Les cours du pétrole, tels que fixés à Londres pour le Brent et à New York pour le WTI, ont touché le 30 mars leur plus bas niveau depuis dix-huit ans. Mais il y a pire. Derrière ce pétrole "papier" échangé au comptant ou à terme, principalement pour réviser ou couvrir son risque de prix, le marché physique s’effondre.
Or c’est là que les producteurs, les négociants et les acheteurs s’échangent de vrais cargos. Le décrochage a commencé lorsque la compagnie saoudienne Aramco, réagissant à la rupture des négociations de l’Opep+ par la Russie, a bradé son pétrole à l’Europe plus de 10 dollars sous le Brent. "Les différentes qualités s’échangent à des prix allant jusqu’à 8 dollars pour le Merey du Venezuela, 10 dollars pour le Western Canadian Select, 18 dollars pour l’Oural russe, et même seulement 16 dollars pour l’Arabian Light saoudien", relevait le 28 mars l’expert des matières premières Philippe Chalmin.
Le 31 mars, Mercuria proposait une obscure qualité de pétrole américain, le Wyoming Asphalt Sour, au prix négatif de - 47 cents de dollar, invitant les producteurs à payer pour s’en débarrasser. Si le stockage, notamment flottant, devient trop cher, ces prix négatifs pourraient n’être plus l’exception, le temps que ralentisse la production. C’est cette réalité, et la perspective de perdre des électeurs dans des États qui lui étaient acquis, qui a décidé Donald Trump à proposer sa médiation dans les échanges entre la Russie et l’Arabie saoudite. Pas sûr que cette perspective rassure le marché...



