La transition énergétique se fera avec les pays émergents ou ne se fera simplement pas

Lors d’une réunion à Paris des ministres de l’Energie de l’OCDE à l’occasion des 50 ans de l’Agence Internationale de l’énergie (AIE), les voix étaient presque unanimes. Pour rester sous les 1,5°C, il faut d’urgence financer la transition énergétique des pays du Sud global, quitte à surtaxer les entreprises pétrolières.

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750 millions de personnes, dont 600 millions en Afrique, n’ont pas accès à l’électricité.

Financer la transition énergétique des pays émergents est une priorité. Le message a été porté haut et fort lors de la conférence organisée à Paris les 13 et 14 février par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour ses 50 ans. Emanation de l’OCDE créée en 1974 en réponse à la crise pétrolière, l’AIE impose à ses 31 membres de disposer de trois mois de réserve de pétrole pilotés par les gouvernements. Avec la crise climatique, ses missions ont peu à peu évolué. Et, en 2021, l’AIE a publié un scénario prospectif «Net Zero by 2025», en plus de ses scénarios tendanciels et politiques publics, qui a fait date. L’agence y prône l’abandon des nouveaux projets d’exploration-production d’énergies fossiles. Depuis, l’AIE qui compte désormais 13 pays associés, dont la Chine, l’Inde et le Brésil, multiplie les rapports liés à la transition énergétique, par technologie ou par pays.

A la COP28 de Dubaï, son analyse selon laquelle il faut tripler les énergies renouvelables dans le monde et doubler l’efficacité énergétique a été entendue et inscrite dans l’accord final signé par 200 pays. Dans sa nouvelle feuille de route, fixée par les ministres de l’Energie des états, ces derniers écrivent qu’ils ont bien compris que les investissements dans les énergies propres, toutes sources confondues, doivent atteindre 4 500 milliards de dollars par an d'ici à 2030 pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. Dans le même temps, ces derniers devront plus que tripler pour atteindre 2,2 à 2,8 billions de dollars par an d'ici le début des années 2030, dans les énergies propres dans les marchés émergents et les économies en développement. Il y a urgence à ce que les pays industrialisés s’en préoccupent.

L'enjeu climatique du clean cooking

«Il y a encore 750 millions de personnes, dont 600 millions en Afrique, qui n’ont pas accès à l’électricité et deux millions de personnes qui n’ont pas accès à la cuisson propre (clean cooking). Et même si on se moque que la cuisine au charbon de bois tue une femme sur cinq en Afrique, pensez à l’effet sur le climat et sur le niveau de déforestation», a rappelé Damilola Ogunbiyi, représentante spéciale du secrétariat général aux Energies durables des Nations unies. Dans son introduction, Fatih Birol, le directeur de l’AIE a rappelé que dans ces pays quatre familles sur cinq cuisinent encore au charbon de bois, et a pointé l’importance d’inclure les pays du Sud global dans les politiques climatiques, se félicitant d’avoir récemment accueilli le Sénégal et le Kenya comme états associés à l’AIE et des discussions  lancées en octobre 2023 pour que l’Inde devienne état membre.

«Nous devons travailler avec les pays émergents pour qu’ils attirent les investissements dont ils ont besoin. Dans trop d’endroits du monde, le coût du capital reste prohibitif», a expliqué Ursula van der Leyen, présidente de la Commission européenne. Or, malgré les grandes déclarations lors du dernier sommet pour un nouveau pacte financier mondial en juin 2023, ou des initiatives comme l’Alliance Solaire lancée en 2016, les Occidentaux resteraient encore «déconnectés des réalités» des pays émergents, selon Damilola Ogunbiyi, qui a rappelé que le coût d’emprunt pour un développeur privé de renouvelables dans ces pays «représente 23 à 30% d’un projet en Afrique, quand c’est moins de 5% ailleurs». Or les financements publics des États développés prévus par l’Accord de Paris ne concernent que l’adaptation. Et sont déjà insuffisants. La transition juste a aussi besoin d’investissements privés, rappellent les dirigeants des pays membres de l'AIE.

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Baisser les coûts financiers

«Quand on parle de financement, cela signifie déplacer l’argent des financements des fossiles pour fournir aux économies émergentes les moyens de faire un saut de grenouille vers les technologies vertes. Cela signifie que l’on doit taxer les superprofits des compagnies pétrolières de manière globale. On doit aussi taxer l’aviation, le maritime», explique Mary Robinson, présidente de The Elders, un groupe indépendant de leaders mondiaux œuvrant pour la paix, la justice, les droits de l'Homme et une planète durable fondé par Nelson Mandela en 2007.  

Selon elle, il faudrait aussi revoir la gouvernance des COP «où les fossiles ont beaucoup trop de pouvoir». Il faut surtout agir sans attendre. «Nous savons ce qu’il faut faire. Mais nous ne le faisons pas assez vite !», martèle Mary Robinson. TotalEnergies, qui expliquait à la veille de la Cop 28 de Dubaï que les États du Nord devaient investir dans celle du Sud, est pris au mot. Las, les ministres de l’Energie européens, Bruno Le Maire en tête, semblent plus inquiets de la concurrence chinoise ou américaine dans la course aux énergies propres que préoccupés par le financement de la transition des pays du sud Global. C’est pourtant une condition sine qua none à «une transition juste et durable», rappelle Fatih Birol. Encore faut-il qu’il soit entendu.

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