Les principaux pays producteurs de pétrole se réunissent – en visioconférence – jeudi 9 avril, afin de discuter ensemble des moyens d’arrêter la chute libre des prix du pétrole. Seront représentés les 13 membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs 10 partenaires de l'Opep+ depuis l'accord de fin 2016, dont le chef de file est la Russie. Mais on retrouvera aussi à la table - virtuelle - des négociations mais de nouveaux venus.
Plusieurs pays producteurs ont en effet évoqué de possibles réductions de production, à l'instar du Canada et de la Norvège. Ces pays pourraient soit rejoindre l'Opep +, soit décider de coupes exceptionnelles, dans une sorte d'Opep++ "spéciale Covid". La position des Etats-Unis, premier producteur mondial de pétrole, est plus floue.
La demande et les prix en chute libre
En raison du confinement de la moitié de la population mondiale pour ralentir la pandémie de Covid-19, du fort ralentissement des transports et de la baisse de la production industrielle, la demande de pétrole devrait chuter en 2020, ce qui n’était plus arrivé depuis 2009. C'est le moment qu'a choisi la Russie pour claquer la porte de l'accord Opep+, relançant de fait la guerre des prix et des parts de marché sur le pétrole exporté, même si l'Arabie saoudite a tiré la première en bradant son pétrole à destination de l'Europe.

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Les prix du pétrole se sont donc effondrés, non seulement sur les places de cotation du Brent et du WTI où ils sont encore soutenus par l’espoir de mesures fortes, mais surtout sur le marché physique, où les vrais barils ne s’échangent plus que contre quelques dollars.
Une réduction forcément insuffisante
Les déclarations qui ont précédé la réunion Opep – non-Opep font état d’un objectif commun de réduction de la production d’une dizaine de millions de barils par jour (Mbj), soit 10 % de la production mondiale. La compagnie russe Rosneft considère qu’une réduction de 10 Mbj suffirait à rétablir l’équilibre. Donald Trump, lui, avait évoqué sur Twitter 10 à 15 Mbj. Mais la demande pourrait chuter de 25 % en avril, soit 25 à 27 Mbj de moins que prévu. A l’échelle de l’année, cette baisse pourrait atteindre, selon les estimations, 5 à 9 Mbj.
L’objectif est de trouver un "accord équitable qui rétablira l'équilibre des marchés pétroliers", selon les autorités saoudiennes, organisatrices de la rencontre. Soit des quotas par pays producteur. La Russie, deuxième producteur mondial de pétrole derrière les Etats-Unis, pratiquement à égalité avec l’Arabie saoudite depuis que cette dernière a rehaussé sa production, a déjà évoqué le chiffre de 1,6 Mb.
Malgré l’implication forte du président américain Donald Trump en faveur de ces échanges entre producteurs, les Etats-Unis ne participent pas directement à ces discussions, leur sévère réglementation antitrust interdisant ce type d’entente. L'un des commissaires de la Texas Railroad Commission, Ryan Sitton, qui a récemment évoqué une participation comme observateur à une réunion de l’Opep+, a confirmé ne pas prendre part à la réunion ce 9 avril. Il mentionne néanmoins le besoin de réduire la production mondiale de pétrole de 20 Mbj, et le fait que les Etats-Unis vont connaître des coupes "organiques" de production d’environ 4 Mbj ces trois prochains mois. Reste à voir s'il s'agit d'improbables coupes volontaires ou de baisses de production en raison de la faible rentabilité de l’extraction et de la baisse des capex. " Si rien n’est fait, les stocks seront pleins dans deux mois. Alors, le monde devra couper 30 Mbj de sa production ", alerte Ryan Sitton.
Il y a plus pessimiste encore. Dans un webinar tenu le 9 avril au matin, les analystes de Kpler Alex Booth et Alexandre Andlauer évaluaient à 33 ou 34 jours seulement le temps qu’il reste, au rythme actuel, avant que les capacités mondiales de stockage de pétrole atteignent leur maximum historique de remplissage.
Des coupes de dupes ?
L’autre question en suspens, une fois fixé le montant des réductions de production cumulées, est celle du respect de ces promesses. Si l’Arabie saoudite a fait de son mieux, jusqu’à son clash avec la Russie le 6 mars, pour tenir le quota de l’Opep, il n’en va pas de même des autres membres du cartel.
"Le quota global de production décidé lors de la précédente réunion de l’Opep a été atteint uniquement grâce à des arrêts involontaires de production en Iran, au Venezuela et en Libye", affirme Alexandre Andlauer. Trois pays exemptés de coupes volontaires, rappelle l’analyste. "Les autres pays de l’Opep ont augmenté leur production depuis octobre. Quelle confiance, alors, accorder à de nouvelles coupes potentielles ?" La Russie a, elle aussi, été dénoncée à plusieurs reprises comme ne respectant pas son quota.
L’autre point de vigilance est la date qui servira de base de calcul à ces coupes de production, plusieurs pays ayant fortement rehaussé la leur depuis la reprise de la guerre des prix. Depuis la fin de validité des engagements, intervenue au 1er avril, " Aramco a tenu sa promesse de produire 12,3 Mbj. La première semaine d’avril, la compagnie saoudienne a exporté 10,8 Mbj, soit 3,8 Mbj de plus qu’en mars ", note Alexandre Andlauer. " Et ce, sans recours à ses stocks, qui ont augmenté." En démontrant sa capacité à augmenter aussi rapidement sa production, "Aramco prouve qu’elle est l’une des plus fortes compagnies pétrolières au monde. C’est un message fort de l’Arabie saoudite. Il ne s’agit pas particulièrement de mettre la pression sur Donald Trump, mais de gagner des moyens de pression géopolitiques et économiques", affirme l’analyste de Kpler.
La responsabilité américaine
Depuis 2016, la part de marché de l’Opep+ (13 membres de l’Opep plus 10 pays partenaires, dont le chef de file est la Russie) est passée de 76,6 % à 70,2 %. Mais si l’on exclut les membres exemptés (Venezuela, Iran, Libye), cette part reste stable. "Les bénéficiaires de ces transferts de parts de marché sont clairement les Etats-Unis, dont la part de marché est passée sur la période de 0,9 % à 7,4 %", rappelle Alexandre Andlauer. En attirant les regards vers la réunion de l'Opep et de ses partenaires, Donald Trump les a savamment détournés du Texas, principal Etat producteur du premier producteur mondial de pétrole, les Etats-Unis.



