La start-up Proxima va commander 12 TGV Alstom pour opérer dans le Grand Ouest

Un nouveau concurrent en vue pour la SNCF sur la grande vitesse. Proxima (nom de code) affirme avoir sécurisé son financement pour commander des TGV nouvelle génération qui relieront Paris à Angers, Bordeaux, Nantes et Rennes à la fin de la décennie. Décryptage avec Rachel Picard, la directrice générale.

Avelia Horizon Alstom TGV
Proxima aura les mêmes rames que la SNCF, les TGV Avelia d'Alstom.

Rachel Picard, le retour ! L’ancienne directrice de Voyages SNCF et de Gares & connexions, pressentie un temps pour prendre la présidence du groupe, vient concurrencer son ancienne maison sur la façade Atlantique (Angers, Rennes, Nantes et Bordeaux) dans la grande vitesse. En effet, elle vient avec Tim Jackson, fondateur et dirigeant d’Alpha Trains, spécialiste du leasing de matériel ferroviaire, et le fonds Antin Infrastructure Partners de lancer officiellement, jeudi 6 juin 2024, Proxima (nom de code provisoire), une compagnie 100% française et indépendante de trains à grande vitesse.

«Nous travaillons sur le projet depuis deux ans avec Tim Jackson, précise Rachel Picard, directrice générale de la start-up dans un entretien à L’Usine Nouvelle. Nous sommes deux associés qui connaissons bien le ferroviaire depuis longtemps, lui plutôt dans le matériel et moi dans la gestion de la clientèle. Nous avons élaboré un modèle économique qui tient la route car nous savons les erreurs à ne pas commettre. Nous sommes partis de la production industrielle.»

Mise en service en 2028

Proxima va signer dans les prochaines semaines un contrat avec Alstom pour la commande de 12 TGV Avelia Horizon (TGV-M chez SNCF), de dernière génération. «Nous avions lancé un appel d’offre il y a plus d’un an et nous avons choisi Alstom car nous aimons beaucoup ses rames, se félicite Rachel Picard. C’est un train déjà développé et certifié, plus capacitaire et moins énergivore, fabriqué en France. Quand on achète ce type de trains, on se projette sur 30 ans.»

Une information confirmée à L’Usine Nouvelle par le constructeur français qui «se réjouit de l’annonce faite par Proxima, au sujet d’une nouvelle offre de transport et confirme être en négociations exclusives pour la fourniture et la maintenance de rames à très grande vitesse Avelia Horizon». La maintenance sera réalisée à Marcheprime, près de Bordeaux dans un site de Lisea, la société concessionnaire de la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique. «C’est là que sera basée notre flotte qui sera maintenue par Alstom», prévient Rachel Picard, qui assure que les premières rames seront livrées début 2027 pour les essais dynamiques avant une mise en service en 2028, au plus tard.

Transporter 10 millions de voyageurs par an

Proxima a choisi ces destinations sur des lignes à grande vitesse qui ne sont pas saturées pour transporter 10 millions de voyageurs par an, conscient que la conscience écologique et les nouveaux modes de vie vont accroître la demande sur la façade Aatlantique avec une croissance «démographique, économique et touristique». «L’infrastructure et les péages sont chers, rappelle la co-fondatrice de cette start-up. Notre modèle sera une offre simplifiée, très focalisée en région pour être plus agile. L’important est de remplir ces trains à deux niveaux. Dans le ferroviaire, on ne peut pas faire du transport de niche, mais du transport de masse. Il faut aller chercher un maximum de personnes.» Du temps où elle dirigeait Voyages SNCF, elle avait créé Ouigo. Si aujourd’hui cette jeune entreprise est limitée à deux personnes, il faudra recruter et former rapidement pour atteindre dans les prochaines années 300 salariés. «Nous sommes déjà en contact avec des écoles. »

Un financement bouclé

Alors que la concurrence sur le ferroviaire démarre timidement sur le sol français avec Trenitalia et Renfe sur la grande vitesse et Transdev sur le transport régional, de nouveaux opérateurs étaient attendus. Après les fiascos de Railcoop et Midnight train, il reste deux projets en cours. La compagnie Le Train, qui veut développer «un trafic grande vitesse intra et interrégional en commençant par le Grand Ouest et relier des villes qui ne le sont pas par la grande vitesse, expliquait Alain Getraud, directeur général de Le Train, en janvier 2023, lors de la signature avec le constructeur espagnol Talgo pour la livraison de 10 rames. Contacté par l’Usine Nouvelle, cet opérateur affirme que «le bouclage financier complet sera terminé d’ici la fin de l’année 2024. Pour le matériel roulant, nous sommes sous contrat avec Talgo avec un cycle industriel en cours.».

Quant à Kevin Speed, il envisage de faire rouler des TGV dès 2028 entre Paris, Lille, Lyon et Strasbourg et de commander 20 rames de TGV à Alstom. Mais il reste à rassembler les financements.

Proxima a déjà franchi cette étape cruciale. Le projet est intégralement financé à hauteur de 1 milliard d’euros par Antin Infrastructure Partners, société française d’investissement, et soutenu par un consortium de banques françaises et internationales. «Antin Infrastructure Partners investit dans le ferroviaire et les énergies nouvelles et surtout sur le long terme», explique Rachel Picard. Ce fonds a 31 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Avec cet investissement, Proxima dispose de moyens pour l’achat et la maintenance du matériel roulant, les coûts opérationnels de lancement et les besoins en fonds de roulement. Et pourquoi est-ce si difficile d’entrer sur ce marché ? «C’est un secteur peu connu et industriellement compliqué, analyse l’ancienne directrice générale de Voyages SNCF. Le matériel coûte très cher, il faut donc une mise de fond importante à la base et un temps long. On ne trouve pas le matériel sur étagère.»

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.