Analyse

La nouvelle feuille de route énergie voulue par Emmanuel Macron, plus facile à dire qu'à faire

Lors d’un déplacement le 10 février sur le site General Electric de Belfort, où sont produites les turbines nucléaires Arabelle que va racheter EDF, Emmanuel Macron a défini une nouvelle feuille de route énergétique pour la France, basée à la fois sur la relance du nucléaire et l’accélération dans les renouvelables. Pas si simple à mettre en œuvre.

Réservé aux abonnés
Macron Belfort
Avant son grand discours de politique énergétique, le 10 février, Emmanuel Macron et le PDG d'EDF Jean-Bernard Levy ont échangé avec les salariés de l'usine GE de Belfort.

En un seul discours, Emmanuel Macron a redessiné la feuille de route énergétique française. Le 10 février, lors d’une visite sur le site GE Steam Power de Belfort, le président de la République n’a pas uniquement demandé à EDF de construire en France six nouveaux EPR2 - une version optimisée industriellement de l’EPR de Flamanville - et de lancer des études pour la construction de huit autres. Il a aussi expliqué pourquoi il avait demandé à EDF de racheter les activités nucléaires de General Electric stratégiques pour la France, les turbines Arabelle et leur maintenance. L’opération doit être bouclée début 2023. Il a aussi rappelé que dans son plan France 2030, il avait prévu 1 milliard d'euros pour le soutien au développement des petits réacteurs modulaires, les SMR, dont 500 millions pour le projet Nuward d’EDF, TechnicAtome et NavalGroup, et 500 millions sur d'autres types de réacteurs innovants, si possible refermant le cycle du combustible, portés notamment par des start-up comme Naarea ou Jimmy. Avec pour ambition de « construire en France un premier prototype d’ici à 2030 ».

En attendant les EPR2 et un SMR...

Mais parce que ces nouveaux réacteurs EP2, version plus standardisée de l'EPR de Flamanville, n’entreront en service que dans quinze ans au mieux (à partir de 2035) pour la première paire prévue par EDF à Penly (Seine-Maritime) ; parce que l’objectif de neutralité carbone en 2050 fixé par la loi énergie climat de 2019 et par l’Europe oblige à produire rapidement un maximum d’électricité décarbonée (nucléaire ou renouvelable) pour compenser la fermeture des centrales à charbon et soutenir l’électrification des transports, du chauffage et de l’industrie afin de sortir des énergies fossiles ; et parce que la France est en retard sur ses objectifs de déploiement d’énergies renouvelables... Le président de la République a aussi décidé d'annuler la fermeture de12 réacteurs dans les quinze prochaines années, comme prévu dans la dernière programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour rééquilibrer le mix électrique à 50% de nucléaire et 50% de renouvelables en 2035. EDF devra donc travailler à la prolongation des réacteurs nucléaires existants au-delà des 50 ans d'activité.

...ne plus fermer de réacteur nucléaire

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

«Aucun réacteur en état de produire ne sera fermé à l’avenir, compte tenu de la hausse du besoin électrique, sauf si des besoins de sûreté l’imposent évidemment». Pas si simple. EDF avait déjà défini la liste des réacteurs à fermer une fois atteints leurs 50 ans parmi les plus fragiles, repoussant ainsi l’échéance d’avoir à se préoccuper de comment prolonger les autres (plus récents), malgré l'insistance de l’Autorité de sûreté nucléaire sur le sujet. Et chaque opération de prolongation demande déjà d'importantes ressources en ingénierie à EDF et ses sous-traitants, ressources qui ne sont pas extensibles et seront aussi requises en masse pour finir les études sur les EPR2. Des études qui, au mieux, seront achevées à 70% lors du lancement de la première paire à Penly en 2028. Ces annonces devraient provoquer un choc de main d'oeuvre dans la filière.

En outre, ne pas fermer de réacteur d’ici à 2035 ne suffira probablement pas à garantir l’approvisionnement électrique dans un contexte de hausse massive de la demande d’électricité (+60 % d’ici à 2050, selon RTE). Les arrêts prolongés non prévus de réacteurs s’enchaînent déjà pour cause de corrosion à différents niveaux des installations. Et les opérations de grand carénage pour prolonger le parc à 50 ans, qui grève sa disponibilité, doivent se poursuivre au moins jusqu’en 2030, même si le plan actuel n'en chiffre le coût (48,2 milliards d’euros) que pour la période 2014-2025.

Lever les freins au solaire et à l'éolien en mer

Emmanuel Macron a donc expliqué que son choix sera de «développer tout à la fois les renouvelables et le nucléaire », malgré les fortes oppositions à l’éolien dans le pays. Là aussi, il a défini une nouvelle feuille de route. L’objectif de la PPE de doubler l’éolien à terre - une capacité de 18,5 GW aujourd’hui - est repoussé de 2030 à 2050. En revanche, l’accent sera mis sur le solaire en multipliant par dix la puissance installée d'ici à 2050, soit 100 GW au total, «avec un équilibre entre installations au sol et sur les toits» et en privilégiant les sites de Défense, commerciaux et l’agrivoltaïsme. Il s’agira aussi d’installer une cinquantaine de parcs éoliens en 2050, soit un potentiel de 40 GW, tout en développant les filières industrielles pour produire les équipements nécessaires, y compris dans le solaire, secteur dominé par l’Asie. Pas simple non plus, même si certains industriels français font de la résistance dans le solaire et innovent pour assembler et produire en France. Surtout, ces objectifs vont demander d’énormes efforts de simplification administrative des procédures pour lancer un projet dès lors qu’il a été accepté localement. Un autre défi.

Réécrire la PPE et la SNBC

Outre l’hydraulique, les biocarburants et la biomasse qu’il n’oublie pas, Emmanuel Macron revient à l'objectif de 10% de gaz renouvelable dans la consommation en 2030. Comme prévu dans une loi de 2015, mais la loi de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) avait ramené l'objectif à 7% pour des raisons budgétaires. Ce qui va obliger à se pencher d’urgence sur l’allocation des ressources en biomasse et sur une politique agricole durable. Un point qui devra figurer en bonne place dans la nouvelle stratégie nationale bas carbone (SNBC3) qui est en cours d’élaboration.

La PPE 2028-2033 devrait donc prendre en compte les changements voulus par le Président. Charge aux députés et sénateurs de valider, dans la PPE de 2023, introduite elle aussi dans la loi énergie climat de 2019, ce nouveau programme nucléaire et son financement. Les débats s’annoncent houleux, que l’on observe - ou pas - un changement de majorité présidentielle à l’Assemblée en 2022. Les audits des services de l'Etat sur la proposition d'EDF de construire six EPR 2 n'ont toujours pas été publiés. Or ils pourraient coûter plus cher que prévu. Déjà, la Cour des comptes demande un calcul des coûts complets.

Planifier la sobriété

De plus, si Emmanuel Macron a bien évoqué la nécessaire réduction de 40% de nos consommations d’énergie d’ici à 2050 et parlé pour la première fois de « sobriété », la planification évoquée pour y parvenir reste encore très floue. On attend toujours un chiffrage du scénario "sobriété" du rapport "futurs énergétiques 2050" de RTE, commandé par le gouvernement et qui a servi de base - et de justification - à cette nouvelle feuille de route énergétique présidentielle.

Abonnés
Le baromètre de l’énergie
Prix de l’électricité et du gaz, production nucléaire, éolienne et hydraulique… Notre point hebdo sur l’énergie en France.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs