Le ministère des Armées accélère le tempo des relocalisations industrielles

Fabrication de poudre à Bergerac, production de pièces par impression 3D à Bourges ou de baguettes de soudage à Grandvillars… Le ministère des Armées pilote une vingtaine de projets de relocalisation sur l’ensemble du territoire pour s'affranchir des dépendances vis-à-vis de pays étrangers. Soit un investissement de l’ordre de 220 millions d’euros et la création potentielle d’environ 220 emplois en France et dans l'Union européenne.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Grâce à un soutien financier de 10 millions d'euros de la part de la DGA, Eurenco va pouvoir produire sa propre poudre pour les systèmes d'artillerie de gros calibre dans son établissement de Bergerac (Dordogne)

L’économie de guerre chère à Emmanuel Macron, ce n’est pas uniquement produire plus et plus vite, c’est aussi relocaliser. A l’occasion du déplacement du président de la République à Bergerac (Dordogne) le 11 avril pour la construction d'une nouvelle poudrerie, le ministère des Armées a précisé qu’il pilotait une vingtaine de projets de relocalisation. Près de la moitié de ces projets ont abouti et les autres sont en cours d'instruction. Cela correspond à un financement de l’ordre de 220 millions d’euros – provenant à la fois du ministère, des industriels et du programme France 2030 – et à environ 220 créations d’emplois potentielles en France et dans l'Union européenne. Selon la DGA (Direction générale de l'armement), la part d’autofinancement des entreprises est d’au moins 50%, le solde étant apporté par l’Etat dont le ministère des Armées. Certains projets de relocalisation ont même été portés à 100% sur fonds propres. 

«Ces relocalisations nous permettront de nous affranchir de dépendances vis-à-vis de l’Asie, de la Chine, d’Israël, de Taïwan, et d’Amérique du Nord (États-Unis et Canada), avait indiqué en octobre dernier Emmanuel Chiva, le patron de la DGA devant les députés lors de son audition sur le projet de loi de finances 2024. Elles couvrent des filières assez variées telles que l’aéronautique, le naval, le terrestre, le spatial, les munitions, l’électronique, les batteries, la propulsion, les matériaux, l'équipement du combattant.»

Le projet de relocalisation de la poudrerie est le plus emblématique. A Bergerac, le président s’est satisfait de la pose de la première de la nouvelle poudrerie par le spécialiste de poudre et d’explosifs Eurenco. En vitesse de croisière, la nouvelle usine sera capable de produire 1200 tonnes de poudre par an pour les systèmes d’artillerie de gros calibre. Jusqu’à maintenant, Bergerac s’approvisionnait auprès de la filiale suédoise du groupe et de fournisseurs étrangers. Bâti en 1915 pour répondre aux besoins des armées pendant la Première Guerre mondiale, l’établissement en Dordogne a produit sa propre poudre jusqu’en 2007 avant de transférer cette activité en Suède pour cause de restructuration.

Des relocalisations... d'innovation

A côté de cette relocalisation d’activité historique, le ministère des Armées mise également sur des relocalisations d’innovation «en investissant sur de nouveaux procédés ou produits, comme dans l’impression 3D». Ces projets concernent l’ensemble du territoire et des secteurs industriels très variés. A Grandvillars (Territoire de Belfort), le groupe industriel familial Selectarc, qui se définit comme le dernier producteur français de produits de soudage et de brasage actif au niveau mondial, va produire des baguettes de soudage. Il bénéficie du soutien du maître d’œuvre Naval Group.

A Bourges (Cher), la PME industrielle Vistory, spécialiste de la fabrication additive, mais également de la blockchain, ouvre une nouvelle usine afin de se lancer dans la production de modules d’impression 3D pour des pièces répondant à des besoins civils comme militaires. L’armée de terre a déjà fait appel à ses services en vue d’augmenter la disponibilité du matériel en opération extérieure. Dans les Hauts-de-France dans une ancienne base militaire, Eurovector va investir sur fonds propres dans une usine-laboratoire d’assemblage de munitions spécialisées et destinées aux tireurs d’élites et forces spéciales.

Le ministère des Armées évoque par ailleurs des projets de relocalisation dans le domaine des batteries hautes performances et des matériaux, sans toutefois préciser les industriels et territoires concernés.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.