Le défi de la relocalisation du vélo en France, du cadre à la roue

Après le Plan vélo, le gouvernement veut structurer et encourager la filière de production avec un appel à projet lancé cet été.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Le gouvernement a fixé comme objectif de 1,4 million de vélos assemblés en France en 2027.

En mai, la Première ministre Élisabeth Borne présentait un Plan vélo ambitieux de 2 milliards d’euros pour la période 2023-2026. Une somme surtout consacrée aux infrastructures et à la pratique du vélo avec un doublement des voies cyclables. Mais par ricochet, «le plan doit déboucher sur davantage de production française, se réjouit Grégory Trebaol, le patron du fabricant Rebirth (ex-Easybike). 50% de pistes cyclables en plus vont encourager la pratique et donc l’achat de vélos ». Le lien entre la pratique du vélo et la localisation de sa production n’a pourtant rien d’évident. Au Portugal, la pratique de la bicyclette reste faible, alors que le pays est le premier producteur européen avec plus de 2,5 millions de vélos par an.

Structurer la filière

La France en est loin (au septième rang en Europe), mais compte rattraper la tête du peloton. Le gouvernement fixe l’objectif de 1,4 million de vélos assemblés en France en 2027 et de 2 millions en 2030, contre 854 000 unités en 2022 pour un marché de plus de 2 millions et demi de bicyclettes vendues. L’assemblage est dominé par la filiale d’Intersport, MFC (Manufacture française du cycle) qui produit environ 500 000 vélos dans son usine de Machecoul (Loire-Atlantique), dont 40 % à assistance électrique. Moustache Bikes en produit 70 000, Rebirth qui compte dans son escarcelle les marques Matra, Solex, Lejeune, Velcan ou Coleen annonce 50 000 unités, autant que Cycleurope qui commercialise les marques Peugeot et Gitane. Aucun montant alloué au développement de la production n’a été annoncé par le gouvernement mais le ministre délégué à l’Industrie, Roland Lescure, doit lancer un appel à projets « production de vélo » pour structurer la filière. 

« Je ne peux que me réjouir que les politiques publiques s’intéressent à l’industrie du vélo. Qu’est-ce qu’on attend ?, s’interroge David Jamin, le directeur général de MFC. Il faut que cette annonce soit confirmée pendant l’été avec plusieurs centaines de millions d’euros à la clé si on veut réellement créer des emplois et relocaliser la production.» Même son de cloche chez Moustache Bikes. «L’élan est déjà engagé du côté de l’industrie, assure Clément Bonneau, le porte-parole de l’entreprise. Tout soutien est bénéfique pour appuyer sur les curseurs.»

Car l’argent est le nerf de la guerre. La start-up Gaya, fondée en 2021 et spécialisée dans les VAE (vélo à assistance électrique) pour les familles urbaines qui a déjà vendu un millier de vélos, lève 2 millions d’euros notamment pour relocaliser la production en 2024. Alors que dans les années 1970 et 1980, «100 % des composants étaient produits en France, rappelle Jérôme Valentin, le vice-président de la fédération professionnelle Union sport & cycle qui demande plutôt 1 milliard d’euros pour la filière. Aujourd’hui, environ un tiers des composants d’un VAE et moins de 20 % pour un vélo mécanique sont fabriqués en France. À l’exception des artisans qui sont une quarantaine et produisent chacun environ une centaine de vélos haut de gamme. » La priorité est d’avoir davantage d’assemblage en France. «Il faut des usines terminales, c’est une condition sine qua non, analyse David Jamin. Le contrat portera sur toute la chaîne de valeur.»

Ensuite, il faut relocaliser la production des composants sur le territoire sans copier la production des pays à bas coût. À commencer par les cadres. Plusieurs chantiers sont en cours avec des technologies de pointe. La start-up Ultima qui produit à plus de 90 % en France a choisi un mélange de fibres de carbone et de polyamide pour ses cadres. Rebirth, qui se fournit en France pour certains composants (jantes, pneumatiques, fourches…) produit des cadres en composites en France depuis 2022.

Autre pièce maîtresse des VAE, le moteur était souvent européen, notamment avec Bosch, mais Valeo produit aussi un moteur pour la petite reine dans son usine de L’Isle-d’Abeau (Isère) depuis 2022. Et Yamaha produira un nouveau moteur pour VAE à partir de 2024 dans son usine MBK Industrie de Rouvroy (Aisne). Avec ces deux fournisseurs, la part du made in France dans les VAE va vite augmenter.

Chez MFC, plusieurs projets avancent dans ce sens. «Il faut trouver des solutions de rupture, prévient David Jamin. Nous avons rapatrié l’activité de peinture des cadres depuis la Chine. Nous avons abandonné les solvants pour des poudres recyclées avec très peu de déchets. Et nous travaillons avec les entreprises du grand Ouest pour la relocalisation industrielle dans un réseau baptisé Cygo. »

Un quart des vélos vendus sont des VAE

De l’autre côté du pays, dès 2011, quand Moustache Bikes a été lancé, il s’agissait de ramener la valeur ajoutée en France et dans les Vosges. «Avec les coûts de transport et les taxes antidumping, nous avons relocalisé l’assemblage, indique Clément Bonneau. Depuis quelques années nous assemblons les roues et les montons intégralement. Jusqu’à présent nos cadres sont produits à Taïwan. Mais nous allons faire quelques annonces dans le sens de la relocalisation à la rentrée.»

Moustache Bikes ne produit que des VAE et vise une production annuelle de 100 000 vélos dès 2024. Actuellement, l’entreprise agrandit son usine. Le potentiel de croissance se trouve dans les VTT, les VTC et surtout les VAE qui représentent aujourd’hui 25 % des vélos vendus en France. «Il y a une forte marge de progression si on regarde chez nos voisins allemands et néerlandais où les ventes de vélos électriques atteignent près de 50 % », analyse Jérôme Valentin. De beaux développements en perspective pour le made in France.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.