Infographie

Le GNL, champion de la transition énergétique

Liquéfié, le gaz naturel est un remplaçant idéal du charbon, dont nombre de pays cherchent à réduire, voire à éradiquer l’usage comme source d’énergie.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Seuls 43 des 126 terminaux de regazéification à travers le monde peuvent accueillir les plus gros méthaniers.

Lorsque l’on abaisse sa température à - 162 °C, le gaz naturel devient liquide. Il prend alors 600 fois moins de place qu’à l’état gazeux, ce qui permet de l’exporter partout dans le monde. En 2018, les échanges mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL) ont battu un énième record, avec 316,5 millions de tonnes échangées (+ 9,8 %), affirme l’Union internationale du gaz (UIG). Shell prévoit un doublement de la demande mondiale, à 700 millions de tonnes (Mt) en 2040. Une croissance due presque exclusivement à l’Asie (95 %). L’an passé, 76 Mt de capacités de liquéfaction, de regazéification et de transport ont été construites, selon McKinsey, et l’UIG décompte des projets dans les tuyaux pour 843 Mt.

Côté offre, les plus grands exportateurs sont l’Australie et le Qatar. Mais ce sont les États-Unis qui ont changé la donne, en recourant à la fracturation hydraulique de leur sous-sol pour regagner en autonomie énergétique. Cette révolution des schistes a remis sur le marché du gaz à bas coût, d’abord à usage domestique, puis à l’export lorsque les infrastructures ont permis d’acheminer le surplus vers les ports, de le liquéfier et de le charger sur des méthaniers.

"La plupart des nouvelles capacités mises en service en 2019 étaient situées aux États-Unis", relève l’Association française du gaz (AFG). Pour rentabiliser ces infrastructures, il fallait des clients. L’Asie, d’abord pour nourrir sa croissance économique et démographique, puis pour remplacer ses centrales à charbon, concentre les trois quarts de la demande. Mais elle s’approvisionne principalement au Moyen-Orient et en Australie. Le Japon a importé ses premiers mètres cubes de GNL il y a cinquante ans, lorsque le « Polar-Alaska » a accosté au terminal de Negishi (Yokohama), en novembre 1969. Mais c’est en 2011, après l’accident de Fukushima, qu’il a changé de braquet pour remplacer son énergie nucléaire. Devenu un champion des technologies du GNL, le Japon envisageait fin 2019 d’investir 10 milliards de dollars dans des projets dédiés dans le monde. Il a importé l’an passé 77,32 Mt de GNL. Mais vu le retard pris dans le redémarrage du nucléaire, ce n’est pas le gaz qui remplace le charbon, mais ces deux combustibles qui remplacent le nucléaire.

LE BOOM DES IMPORTATIONS FRANÇAISES
LE BOOM DES IMPORTATIONS FRANÇAISES LE BOOM DES IMPORTATIONS FRANÇAISES

La croissance chinoise se shoote au gaz

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

La Chine se joint au bal en 2006, en important ses premiers cargos de GNL. Elle en est aujourd’hui le deuxième importateur derrière le Japon, qu’elle devrait rapidement dépasser. Le pays doit alimenter son industrie florissante et son urbanisation galopante tout en réduisant ses émissions. Générant 30 % des émissions mondiales de CO2, le charbon dans le secteur électrique est une cible de choix. La demande chinoise de charbon augmentait encore en 2018, mais sa part dans le bouquet énergétique se réduit (59 % en 2018 contre 71 % en 2011), relevait Sylvie Cornot-Gandolphe, experte charbon et gaz à l’Institut français des relations internationales (Ifri), dans une étude en 2019. Le gaz le supplante peu à peu, le GNL complétant les livraisons par pipelines pour diversifier l’approvisionnement. En Corée du Sud, l’ambition affichée du gouvernement de sortir à la fois du charbon et du nucléaire renforce la part du gaz dans le mix énergétique.

Lorsque l’Asie a modéré sa demande en 2019, l’Europe a accueilli toutes les cargaisons orphelines. Ses importations de GNL ont bondi de 74 %. Les 10 milliards de tonnes annuelles de capacité du terminal Elengy (groupe Engie) de Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique) sont souscrites jusqu’en 2035. Total surfe sur cette tendance. Avec presque 10 % de parts de marché sur le GNL, le groupe français talonne le leader Royal Dutch Shell. Il visait, avant que la crise du Covid-19 ne vienne entamer ses investissements, 10 MT de capacité d’exportation des États-Unis d’ici à la fin 2020 et 15 Mt en 2025. Dans le mix énergétique européen, le charbon est passé de 19,2 % en 2018 à 15,3 % en 2019, la part du gaz faisant le chemin inverse (de 15,4 % à 18,2 %), selon la plate-forme EnAppSys. La tendance s’accélère au fil des annonces de sortie du charbon : au Royaume-Uni succèdent la France, l’Italie, puis l’Allemagne. Restera la Pologne… Perret Associates anticipe une baisse des importations de charbon en Europe de l’Ouest (UE15), de 63,8 millions de tonnes en 2019 à 53,8 Mt en 2020 puis 43,6 Mt en 2025.

Toujours plus flexible

Restent les pays émergents. En février 2019, seulement 43 des 126 terminaux de regazéification pouvaient accueillir les gros méthaniers Q-Max (266 000 mètres cubes) : 25 en Asie-Pacifique, un seul au Moyen-Orient et aucun en Afrique ni en Amérique latine, selon l’UIG. "Les FSRU ont changé la donne sur le marché du GNL", explique Sylvie Cornot-Gandolphe. Ces unités flottantes de stockage et de regazéification, équivalents des FPSO dans le pétrole, permettent d’importer du GNL "beaucoup plus vite et à un coût bien plus bas que la construction d’un terminal terrestre". La possibilité de transférer en mer du GNL d’un Q-Max à un FSRU ouvre de nouveaux marchés. C’est le cas à Malte, pour alimenter directement la centrale électrique de Delimara. Des projets de FSRU avancent au Ghana, au Salvador et en Croatie, et sont envisagés dans au moins onze autres pays, de la Birmanie au Soudan. Des FSRU qui peuvent être déplacés si le pays n’en a plus besoin, comme en Égypte. Le transport par rail et par route se développe aussi, pour atteindre des régions enclavées.

L’autre gain de flexibilité que permet le GNL se lit dans les prix. Lorsque le gaz se transportait uniquement par gazoduc, il était entièrement contracté à long terme. Désormais, les arbitrages sont possibles sur un marché spot. "Les Russes ont fait une erreur entre 2012 et 2014, en imposant des prix du gaz élevés en Europe comme en Asie, explique Thierry Bros, analyste associé energy project à l’université d’Harvard et professeur à Sciences Po. Que les prix soient élevés en Asie après Fukushima, c’était normal. Mais pas en Europe. Ça a été un feu vert donné à leurs concurrents pour investir. La première vague de GNL américain a été lancée par ces prix du gaz russe trop élevés en Europe." Tirant les leçons de l’histoire, les mêmes Russes viennent de déclarer une guerre des prix aux États-Unis. Grâce au GNL, le gaz est vraiment devenu une commodité comme les autres…

Abonnés
Le baromètre de l’énergie
Prix de l’électricité et du gaz, production nucléaire, éolienne et hydraulique… Notre point hebdo sur l’énergie en France.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs