Le Mexique bloque l’accord historique de l’Opep+ sur la baisse de production de pétrole

[ACTUALISÉ] Les 10 pays de l’Opep non exemptés de quotas et leurs partenaires de l’Opep+, dont le chef de file est la Russie, se sont accordés le 9 avril au soir sur l'objectif de retirer du marché 10 millions de barils de pétrole par jour en mai et juin. Le Mexique a toutefois refusé de rejoindre l'entente pour l'instant. Un choix qui bloque l'accord historique des pays exportateurs de pétrole.

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OPEC
Les pays exportateurs de pétrole de l'Opep et leurs partenaires de l'Opep+ ont longuement discuté les détails d'un accord sur une réduction de leur production, le 9 avril au soir.

Actualisation du vendredi 10 avril : Sous l’impulsion de l’Arabie saoudite et de la Russie, les pays de l’Opep+ se sont accordés sur une baisse historique de leur production de pétrole, à l’exception du Mexique. Au terme de négociations menées le 9 avril, le groupe de 20 pays prévoit de réduire collectivement sa production de 10 millions de barils de pétrole par jour en mai et juin. Seul le Mexique n’a pas encore donné son feu vert, ce qui pourrait bloquer l’entrée en vigueur des coupes de production. “L’accord est conditionné par le consentement du Mexique”, écrit l’Opep dans un communiqué. Les discussions entre les États doivent reprendre vendredi 10 avril.

Journalistes et traders étaient suspendus au fil Twitter d’Amena Bakr, cheffe adjointe du bureau d’Energy Intelligence aux Émirats arabes unis, jeudi 9 avril au soir, alors que se réunissaient en visioconférence les délégués des pays de l’Opep+. La spécialiste de l'Arabie saoudite et de l'Opep dévoilait en direct l’état des négociations sur une réduction historique de la production de pétrole, pour participer à rééquilibrer le marché, sur lequel pèse une lourde destruction de la demande en raison de la pandémie de Covid-19 qui a mis les économies à l’arrêt. La demande de pétrole pourrait s'effondrer, au mois d'avril, de plus de 25 millions de barils par jour, soit un quart du volume total.

Le groupe de pays exportateurs de pétrole, constitué des 13 membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de 10 pays partenaires, a longuement négocié un nouvel accord sur une réduction commune de leur production. Alors que l'Arabie saoudite et la Russie poussaient en faveur de coupes plus importantes encore, proches des 15 millions de barils par jour (Mbj) évoqués par le président américain Donald Trump dans un tweet récent, les plus petits producteurs du cartel négociaient pied à pied les détails d'une coupe de 10 millions de barils. Après le Kazakhstan et Brunei, c'est le Mexique qui a renâclé pour donner son accord. Les discussions ont notamment porté, selon Amena Bakr, sur la base de calcul des quotas, soit le mois de production de référence sur lequel doit s'appliquer le pourcentage à retrancher.

10 millions de barils par jour de moins en mai et juin

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L’accord proposé est une réduction de 22 % de la production des 10 pays de l’Opep non-exemptés de quotas (c’est-à-dire l'Opep sans l’Iran, le Venezuela et la Libye) et de leurs 10 partenaires de l’Opep+, soit un total de 10 millions de barils par jour (Mbj) de moins sur le marché durant les mois de mai et juin. Les coupes seraient ensuite ramenées à 8 Mbj entre juillet et décembre 2020, puis à 6 Mbj entre janvier 2021.

L’effort sera supporté principalement par l’Arabie saoudite et la Russie, deuxième et troisième producteurs mondiaux derrière les États-Unis, qui retrancheraient chacun près de 2,5 Mbj sur une production de référence lissée à 11 Mbj. C'est en-deçà de leur production récente. L'Arabie saoudite a atteint ces derniers jours 12,3 Mbj (mais 10,15 Mbj sur le mois de mars complet) et la Russie a produit 11,294 Mbj en mars.

Les 5 autres millions de barils à retrancher seraient répartis entre les 18 autres pays de l'accord, selon leur niveau de production sur un mois de référence commun, qui pourrait être octobre 2018. Restait à s'accorder sur cette période de référence, chacun mesurant sa production réelle ce mois-là par rapport à sa capacité de production. Car un arrêt involontaire constaté sur le mois en question peut réduire de beaucoup le quota d'un pays. La prise en compte, ou non, des condensats (hydrocarbures associés aux gisements de gaz naturel) à la période de référence peut également jouer sur les quotas finaux.

Un G20 des ministres de l'énergie le 10 avril

L’Opep a précisé que l'accord sur des coupes de production ne serait pas suspendu aux décisions éventuelles du G20 énergie prévu le 10 avril, lors duquel sont attendus des efforts supplémentaires d’autres pays producteurs, dont la Norvège et le Canada. L'efficacité de ces mesures, en revanche, dépend d'une mobilisation plus large des producteurs. Raison pour laquelle l'Opep+ avait invité des pays non-signataires de l'accord fin 2016 à assister à la réunion, comme observateurs. Une invitation acceptée par l'Argentine, la Colombie, l'Equateur, l'Egypte, l'Indonésie, la Norvège et Trinidad-et-Tobago. Le Forum international de l'énergie (IEF) assistait également aux échanges.

Les États-Unis, premier producteur mondial de pétrole, ont décliné l'invitation. Ils n’évoquent pour l’instant qu’une décroissance naturelle de leur production, liée à la déplétion des puis existants et à la baisse des forages de nouveaux puits, faute de rentabilité aux cours actuels du pétrole. Ils revendiquent un frein juridique à tout engagement au nom des compagnies privées du pays, et un accord volontaire de ces milliers de producteurs tomberait sous le coup de la réglementation antitrust américaine.

À près de minuit (heure de Paris), alors que le Mexique tentait encore de négocier la base de référence pour son quota, le président américain était au téléphone avec le président russe Vladimir Poutine et le roi d'Arabie saoudite Salmane Ben Abdelaziz, à "discuter de l'accord sur le pétrole", selon son conseiller Dan Scavino.

Une situation sans précédent sur le marché du pétrole

"Notre industrie fait une hémorragie; et personne ne semble capable de stopper le saignement. Nous assistons déjà à des arrêts de production, des compagnies pétrolières se déclarent en faillite et des dizaines de milliers d'emplois vont être perdus, a commenté en introduction du sommet Opep+ Mohammad Barkindo, le secrétaire général de l'Opep. Début mars, la croissance de la demande pour l'année 2020 était juste inférieure à 0,1million de barils par jour. Aujourd'hui, nous voyons une contraction de 6,8 Mbj, avec une baisse au deuxième trimestre de 12 Mbj, et elle ne cesse de s'accroître. La situation est sans précédent dans les temps modernes."

L'Opep évalue à 15 % la demande de pétrole évaporée au deuxième trimestre 2020, une lecture un peu plus optimiste que celle d'analystes qui évoquent une baisse de 25, 27, voire 35 Mbj de demande détruite à court terme. "Il est impératif d'agir urgemment", a martelé Mohammad Barkindo avant d'entamer la session à huis-clos.

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