Enquête

Le Grand Paris Express sous pression

Le plus grand projet urbain d’Europe ne sera pas fin prêt pour les J0 de 2024, mais les chantiers avancent sous la pression des politiques et malgré la crise sanitaire.

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Descente du tunnelier Florence dans le puits Flandres, ligne 17 du Grand Paris Express
Descente du tunnelier Florence dans le puits Flandres, à Bonneuil-en-France (Val-d'Oise), en 2020. Chargé de réaliser les travaux de la ligne 17 du Grand Paris Express, il peut creuser un tunnel de 10 m de diamètre jusqu'à 50 m de profondeur.

La mise en service du Grand Paris Express s’échelonnera entre 2025 et 2030. Quinze ans pour un chantier gigantesque, le plus grand projet urbain d’Europe, ce n’est pas de trop, mais les politiques avaient promis qu’une partie du réseau serait prête pour les jeux Olympiques de Paris en 2024. Aujourd’hui, il est certain que seuls les prolongements de la ligne 14 du métro, au sud, vers l’aéroport d’Orly, et au nord, jusqu’à Saint-Denis Pleyel – une gare qui deviendra aussi importante que celle de Châtelet-Les Halles – seront au rendez-vous de cet événement sportif mondial. Le tronçon de la ligne 16 entre Saint-Denis Pleyel et Le Bourget, qui desservira le centre de presse et le village olympique, devrait également être opérationnel avant les JO, si le calendrier n’est pas à nouveau repoussé.

Raté, donc, pour les lignes 15 (de Pont de Sèvres à Noisy – Champs) et 16 (entre Le Bourget et Clichy – Montfermeil) – leur mise en service devrait avoir lieu en 2025. En cause, des délais déjà très serrés et le Covid-19 qui a retardé les chantiers de trois à huit mois.

Travaux du Grand Paris ExpressFlorent Robert / Usine Nouvelle
Travaux du Grand Paris Express Travaux du Grand Paris Express

Infographie Florent Robert / Usine Nouvelle

Un chantier titanesque

  • 35,6 milliards d’euros de budget
  • 200 km de lignes de métro automatiques
  • 68 gares
  • 16 tunneliers actifs et 5 en démontage
  • Plus de 6 000 entreprises
  • 45 millions de tonnes de terres excavées

(Source : SGP)

Alstom rafle la mise avec 183 rames 

Pourtant, on ne chôme dans les souterrains du Grand Paris. Cette année,

16 tunneliers sont à l’œuvre et 6 000 entreprises travaillent ou ont travaillé sur les différents chantiers, dont 1 000 en contrat direct. Parmi elles, les grands groupes du BTP : Vinci, Bouygues, Eiffage, Spie Batignolles, Webuild (ex-Salini Impregilo)… Pour le métro, Alstom a raflé la mise, avec un contrat de 1,3 milliard d’euros pour 183 rames automatiques de la gamme Metropolis. In fine, l’objectif principal est bien que le Grand Paris Express permette aux Franciliens de se déplacer plus facilement, et dans des transports durables. Avec les prolongements des lignes 4 et 11 et du RER E jusqu’à Mantes-la-Jolie en 2024, l’horizon s’éclaircit encore un peu.

Le président de la Société du Grand Paris, Thierry Dallard, débarqué pour ne pas avoir tenu les délais et avoir dénoncé un objectif pas réaliste, a été remplacé par Jean-François Monteils, un proche de Jean Castex, le 22 mars. Si Catherine Guillouard, la PDG du groupe RATP, se refuse à commenter une décision de l’État, elle assure qu’« il ne faut surtout pas perdre de temps ». L’addition s’élève à 35,6 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 3,4 milliards pour améliorer les transports du quotidien. Il ne faudrait pas qu’elle s’alourdisse davantage. 

« Pour la ligne 16, nous visons toujours 2024 »

Pascal Hamet, directeur du projet ligne 16, lot 1, chez Eiffage

 

Eiffage a remporté plusieurs contrats importants, dont celui du lot 1 de la ligne 16. Serez-vous prêts pour 2024 ?

Nous visons toujours 2024. Une partie de la ligne desservira le village olympique et le centre de presse. Il s’agit du tronçon entre Saint-Denis Pleyel et Le Bourget, et jusqu’à Aulnay pour le centre de maintenance. Six tunneliers sont en action et 80 % des creusements seront terminés avant la fin de l’année. En plus du génie civil, pour lequel 60 % du béton a été coulé, nous allons poser les voies. D’autres filiales du groupe vont intervenir, comme Eiffage Énergie Systèmes pour les infrastructures électriques et les systèmes de ventilation-désenfumage. Nous travaillons vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour tenir les délais, et parfois sept jours sur sept.

 

Quelle part de l’activité est sous-traitée et est-il difficile de recruter ?

Il s’agit d’un contrat de 1,9 milliard d’euros, pour lequel nous devons sous-traiter 20 % du chiffre d’affaires à des PME. Une entreprise nous fournit les trois quarts des 800 000 m3 de béton et nous avons constitué, pour le terrassement, un groupement de PME dirigé par Capocci. Au total, 2 000 personnes sont mobilisées sur le chantier, dont 800 salariés d’Eiffage et 500 intérimaires missionnés par le groupe. C’est vrai qu’il est difficile de recruter. Toutefois, l’insertion professionnelle nous a permis de former et d’embaucher du personnel. Nous avons atteint l’objectif de 500 000 heures avec ces recrutements dès la moitié du chantier. Cela représente 90 personnes en équivalent temps plein.

 

Le respect de l’environnement est-il toujours plus contraignant ?

Pour répondre aux dernières normes réglementaires, nous analysons et retraitons les eaux d’exhaure. Les terres excavées bénéficient d’une traçabilité jusqu’au stockage. Nous utilisons également 30 camions qui roulent au gaz, une première pour ce type de chantier.

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