Pourquoi le futur avion de combat européen Scaf coûtera cher, très cher

Selon un rapport sénatorial, le système de combat aérien du futur (Scaf) développé par la France avec l’Allemagne et l’Espagne devrait être 5 à 8 fois plus cher à développer que le Rafale, du fait de sa complexité technologique. Soit un coût du programme estimé entre 50 et 80 milliards d'euros.

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Avion de combat du futur New generation fighter SCAF
Au dernier salon du Bourget, Dassault Aviation avait dévoilé la maquette à échelle 1 du Next generation fighter, pièce centrale du système de combat aérien du futur voulu par la France, l'Allemagne et l'Espagne.

Combien coûtera le Scaf, le système de combat aérien du futur ? Combien de dizaine de milliards d’euros les Etats européens - pour l’instant la France, l’Allemagne et l’Espagne - devront-ils aligner pour développer et produire les futurs avions de combat et leur environnement technologique, qui doivent remplacer à l’horizon 2040 les Rafale français et les Typhoon du consortium européen Eurofighter ?

Le chiffre précis du coût du programme est loin d'être connu - le ministère français des Armées n’ayant jamais voulu communiquer le coût global du programme Scaf, ni même le nombre total d’appareils à produire -, toutefois son montant s'annonce astronomique.

Le rapport publié le 15 juillet 2020 par les sénateurs Hélène Conway-Mouret (Socialiste) et Ronan Le Gleut (Les Républicains) évoque des estimations d’analystes comprises en 50 et 80 milliards d’euros.

A titre de comparaison, le coût du programme Rafale s’élève à 40,7 milliards d’euros avec la production de 286 appareils (source : la Cour des compte, 2010). Au cours de la présentation à la presse de leurs travaux, le sénateur Ronan Le Gleut a évoqué toutefois des "sommes extrêmement importantes qui seraient cinq à huit fois plus cher que ce qu’a coûté le développement du Rafale". On arrive selon lui aux limites de ce qu’un pays avec le PIB de la France peut faire seul. "Cela nous pousse à chercher des partenaires", a-t-il ajouté. 

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Le Cloud et l'intelligence artificielle  s'invitent dans le cockpit

Comment comprendre une telle inflation ? En grande partie, à cause de la complexité technologique. Les armées comme les industriels veulent éviter d’élaborer un système de combat qui serait obsolète dès sa mise en service. Le Scaf doit marquer une rupture technologique majeure, dépassant le simple concept d’un avion de combat au profit du combat aérien collaboratif. Certes, le Scaf s’appuiera sur un appareil, le Next Generation Fighter dont Dassault Aviation a la charge du développement. Cet appareil sera capable d’emporter plus de missiles, de voler plus longtemps tout en étant plus furtif et aussi manoeuvrable que le Rafale. Mais surtout, il sera entouré par des drones aux missions multiples comme les opérations de reconnaissance, le leurre anti-missiles, le brouillage et le recueil d’information. "L’innovation réside tout autant voire davantage dans le cloud de combat et dans l’intelligence artificielle embarquée", précise encore le sénateur.

8 milliards d'euros d'ici 2030

Pour l’instant, les trois pays partenaires en sont seulement à ouvrir les cordons de la bourse. Seuls des contrats de développement ont été notifiés aux industriels. Un contrat de 65 millions d’euros pour l’étude du concept commun et un contrat de 155 millions d’euros pour la phase de développement d’un démonstrateur baptisée phase 1A.

L’accélération sera même très progressive. Les Etats envisagent de dépenser 4 milliards d’euros d’ici 2026 pour développer les technologies nécessaires pour faire voler un démonstrateur et 8 milliards d’ici 2030. Un train de sénateurs… qui ne convient pas aux rapporteurs, pour lesquels il faut accélérer ce calendrier. Parmi leurs recommandations, Hélène Conway-Mouret et Ronan Le Gleut appellent les Etats à accélérer les investissements du Scaf pour éviter une remise en cause du programme.

Une fenêtre de tir dans le calendrier électoral franco-allemand 

En bons politiciens, ils se méfient du calendrier électoral à venir, à savoir des élections législatives en septembre 2021 en Allemagne et des élections présidentielles en 2022 en France. Autant de changements de majorité politique potentiels qui pourraient remettre en cause tout ou partie du programme d’armement. "Nous avons identifié dans cet agenda politique une fenêtre de tir qui est le premier semestre 2021. C’est à ce moment-là qu’il faut le coup d’accélérateur pour aller à la phase suivante", préconisent-ils. Soit un investissement de l’ordre de 1 à 2 milliards avant l’été 2021 pour rendre le programme irréversible. Autre argument qu’ils développent : cette accélération permettrait de ne pas prendre du retard par rapport au programme concurrent porté par le Royaume-Uni, associé à l’Italie et la Suède, qui prévoit une mise en service de leur système de combat aérien en 2035.

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