Le gouvernement veut renforcer l'industrie solaire française, fragilisée par la concurrence chinoise

Le gouvernement a annoncé le 5 avril un ensemble de mesures pour soutenir les fabricants français de panneaux solaires. Des engagements ont notamment été pris par de grandes entreprises pour assurer des débouchés à la production des deux futures gigafactories du secteur à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et Hambach (Moselle).

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Seconde ligne de fabrication de panneaux solaires de nouvelle génération sur le site de Systovi à Carquefou, près de Nantes.
Face à la concurrence chinoise qui a fait chuter les prix, plusieurs fabricants français de panneaux solaires sont en difficulté. Installé à Nantes, Systovi cherche un repreneur pour ses 87 salariés.

Confronté à l’affaiblissement de la filière photovoltaïque française face à la concurrence chinoise qui casse les prix, le gouvernement veut contre-attaquer. Vendredi 5 avril, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, et Roland Lescure, ministre délégué chargé de l’Industrie et de l’Énergie ont présenté un plan d’action dont les effets se veulent rapides. «Nous avons réussi à nous libérer de la dépendance au gaz et au pétrole russes, a appuyé le premier. A-t-on envie de passer à une dépendance aux panneaux photovoltaïques chinois ?»

Malgré un déploiement encourageant (+3,2 GW de capacités installées en 2023 et un parc de 20 GW soit l'équivalent de 22 réacteurs nucléaires), il y a urgence à réagir pour l’aspect industriel. Stoppés par l’Inflation reduction act (IRA), les fabricants chinois ont réorienté leurs exportations vers le marché européen. Dans une enquête récente, L’Usine Nouvelle a décrit comment la hausse des stocks et de l’offre a entrainé une dégringolade des prix. Le tarif de gros des modules standards sur le marché européen est passé de 30 à 14 centimes d’euros/watt en un an et la situation est intenable pour les fabricants français. Ainsi, l'entreprise nantaise Systovi, 87 salariés, a annoncé qu'elle cherchait un repreneur mi-mars.

Deux futures gigafactories choyées par l'Etat

C'est dans ce contexte que Bruno Le Maire et Roland Lescure ont révélé un ensemble de mesures pour soutenir les industriels tricolores. Premièrement, le crédit d'impôt pour l'industrie verte (C3IV), créé par la loi Industrie verte, va bénéficier aux deux projets de gigafactories de panneaux solaires françaises. Le premier est porté par Carbon à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) pour 1,5 milliard d’euros. Le second par Holosolis à Hambach (Moselle) pour 700 millions d’euros. D’un montant maximum de 200 millions d’euros pour chacune, il permettra de couvrir de 20% à 45% des investissements.

De leur côté, les producteurs de panneaux solaires français vont créer un groupement «qui portera leurs intérêts». Le gouvernement s’est donné des objectifs de production chiffrés sur les différents éléments des panneaux photovoltaïques : «3 à 5 GW sur la chaîne de valeur du silicium, 5 à 10 GW de lingots & wafers, 5 à 10 GW de Cellules, 3 à 5 GW de Verre solaire et 3 GW d’Onduleurs».

Un pacte solaire a aussi été conclu avec 29 entreprises concernées par l’achat massif de panneaux solaires. L'objectif est de favoriser le «fabriqué en France». L’on compte parmi elles la SNCF, Oscaro, Lidl France ou Dalkia. Si l’État se veut «exemplaire» dans ses achats, il demande aux signataires de «passer des commandes de long terme aux usines [françaises]». Des énergéticiens et de grandes entreprises, qui n’ont pas été mentionnés, devront aussi acheter la production des deux futures gigafactories françaises pour leur assurer des débouchés dès 2025.

Des aides supplémentaires pour le déploiement du solaire en France

En parallèle des aides à la filière industrielle, le gouvernement a aussi annoncé des mesures pour encourager l’installation de panneaux solaires par les particuliers et les professionnels. L’État indique avoir soutenu financièrement 182 projets pour le déploiement de l’équivalent de 1,3 GW depuis le début de l'année 2024. En mars, les objectifs de développement d’installation de petites surfaces ont été augmentés de 38% pour passer à 1,8GW par an. Un récent arrêté tarifaire doit offrir à ceux qui installent des panneaux des tarifs d’achat garantis par l’État. Attendu depuis plusieurs mois par les agriculteurs, le décret pour inciter à l’agrivoltaïsme a lui aussi été annoncé.

Enfin, un portail cartographique va être mis en place par l’État pour permettre aux collectivités locales d’appliquer la loi d’accélération de la production d’énergies renouvelables (APER) votée en 2023. Cette dernière oblige l’installation d’ombrières photovoltaïques sur au moins la moitié de la surface des parkings de plus de 500 mètres carrés et sur ceux existants de plus de 1500 m². L’État souhaite là aussi montrer l’exemple. Bruno Le Maire a indiqué que les directions interdépartementales des routes (DIR) ont identifié les aires de repos et les échangeurs routiers qui pourront accueillir des surfaces de panneaux photovoltaïques.

En attendant, Bruxelles montre aussi ses muscles face à la concurrence chinoise. Deux enquêtes ont été ouvertes contre deux consortiums chinois soupçonnés d’avoir bénéficié de subventions étrangères qui auraient créé une concurrence déloyale dans le cadre d'appels d'offres dans l’Union européenne.

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