Il n’y a pas que dans la production d’électricité que la fission nucléaire suscite un regain d’intérêt. Sa capacité à produire de la chaleur décarbonée permettrait de remplacer les chaudières à gaz ou au fioul des industriels. C’est le pari de la start-up française Jimmy, créée à Paris en 2021 pour développer des microréacteurs nucléaires graphite-gaz de haute température (HTR) de 10 à 20 MW. Une version miniature des SMR, ces petits réacteurs modulaires à eau pressurisée destinés à remplacer les centrales électriques thermiques. Mais si le combustible reste de l’uranium, le modérateur de la fission est en graphite et le fluide caloporteur n’est plus de l’eau sous pression ou des sels fondus, mais de l’hélium.
L'idée de la jeune entreprise tricolore tombe à pic, au moment où l’Europe doit apprendre à vivre sans gaz russe et veut sortir de sa dépendance aux énergies fossiles pour atteindre la neutralité carbone. Et que le programme France 2030 prévoit une enveloppe de 500 millions d’euros pour le développement de réacteurs nucléaires innovants. Après avoir trouvé 2,2 millions d’euros en février pour avancer sur le design de sa chaudière nucléaire, Jimmy a annoncé lundi 24 octobre une nouvelle levée de 15 millions d’euros. Les actionnaires du premier tour de table, EREN Industries, Noria, Otium Capital, Polytechnique Ventures, ont remis au pot. Ils ont été rejoints par de nouveaux entrants, des industriels intéressés par la technologie.
Un premier client industriel
En à peine un an, Jimmy a déjà réussi à convaincre un industriel. «On a trouvé notre premier client, un industriel motivé, qui s’est engagé pour accueillir un premier générateur en 2026», se félicite Antoine Guyot, cofondateur et directeur général de Jimmy. À ce stade, ce dernier ne souhaite pas dévoiler le nom de l’industriel, ni le site retenu. «On prépare la manière dont on va présenter cela aux riverains», justifie le dirigeant. La start-up aurait déjà identifié une quinzaine d’autres sites intéressés pour s’équiper de ce type de chaudière nucléaire.
Après avoir «amorcé le dialogue avec les autorités de sûreté, nous avons fait valider auprès de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRNS), que la manière dont on abordait le sujet était la bonne», explique Antoine Guyot. Jimmy attend maintenant dans les prochains jours la réponse de l’Autorité de sûreté nucléaire. Des fournisseurs spécialisés ont aussi déjà été contactés, «pour s’assurer que ce que l’on conçoit est réalisable et qu’il n’existe pas déjà sur étagère des pièces qualifiées, afin d’adapter notre design et ne pas refaire ce qui existe déjà», met en avant l'entrepreneur.
La start-up a également déjà déposé son dossier de candidature à l’appel à projets France 2030, pour financer les pré-études de l’industrialisation de son microréacteur. «En faire un c’est bien, mais en faire dix par an, c’est différent», s'amuse le dirigeant. La nouvelle levée de fonds va permettre de finir la conception pour se soumettre à la deuxième phase réglementaire aux autorités de sûreté nucléaire. «Nous visons le dépôt du dossier pour la fin 2023», avance le cofondateur de Jimmy. Elle va aussi permettre de renforcer l’équipe, passée de 2 à 20 personnes en un an. Antoine Guyot cherche des jeunes expérimentés dans le nucléaire, mais prêts à sortir du cadre et à l’aise avec l’informatique. Pas si simple dans un secteur industriel déjà sous très forte tension.



