Les gestionnaires de réseaux de transport d’électricité courent après les câbles. «Nos fournisseurs nous ont mis en garde : ils ne peuvent plus nous livrer une commande passée aujourd’hui avant fin 2025, pointe Gilles Etheimer, directeur des achats de RTE (Réseau de Transport d’Electricité). Quand on regarde tous les besoins européens annoncés, la demande de câbles devrait croître au moins jusqu’en 2030, où elle pourrait atteindre un plateau.»
Alors qu’elle était relativement stable jusqu’en 2018 et 2019, la demande européenne de câbles électriques à haute tension a connu un boom à partir de 2021. En France, le gestionnaire public du transport d’électricité à haute tension estime que son besoin annuel de câbles souterrains devrait atteindre 2000 kilomètres d’ici deux à trois ans, contre moins de 800 km avant la crise sanitaire liée au Covid-19. Aux Pays-Bas, le transporteur d’électricité TenneT a annoncé, l’année dernière, une enveloppe globale de 5,5 milliards d’euros pour la livraison de plus de 7000 kilomètres de câbles d’ici à 2032, afin de raccorder plus de 2 gigawatts (GW) offshores et onshores aux réseaux allemands et hollandais.
Les industriels du câble électrique à haute tension se préparent
Face à l’envolée des commandes, les fabricants de câbles, eux, se mettent en ordre de bataille. L’italien Prysmian installe actuellement de nouvelles lignes de production sur son site industriel de Gron (Yonne), un an après l’annonce d’un plan d’investissement de 61 millions d’euros – soutenus par le plan France 2030 à hauteur de 5 millions d’euros. Le site a déjà recruté 70 nouvelles personnes, et en vise 70 de plus d’ici à 2026. L’usine doit notamment fournir 3000 kilomètres de câbles souterrains au mégaprojet allemand «German corridors», qui vise à relier les champs d’éoliennes de mer du Nord aux grandes villes du sud de l’Allemagne à travers trois grands corridors.
L’Italien a également annoncé, ce jeudi 14 novembre, un investissement de 39 millions d’euros sur son site de Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne) pour la mise en service d’une nouvelle ligne de production de câbles à haute et très haute tension d’ici à 2026. Cette nouvelle ligne doit augmenter la capacité de production du site en haute tension de 70% et aboutir au recrutement de 60 personnes d’ici à 2027.

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De son côté, le français Nexans a annoncé, en septembre, un programme d’investissement de 81 millions d’euros pour son site de Charleroi, en Belgique, pour 30 nouveaux emplois créés. Les travaux doivent terminer d’ici à 2026. Le site belge fournit, entre autres, RTE aux côtés du site français de Bourg-en-Bresse (Ain).
Le tricolore cherche à augmenter ses capacités suite, notamment, à la méga-commande du Hollandais TenneT. En tout, Nexans doit produire et installer plus de 2160 kilomètres de câbles sous-marins et terrestres, pour une mise en opération des parcs d’ici à 2032, afin de raccorder trois futurs parcs éoliens situés en mer du Nord.
Des contrats d’achats de câbles à long terme
En attendant que tournent ces nouvelles lignes de production, RTE prend les devants pour sécuriser ses approvisionnements. Le gestionnaire de transport électrique français a annoncé, début novembre, commander 5000 kilomètres de câbles auprès des cinq principaux fabricants européens – Prysmian, Nexans, le Danois NKT, le Portugais Solidal (appartenant à NKT) et le Grec Hellenic Cable. Objectif : assurer ses approvisionnements jusqu’en 2028 pour 668 millions d’euros – auxquels s’ajoutent 300 millions d’euros pour l’installation et le montage.
«Pour nous, c’est un peu plus de risques, car on s’engage fermement pour raccorder des projets qui, eux, ne sont pas toujours finalisés. Mais on donne plus de visibilité à nos fournisseurs, avec un calendrier, une typologie de câbles et des volumes pour qu’ils puissent organiser au maximum leur production», résume Gilles Etheimer. Le gestionnaire de réseau prépare une consultation en vue de contractualiser, en 2025, de nouveaux volumes jusqu’à 2032.
La demande de câbles à haute tension souterrains va bon train en Europe. Au besoin de remplacer les lignes aériennes et souterraines vieillissantes, s’ajoute la multiplication des projets de centrales nucléaires, qui demandent de nouveaux raccordements au réseau. Les transporteurs d’Europe du Nord dévorent également une part croissante de l’offre européenne de câbles, afin de raccorder le réseau électrique à des champs éoliens en mer de plus en plus éloignés – parfois de plusieurs dizaines de kilomètres.



