculé, pour la deuxième semaine de suite, selon un rapport diffusé le 20 mai par l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA). Les réserves de pétrole brut s’établissaient à 526,5 millions de barils au 15 mai, soit une chute de 5 millions de barils. Les spécialistes interrogés par l'agence Bloomberg tablaient sur une hausse médiane de 2,15 millions de barils.
Lorsque l’Opep et ses partenaires avaient, en 2016, fini par conclure un accord de baisse de la production après un épisode de guerre des parts de marché, c’était notamment pour ramener les stocks à des niveaux raisonnables, car le remplissage de ces derniers empêchait toute hausse durable des cours. On a assisté au même mécanisme cette année.
Reprise de la demande…
Le dernier facteur de hausse des cours est la reprise de la demande, constatée notamment sur la consommation de carburants en Chine où les travailleurs ont préféré prendre leur voiture plutôt que d’affronter la foule – et le risque de contamination – dans les transports en commun.
"Nous voyons de premiers signes de rééquilibrage graduel des marchés pétroliers. Cela reste graduel, et fragile", commentait mi-mai le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol. L’AIE était un peu plus optimiste, tout de même, que dans ses prévisions précédentes avec une baisse de la demande sur l’année estimée à 8,6 millions de barils par jour (contre - 9,3 Mbj prévus dans son rapport mensuel d’avril). Ce qui en ferait malgré tout "la chute de consommation la plus importante de l'histoire" du secteur, souligne l’agence.
… mais pas sur tous les segments
Le retour aux niveaux de demande d’avant-crise, dans le pétrole, pourrait prendre plus d’un an, selon de nombreux traders. Certains envisagent même qu’on n’y remonte jamais, la période étant une occasion de changer certaines habitudes. Déjà, les aides aux secteurs automobile et aérien s’assortissent de conditions environnementales. La possibilité d’un passage au télétravail permanent émerge dans quelques grandes entreprises, comme Twitter et Facebook. L’aviation voit toujours son nombre de vols quotidiens réduit des deux-tiers. Or le secteur consomme environ 10 % du pétrole mondial.
Surtout, la pandémie n’est pas terminée. Le nombre de cas augmente encore aux Etats-Unis, en Amérique latine. Même la Chine, qui semblait sortie d’affaire, vient de reconfiner plusieurs millions de personnes dans la région de Jilin, après l’apparition de nouveaux clusters.



