Comment Nexter, MBDA et Safran montent en puissance pour armer l’Ukraine

Davantage de canons Caesar, d’obus de 155 mm, de missiles de défense aérienne, de missiles pour les avions de combat… La France veut accélérer ses livraisons à l’Ukraine et met la pression sur ses industriels.

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Nexter canon caesar 6x6
La France a débloqué 50 millions d'euros pour acheter 12 canons Caesar au profit des forces ukrainiennes.

A Bourges dans le Cher, là où Nexter produit les canons Caesar, l'usine a changé de braquet. Cette pièce d’artillerie capable de toucher des cibles jusqu’à 40 km est réclamée plus que jamais par les forces ukrainiennes pour contrer l’armée russe. «Des capacités d’artillerie plus fortes sont un des besoins clés pour remporter cette guerre (…) Le manque de munitions est un problème très réel», a indiqué le ministre ukrainien de la Défense. Roustem Oumierov participait par visioconférence au lancement de la coalition Artillerie, le 18 janvier. Une initiative de la France pour réunir les alliés de l’Ukraine afin de lui fournir plus efficacement de l’armement terrestre.

A cette occasion, la France s’est engagée à débloquer 50 millions d’euros pour l’achat de 12 canons Caesar au profit de Kiev. Le ministre français des Armées Sébastien Lecornu a par ailleurs enjoint ses alliés à se mobiliser pour faire l’acquisition de 60 canons Caesar, une commande collective évaluée à 280 millions d’euros.

Ces commandes n’auraient pas pu être possibles sans l’effort de Nexter pour augmenter significativement ses capacités de production, jusqu’à 78 canons Caesar par an dès cette année. «Nous sommes capables de produire jusqu’à 6 Caesar par mois contre 2 par mois avant le début de la guerre en Ukraine. Nous pourrions même monter à 8 Caesar par mois dès l’année prochaine si les commandes le nécessitaient», indique-t-on du côté de l’industriel qui a embauché une dizaine de personnes supplémentaires pour ces activités de production.

De 20000 à 60000 obus par an

Quid des obus de 155 mm également réclamés par l’Ukraine ? Nexter compte également augmenter son volume de production de munitions de son usine basée à la Chapelle Saint-Ursin (Cher). Désormais, les capacités sont de 60000 obus par an contre 40000 il y a deux ans. L’industriel se dit même prêt à doubler cet effort si nécessaire.

Pour atteindre ces cadences, Nexter a investi dans de nouvelles machines-outils, recruté et constitué des stocks de matières premières notamment auprès de ses fournisseurs, Aubert & Duval pour les ébauches forgées de tubes à canon et Les forges de Tarbes pour les corps de bombes. Soit un investissement sur fonds propres de l’ordre de 300 millions d’euros depuis que le ministère des Armées a incité ses fournisseurs à basculer dans une économie de guerre.

MBDA est également engagé dans une telle dynamique pour répondre aux besoins de l’Ukraine en matière de missiles. Le fabricant produit à Selles-Saint-Denis (Loir-et-Cher) une gamme complète de missiles : le missile de défense antiaérienne Aster, le missile antichar Akeron, des missiles de longue portée (Exocet, Scalp…), le Mica des Rafale, le missile de croisière lancé par les sous-marins Barracuda… Soit entre 600 et 900 missiles par an. A l’occasion de sa conférence de presse du 16 janvier, le président de la République a précisé que la France livrerait sous peu une quarantaine de missiles de longue portée Scalp aux forces ukrainiennes.

Des délais trop longs chez MBDA

MBDA a déjà déployé des efforts industriels. La production des missiles de défense sol-air Mistral est passée de 10 par mois en 2022 à 20 par mois actuellement. L’objectif est d’atteindre 40 par mois en 2024. Toutefois, le principal fabricant européen de missiles n’est pas toujours au rendez-vous de l’économie de guerre, au grand dam du ministre français des armées. Interviewé sur les ondes de France Inter le 18 janvier, Sébastien Lecornu n’a pas hésité à qualifier l’industriel de "mauvais élève" concernant précisément la production des missiles Aster. «On est sur des délais qui sont beaucoup trop longs, et j'ai demandé à MBDA qu'ils puissent réussir à faire ce qu'ils ont fait sur le missile Mistral...». Le groupe a semble-t-il déjà entendu le message. Le site en forêt de Sologne prévoit de passer de 320 à 400 personnes d’ici cinq ans. A cet horizon, pour doper la production de l’ensemble de ses usines françaises, le groupe devrait avoir investi de l’ordre d’un milliard d’euros, comme a confié son PDG à l’hebdomadaire Challenges début janvier.

Le groupe Safran fait partie également des industriels sollicités pour équiper les forces ukrainiennes. La branche Défense du motoriste aéronautique produit en effet les bombes dites AASM. Cet armement air-sol modulaire constitué d’une bombe de 250 kg a pour mission de détruire ou neutraliser des cibles terrestres après une précision pouvant descendre jusqu’au mètre. Conçu à l’origine pour les Rafale ou les Mirage de l’armée française, cet armement a été adapté pour équiper les Mig et les Sukhoi des forces ukrainiennes. Selon le ministre des Armées, Safran commence depuis ce mois de janvier à en livrer une cinquantaine par mois et ce jusque la fin de l’année.

Pour Nexter, MBDA et Safran, le sprint pour augmenter les cadences de production pourrait se transformer en marathon. Personne ne sait combien de temps  la guerre durera. «La force de notre soutien c’est la capacité à être fiable dans la durée et endurant», les a toutefois prévenu Sébastien Lecornu.

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