La stratégie nationale pour le fret ferroviaire manque d'ambition

Le gouvernement a dévoilé le 13 septembre son plan de développement du fret ferroviaire. Seule annonce tangible, la reconduction jusqu’en 2024 des aides d’urgence. Et un rappel des engagements publics en faveur du fret liés au plan de relance, dont les détails restent à préciser.

Réservé aux abonnés
Fret SNCF
Pour doubler la part du fret ferroviaire, l'Etat saupoudre les aides et concède peu d'investissements.

A l’évidence, le ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari ne pèse pas suffisamment lourd au sein du gouvernement pour décrocher des moyens sérieux en faveur du fret ferroviaire. Le 13 septembre, le fringant ministre a présenté la stratégie nationale du gouvernement sur le fret, faite de "72 mesures" destinées à tenir l’objectif de multiplier par deux en 2030 la part du fret ferroviaire, tombée aujourd’hui à 9%. En termes sonnants et trébuchants, l’ambition se résume dans un premier temps à reconduire, jusqu’en 2024, les 170 millions d’euros d’aides annuelles inscrites au budget de l’Etat depuis la crise sanitaire. "Cette somme, ce n’est pas rien à l’échelle française, se défend le ministre, car il nous a fallu convaincre Bruxelles".

Ces subsides seront ventilés auprès des opérateurs et du gestionnaire sous forme d’aide au wagon isolé, d’aide au transport combiné, de prise en charge d’une part des péages à SNCF Réseau et d’un soutien au transport combiné et aux autoroutes ferroviaires. "Un engagement fort, inédit" car pluriannuel, a assuré le Jean-Baptiste Djebbari.

Des rustines, plutôt que des investissements

On ne peut pas parler d’investissements. Plutôt de rustines pour soutenir à bout de bras un secteur fragile. Certes, en parallèle, SNCF Réseau bénéficie de crédits pour rajeunir le réseau, ce qui bénéficie au fret. Et des engagements précédents. Sur cette même période, "on va investir 1 milliard d’euros dans le cadre d’un volet fret du plan de relance dont les contours seront connus dans les prochaines semaines", a indiqué le ministre. L’effort de l’Etat sera en réalité limité "à 500 millions d’euros, l’autre moitié étant apportée par les collectivités locales dans le cadre de contrats avec l’Etat", commente un acteur du fret.

Le gouvernement attend les recommandations du Conseil d’orientation des infrastructures pour déterminer les chaînons du fret ferroviaire qui bénéficieront des sommes : les lignes  capillaires, les embranchements, les plates-formes de combiné. Les desiderata de la coalition 4 F, une alliance réunissant les acteurs du fret ferroviaire, n’ont pas vraiment été exaucés. "Nous avions demandé la création de 15 plates-formes de transport combiné, mais visiblement les investissements serviront à moderniser et étendre celles qui existent", souligne Frédéric Delorme, le président de Rail Logistics Europe, qui chapeaute les activités fret de la SNCF. "Il n’empêche que la visibilité que nous avons jusqu’en 2024 est exceptionnelle dans notre secteur", positive-t-il.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.