Le patron de Dassault évoque un "plan B" pour l’avion de combat du futur

Les négociations concernant la répartition des tâches pour l’avion de combat du futur sont à la peine, reconnaît le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier. C'est l'un des piliers majeurs de l’Europe de la Défense qui est en jeu.

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Eric Trappier
L'avion de combat du futur (NGF) tangue. Dassault doit jouer une partition complexe avec d'autres industriels...

Dassault serait-il déjà à la recherche d’une porte de sortie concernant l’avion de combat du futur ? C’est ce qu’a suggéré son patron, Eric Trappier, lors de la présentation des résultats financiers du groupe, vendredi 5 mars. "Je ne crois pas que son pronostic vital soit encore engagé, mais je ne vais pas vous dire que le malade n’est pas dans un état difficile, a souligné Eric Trappier. On y croit encore. Mais si on n’y arrivait pas, se poserait la question du plan B. Et cette question, je ne vous en parlerai pas aujourd’hui. Un patron doit toujours avoir un plan B, soit parce qu’il fait marcher le plan A, soit parce qu’il permet directement de rebondir."

L’avionneur a présenté un chiffre d’affaires de 5,5 milliards d’euros, en baisse de 25%, et un résultat net de 396 millions d’euros, soit une chute de 57%. Des résultats en berne qui s’explique à la fois par la baisse anticipée des livraisons de Rafale, 13 contre 26 en 2019, et celles chahutées par le Covid-19 de Falcon, avec 34 appareils livrés contre 40 prévus. Avec un objectif de 25 Rafale et 25 Falcon livrés en 2021, le chiffre d’affaires devrait repartir à la hausse cette année.

Un projet majeur

Mais c’est surtout l’avion de combat du futur, projet le plus structurant du groupe qui doit remplacer les Rafale et les Eurofighter à l’horizon 2040, qui préoccupe le dirigeant. L’avion de combat du futur (Next Generation Fighter, NGF), partie centrale du Système de combat aérien du futur (SCAF) dont le montant total avoisine les 100 milliards d’euros, a du plomb dans l’aile. Depuis plusieurs mois sont en effet apparues des tensions entre les industriels impliqués, Airbus et Dassault, mais aussi entre les pays participants à cet avion, lancé en 2017.

Voulu initialement par la France et l’Allemagne, l’appareil doit désormais faire une place à l’Espagne, montée à bord en décembre 2020. Un nouvel arrivant qui a fait exploser le schéma de répartition des tâches. Alors que la répartition industrielle reposait auparavant à égalité entre Dassault côté français, par ailleurs maître d’œuvre du NGF, et Airbus Defence and Space côté Allemand, l’irruption de l’Espagne, qui a aussi désigné Airbus comme industriel, rebat les cartes en faveur de l’avionneur européen.

L'épineuse question de la répartition

"Alors que la France et l’Allemagne étaient seules au début, l’Espagne est arrivée en revendiquant un tiers du travail, a regretté Eric Trappier. Chaque pays revendique désormais un tiers du programme […]. On fait de la coopération pour être plus efficace, on ne fait pas de la coopération pour de la coopération. Est-ce que Dassault peut être maître d’œuvre si on nous impose nos sous-traitants, nos coopérants et la façon de travailler ?" Des propos qui rappellent sans le nommer l’A400M, avion militaire qui a souffert d’une répartition des tâches plus politique qu’industrielle. Ce qui a conduit le programme à de nombreuses déconvenues techniques et financières.

L’enjeu aujourd’hui pour les parties prenantes est de parvenir à s’entendre sur la phase 1B du NGF, visant à lancer un démonstrateur à l’horizon 2026. Soit un investissement compris entre 4 et 5 milliards d’euros. Au-delà des approbations politiques pour les financements, rendues plus incertaines outre-Rhin pour cause d’élections, le patron de Dassault ne peut que constater la baisse de volume côté Dassault. "Les discussions butent sur la répartition entre les pays, car, de fait, Dassault se retrouve avec un tiers de la charge et Airbus deux tiers, en comptant les parts allemandes et espagnoles, a expliqué Eric Trappier. C’est une première difficulté, mais que Dassault a accepté."

Surtout, c’est la répartition entre les workpackages (les sous-ensembles) qui donne des suées aux industriels. "Il y a une volonté forte de la part d’Airbus de faire plus de workpackages où personne n’est responsable, a assuré Eric Trappier. Là aussi, nous avons accepté et la moitié des workpackages sont désormais sans responsable et l’autre moitié a été partagée d’une manière assez équitable entre les trois. Et il y a encore une demande supplémentaire qui consisterait à équilibrer aussi les workpackages sensibles ou stratégiques, et là, ça bute un petit peu."

Quitter le navire européen?

Les points de tensions n’ont cessé de se multiplier les dernières semaines, entre la propriété intellectuelle que ne veut pas céder Dassault et la possibilité évoquée par des syndicats allemands de lancer un deuxième démonstrateur. Visiblement, le patron de Dassault se verrait bien jouer une partition moins complexe. La France pourrait-elle lancer un avion en solo ? "D’un point de vue technique, oui, a lancé Eric Trappier. Safran sait faire des moteurs d’avions de combat, Thales les radars et équipements optroniques, et MBDA les missiles." Reste que l’abandon pur et simple du projet constituerait un coup sans doute fatal à l’Europe de la Défense, qui peine à se mettre en place.

Les propos d’Eric Trappier tranchent avec ceux de Guillaume Faury, le président exécutif d’Airbus. "Je suis très optimiste sur le fait que nous allons trouver une solution, car les enjeux liés au SCAF sont très importants, notamment en matière de souveraineté", avait déclaré le dirigeant le 18 février dernier, à l’occasion de la présentation des résultats du groupe. Il n’avait cependant pas caché les tensions actuelles. "L’Espagne a rejoint le programme il y a un an, avait rappelé Guillaume Faury. Cela a entraîné de nombreuses discussions et négociations supplémentaires. C’est complexe et c’est un défi. (…) Ce n’est pas une surprise. C’est un moment difficile." Les prochains mois seront décisifs.

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