La Cour supérieure de justice du Québec vient de franchir une étape en autorisant, le 17 mai, la reprise du canadien Velan par son concurrent américain Flowserve. Les deux équipementiers industriels devraient conclure cette transaction au troisième trimestre, autrement dit dans l’été, mais la cession reste «subordonnée aux conditions de clôture usuelles, y compris l’obtention des approbations ou des autorisations des autorités de réglementation», indique la Cour.
De ce côté de l’Atlantique, des voix s’élèvent pour s’opposer à ce passage sous pavillon américain. La société familiale Velan, qui s’appuie sur 12 usines et 1 660 personnes, est, en effet, propriétaire de deux pépites tricolores, Segault à Mennecy (Essonne) et Velan SAS (ex-Alstom et ex-Schlumberger) à Lyon (Rhône). «Ces deux entreprises disposent de savoir-faire rares», témoigne un dirigeant adhérent du pôle Nuclear Valley.
Les deux filiales hexagonales conçoivent et fabriquent de la robinetterie de haute technologie pour le pétrole, le gaz et le nucléaire. Bon an, mal an, elles exportent la moitié de leur production. Segault, qui emploie une soixantaine de personnes, équipe les centrales nucléaires et surtout les chaufferies nucléaires des bâtiments de la Marine nationale, notamment les SNLE et le porte-avions Charles de Gaulle, qui sont au cœur de la dissuasion française. «Elle fait partie de la base industrielle et technologique de défense (BITD)», rappelle l’ancienne ministre chargée du Logement Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice communiste de Paris. Depuis Lyon, où il emploie 280 salariés, Velan SAS fournit l'ensemble des réacteurs nucléaires français. C’est l'un des fournisseurs critiques d’EDF.
La députée Sophie Primas (LR-Yvelines) craint que «des informations, même partielles, pourraient être transmises sans obstacle juridique».
Alerté par les parlementaires, Bercy se dit «vigilant». Une instruction de contrôle des investissements étrangers a été enclenchée, elle doit durer 75 jours, c’est-à-dire jusqu’au milieu de l’été. Les services du gouvernement discutent avec l'écosystème d'EDF pour le civil, et la DGA et Naval group pour le volet militaire, «pour savoir si les critères du maintien de la souveraineté sont respectés», indique Bercy.
Or, si les deux filiales françaises sont retirées des négociations, il n’est pas dit que Flowserve maintienne son offre de rachat. Elles représentent environ un quart de l’activité de Velan, qui a publié un chiffre d’affaires de 380 millions de dollars (352 millions d’euros) sur 12 mois glissants. «D’autant que les deux filiales françaises de Velan sont bénéficiaires, ce qui n’est pas le cas de la filiale italienne qui travaille pour le pétrole», mentionne un parlementaire.
Bercy pourrait assortir son autorisation de la signature d’engagements de la part de Flowserve. Mais le précédent de General Electric, qui n’avait pas respecté ses promesses après le rachat d’Alstom, laisse de mauvais souvenirs.



