Enquête

Le chinois Tsingshan fait trembler le nickel

Tsingshan, le plus gros producteur mondial d'inox, a investi pour produire des batteries destinées aux véhicules électriques à partir de la fonte de nickel, moins coûteuse que le nickel raffiné. Mais leur impact environnemental pourrait freiner ses ambitions.

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Tsingshan
Le sidérurgiste chinois Tsingshan fournit un cinquième de l’inox mondial.

Et si Tsingshan Holding Group réussissait son pari ? Le sidérurgiste chinois a décidé de s’attaquer à l’un des principaux goulots d’étranglement à venir dans la production de batteries : l’approvisionnement en nickel. Alors que la demande de sulfate de nickel explose, les gisements à haute teneur se raréfient.

En 2021, ce conglomérat d’environ 45 milliards d’euros de chiffre d’affaires, plus gros producteur mondial d’inox et de nickel, a démarré la production de nickel de qualité batterie à partir d’une nouvelle voie utilisant du minerai à faible teneur, beaucoup plus abondant. Une technologie, pas révolutionnaire en soi, mais qui permettrait d’inonder le marché, pour peu que Tsingshan réussisse à surmonter les freins environnementaux. En dehors de la Chine, l’empreinte carbone élevée de ses produits rebute les constructeurs automobiles. En réponse, Tsingshan promet des investissements dans le solaire et l’hydroélectricité.

Au London Metal Exchange (LME), la moindre annonce du groupe privé, discret sur ses chiffres, suffit à affoler les cours du nickel. « Il a déjà démontré sa capacité à mener à bien ses projets », reconnaît Yves Jégourel, économiste à l’université de Bordeaux. Son fondateur Xiang Guangda, originaire de Wenzhou, a commencé en 1988 par produire des portières pour l’automobile, avant de se lancer dans la fabrication d’inox. Il a intégré peu à peu toute la chaîne, jusqu’à la transformation du nickel en amont, dont l’inox est le principal débouché. Tsingshan s’est taillé une solide réputation de compétitivité. « Comme tous les groupes chinois, il affiche des coûts d’investissement plus bas », constate Nikhil Shah, analyste au CRU Group.

Intégration verticale des batteries

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Le sidérurgiste, qui fournit désormais un cinquième de l’inox mondial et qui a produit 500 000 tonnes de nickel en 2020, a aussi su se montrer visionnaire. Lorsque les prix du nickel étaient au zénith, il a été précurseur en utilisant le NPI, un produit semi-fini moins coûteux que le nickel raffiné, pour fabriquer de l’inox.

Il a aussi été le premier, en 2009 à investir en Indonésie, sur l’île de Sulawesi, avant que le pays ne devienne le premier producteur mondial de nickel. L’industriel s’est assuré un accès jusqu’à la mine, en reprenant 53 % de l’énorme gisement indonésien de Weda Bay, au côté d’Eramet. Son arrivée a été vue comme une aubaine par le minier français, lâché par son partenaire japonais. En pleine déprime des cours du nickel, les candidats ne se bousculaient pas pour co-investir. Le groupe chinois, qui multiplie les partenariats, a sauté sur l’occasion. C’est encore avec Eramet que Tsingshan s’est diversifié dans le lithium en 2021, apportant 375 millions d’euros à un projet en Argentine, mis sous cocon depuis un an, en échange de 49,9 % des parts.

En capitalisant sur son accès aux métaux, Tsingshan entend désormais intégrer verticalement toute la chaîne de production de batteries électriques. Jusqu’au produit final. Alors qu’il investit dans des usines d’inox en Inde, aux États-Unis et au Zimbabwe, il dispose déjà d’un site de production de batteries lithium ion à Wenzhou pour le stockage de l’énergie et les véhicules. 

Dans les terres rares, l’incontournable China rare earth group

Soucieux de renforcer son contrôle sur l’exploitation des terres rares, Pékin pousse la consolidation du secteur autour de deux nouveaux mastodontes. Au sud du pays, China Rare Earth Group fusionne trois groupes publics spécialisés sur les terres rares lourdes. Au nord, les deux spécialistes des terres rares dites légères, China Northern Rare Earth et China Rare Earth Holding ont initié un rapprochement. La Chine contrôle déjà 60 % de l’extraction mondiale de ces métaux indispensables aux aimants permanents et à l’industrie de défense. Sa domination est encore plus forte dans le raffinage, où sa part de marché frise 85 %. Ce qui rend les groupes chinois incontournables. Aux États-Unis, l’un des actionnaires de MP Materials, qui opère le redémarrage de la mine de Mountain Pass, est Shenghe Resources, coté à Shanghai.

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