Thierry Breton, commissaire européen responsable du Marché intérieur, a l’habitude, depuis son arrivée à Bruxelles, de tout faire pour que ses dossiers législatifs soient bouclés le plus vite possible - ou "asap" (pour : "as soon as possible", aussi vite que possible). Mercredi 3 mai, il a même proposé un texte du même nom : l’ «Asap», pour «Act in support of ammunition production», une proposition de règlement de 57 pages «en faveur de la production de munitions en Europe» par le biais de laquelle la Commission européenne entend renforcer les capacités de l’industrie européenne de la défense.
Alors que la guerre en Ukraine se poursuit, il s’agit donc pour l’Union européenne (UE) de «passer à un mode "économie de guerre"», a expliqué Thierry Breton, qui constate que pour l’heure, si «la volonté» de l’Europe de se démarquer en matière de défense ne manque pas , celle-ci «ne se traduit pas sur le terrain».
Le constat de la Commission européenne est sans appel : les usines qui œuvrent dans le secteur de la défense en Europe ne manquent pas, mais il y a encore une grande marge de progression possible. «Il s’agit d’aider à augmenter la cadence de ces chaînes de production et de ces usines», a encore résumé Thierry Breton.
Pour y parvenir, la Commission européenne table sur un milliard d’euros d’investissements (la moitié provenant de l’UE, l’autre moitié des Etats), un «montant parfaitement calibré» selon le commissaire tricolore qui est bien décidé à faire en sorte qu’une fois le texte négocié par le Parlement européen et les Etats membres de l'UE, les chaînes d’approvisionnement en Europe (d’obus d’artillerie, notamment) puissent résister à toute épreuve, et que les machines et personnels nécessaires soient bien disponibles en nombre suffisant.
Le Fonds européen de défense à la rescousse
La pandémie de Covid-19 lui a fait prendre conscience que «ce n’est pas parce que l’UE passe un contrat que l’industriel y répond», témoigne-t-il. A l’avenir, plus question donc pour l’Europe de tomber dans de tels travers. Concrètement, le règlement vise autant à accélérer la production de munitions en Europe (afin de pouvoir répondre favorablement à l’Ukraine qui, depuis le début d’invasion russe, n’a de cesse de multiplier les appels du pied auprès des Européens pour recevoir davantage d’armes) qu’à reconstituer les stocks de l’UE, qui fondent comme neige au soleil.
Pour renverser la vapeur, la Commission européenne compte notamment sur des financements provenant de différents outils déjà existants, notamment le Fonds européen de défense et le futur instrument visant à renforcer l’industrie européenne de la défense au moyen d’acquisitions conjointes (EDIRPA). Selon la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, cette proposition de règlement permettra à l'UE de «tenir sa promesse de soutenir l'Ukraine et ses habitants». Elle y voit aussi une «pièce centrale de la défense des intérêts et des valeurs de l'UE», tout comme une façon de garantir «le maintien de la paix sur notre continent».
Au Parlement européen, l’eurodéputée Nathalie Loiseau, membre du groupe Renew Europe (RE) et présidente de la sous-commission sur la Sécurité et la défense, appelle d'ores et déjà à l’adoption la plus rapide possible de ce nouveau règlement. «Asap», donc.



