C’est la lune de miel entre la France et l’Allemagne en matière de coopération militaire. A la fois au niveau capacitaire et opérationnel. Pour marquer le coup, la ministre de la Défense française Florence Parly a accueilli son homologue allemande Annegret Kramp-Karrenbauer ce 17 septembre à la base aérienne d’Evreux (Eure). Elles ont assisté à la pose de la première d’un nouveau bâtiment qui accueillera un escadron franco-allemand destiné aux missions de transport aérien tactique. Cet escadron de 250 pilotes, mécaniciens franco-allemands disposera à terme de 10 appareils C130, 4 apportés par la France, 6 par l’Allemagne.
Au niveau des programmes d’armement menés conjointement, les calendriers s’accélèrent. Florence Parly rendra ainsi la politesse à son homologue allemande en se rendant chez Airbus à Manching en Allemagne. Les ingénieurs d’Airbus lui montreront notamment leurs travaux de recherche dans le domaine de la furtivité des avions de combat et des remote carriers, ces mini-drones chargés d’escorter le futur avion de combat européen.
Aujourd’hui les deux pays ont accordé leurs violons pour avancer le plus rapidement possible sur trois programmes majeurs pour l’Europe de la Défense où la contribution franco-allemande joue un rôle moteur.
L’Eurodrone sera moins cher que le Reaper

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L’Eurodrone, le drone de renseignement financé par la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, est piloté par l’Allemagne avec Airbus en chef de file industriel. Mal engagées un temps, les négociations avec les industriels sont désormais bien orientées. Les quatre pays pensent aboutir à un accord et faire une annonce d’ici à la fin de l’année. Le montant total du programme de développement pour ce drone MALE (moyenne altitude-longue endurance) s’élève à 7,1 milliards d’euros. "Le prix de la souveraineté", indique-t-on au ministère des Armées. L’objectif à terme est pour les pays européens de pouvoir s’affranchir des drones Reaper achetés sur étagère auprès de l’américain General Atomics. Pour rappel, ces drones pour décoller et atterrir au Mali ou ailleurs doivent être mis en œuvre par l’industrie américaine.
Les pays européens qui devraient commander une vingtaine de systèmes espèrent récupérer une partie de cet investissement sur l’achat unitaire des appareils. Un système Eurodrone (soit 3 drones et 2 stations de pilotage sol) devrait coûter environ 160 millions contre 200 millions d’euros pour le Reaper. L’heure de vol sera également moins chère : 3000 euros pour le drone européen contre 4000 pour le système américain.
Seul hic majeur : le calendrier. Le premier système de drones ne sera livré aux Allemands qu’en 2027 ! La France recevra son premier système Eurodrone un an plus tard. Cela peut paraître une éternité pour des pays capables de fabriquer des avions de chasse aussi complexes que le Rafale ou l’Eurofighter ! Selon les sources proches du dossier, la complexité ne résiderait pas dans la cellule de l’appareil mais dans l’électronique embarquée.
Le SCAF, bientôt un programme irréversible ?
L’Allemagne et la France, désormais rejoints par l’Espagne, veulent dans le courant de l’année 2021 franchir un nouveau palier dans l’avancée du programme de système de combat aérien du futur (SCAF). L’objectif est d’entrer dans le vif du sujet de la phase industrielle en signant les premiers contrats qui s’étaleront entre 2021 et 2026 pour le développement et la fabrication d’un démonstrateur capable de voler dès 2026. Les sommes envisagées sont significatives. Paris et Berlin prévoient d’investir ensemble 4,4 milliards d’euros d’ici 2025. Comme pour toute décision d’investissement militaire d’importance, il faudra le feu vert du Bundestag allemand. L’objectif est de le décrocher d’ici avril 2021… avant la tenue des élections fédérales en Allemagne prévues en septembre. Le programme serait alors trop engagé pour l’abandonner.
La France et l’Allemagne ont déjà mis sur la table 215 millions d’euros pour financer les études d’architecture et la phase de recherche et technologie. Sur un plateau partagé, une équipe de projet conjointe basée à Arcueil (Val-de-Marne) et regroupant des Français, des Allemands et des Espagnols, pilote le programme. En plus de différents lots déjà définis du programme d’armement (aéronef, moteurs, cloud de combat, remote carriers, cohérence globale), le futur contrat pour le démonstrateur avec les industriels prévoit deux lots supplémentaires sur les domaines des capteurs et de la furtivité.
Le char franco-allemand intéresse la Pologne et l’Italie
L’avancée du programme de char franco-allemand ou MGCS (Main Ground Combat System) est intiment liée à celui du SCAF. Si l’Allemagne est leader sur le premier, la France est leader sur le second et dans les deux cas, les deux pays financent les programmes à la même hauteur. Pas question donc que l’un avance plus vite que l’autre. Pour éviter tout déséquilibre, les décisions de financement des deux programmes seront donc examinées par le Bundestag allemand dans la même période dans le premier semestre de 2021.
L’étude d’architecture du char du futur a été notifiée en mai 2020 pour 20 mois. Les discussions actuelles portent sur la phase R&T et la répartition de 13 lots auprès des industriels. Paris et Berlin visent une premier contractualisation de huit lots dès l’année prochaine, à répartir essentiellement entre l’allemand Rheinmetall et KNDS, la société détenue à 50/50 par Nexter et son partenaire outre-Rhin KMW. Les trois industriels doivent proposer une organisation industrielle aux deux Etats.
Paris et Berlin se sont engagés à investir une centaine de millions d’euros chacun sur 2021 et 2022. L’Italie et la Pologne ont montré leur intérêt pour rejoindre le programme.



