Enquête

CGN, l’encombrant «ami de trente ans» d’EDF

Partenaire de longue date d'EDF en Chine et au Royaume-Uni, CGN est dans le collimateur des États-Unis qui l'ont placé sur leur liste noire et se voit remis en cause par les Britanniques qui souhaitent l'exclure des projets de Sizewell C. Cela ne l'empêche pas d'afficher ses ambitions dans les pays émergents.

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Dalle de béton posée hinkley point c epr edf
Depuis 2016, CGN est partenaire d’EDF sur le projet d’Hinkley Point C, au Royaume-Uni.

C'est un détail qui en dit long. Le président de China General Nuclear Power Group (CGN), Yu He, parle le français. Zheng Dongshan, qui dirige CGN UK, la filiale britannique du premier exploitant nucléaire public chinois, aussi. Cela prouve les liens qui unissent depuis trente-cinq ans le nucléaire civil chinois à la France.

Créé en 1974 à Shenzhen (Guangdong), « CGN a bénéficié du transfert par la France de la technologie de réacteur du palier 900 de Framatome », explique Valérie Faudon, déléguée générale de la Société française d’énergie nuclaire (Sfen). C’est sur la base de cette technologie que les Chinois ont développé leur propre modèle de réacteur nucléaire à eau pressurisée de troisième génération, le HPR1000, plus connu sous le nom de Hualong One. Le premier a été mis en service en Chine le 30 janvier 2021, par l’autre grande entreprise nucléaire d’État, China National Nuclear Corporation (CNNC). À l’international, il est commercialisé par une coentreprise créée fin 2015 par CGN et CNNC, qui a mis en service le deuxième Hualong One au Pakistan, en mars 2021, et qui vient de signer pour un troisième en Argentine.

Trois chantiers au Royaume-Uni

CGN, qui emploie 39 000 personnes et exploite 33 GW de capacités nucléaires dans six centrales en Chine, veut en construire un au Royaume-Uni, à la centrale de Bradwell (Essex). Pour le faire certifier par l’autorité de sûreté britannique, le chinois s’est allié à EDF, avec lequel il a déjà construit deux EPR à Taïshan et en construit deux autres à Hinkley Point C, au Royaume-Uni, depuis 2016. CGN détient aussi 20 % du projet de deux EPR à Sizewell C d’EDF. Au grand dam des Britanniques, qui cherchent maintenant à exclure les Chinois de leurs projets de nouveau nucléaire. Le groupe chinois est aussi dans le collimateur des États-Unis, qui l’ont accusé en 2016 d’avoir volé des secrets nucléaires américains à des fins militaires et l’ont placé en 2019 sur la liste des entreprises interdites de produits américains.

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Malgré tout, CGN affiche toujours des ambitions d’export en République tchèque, en Roumanie, au Kenya et en Afrique du Sud. Sur ces marchés émergents, la Chine arrive avec une force de frappe industrielle et financière unique. « Sa filière est capable de construire six à huit réacteurs nucléaires par an, a affirmé un responsable de CNNC à Vienne il y a quelques mois », relève Valerie Faudon. L’entreprise indique sur son site internet avoir aussi développé un miniréacteur à eau pressurisée sur barge, l’ACPR50S. Elle veut aussi construire la première centrale nucléaire chinoise dédiée au chauffage, le NHR200-II.

CGN, enfin, a des ambitions dans les énergies renouvelables. En 2014, l’énergéticien chinois a créé une filiale, CGN Europe Energy (CGNEE), à Paris, et racheté à EDF Energy trois parcs éoliens. Il dispose maintenant de 2 300 MW installés d’éolien et de solaire en Europe, dont 6,6 MW de solaire sur ombrières à Bordeaux. 

CNNC, le conglomérat nucléaire chinois

Le vrai géant chinois du nucléaire n’est pas China General Nuclear Power Group (CGN), mais China National Nuclear Corporation (CNNC). Ce conglomérat de 1 million de salariés contrôle la plupart des activités du secteur, notamment la R & D, la conception technique, la prospection et l’extraction d’uranium, l’enrichissement, la fabrication de combustible, le retraitement et l’élimination des déchets. Il détient 8 % de CGN, le plus gros opérateur nucléaire chinois. Mais c’est lui qui a mis en service, en 2021, les deux premiers réacteurs 100 % chinois de 3e génération, le Hualong One, codéveloppé avec CGN. Et c’est encore lui qui a lancé, en janvier dernier, le premier miniréacteur nucléaire de 4e génération à haute température au monde, à la centrale de Shidaowan.

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