S'ils veulent atteindre le zéro émission carbone en 2050, les Etats-membres de l’Union européenne ne pourront pas se passer d’investissements dans le nucléaire. C’est le message qu’a voulu faire passer Thierry Breton, commissaire européen chargé du Marché intérieur, dans une interview au Journal du Dimanche.« Les centrales nucléaires existantes, à elles seules, nécessiteront 50 milliards d'euros d'investissements d'ici à 2030. Et 500 milliards d'ici à 2050 pour celles de nouvelle génération ! Cet effort représente environ 20 milliards d'euros par an », insiste-t-il.
Cette interview intervient quelques jours après la présentation de la «taxonomie» européenne, qui doit flécher les investissements des fonds et des banques vers les énergies les moins polluantes. Le nucléaire est bien inclus dans ce label « vert », mais soumis à un calendrier précis. Pour toute nouvelle construction de centrale, le permis de construire devra avoir été octroyé avant 2045. Les travaux permettant de prolonger la durée de vie des centrales existantes devront avoir été autorisés avant 2040.
Une date fustigée par la droite française, le député européen François-Xavier Bellamy estimant dans Les Echos qu’il s’agit du « moment où les besoins électriques seront précisément en forte augmentation du fait de l'objectif de neutralité carbone en 2050 ». Des garanties en matière de traitement des déchets et de démantèlement des installations nucléaires en fin de vie sont également exigées. L’Europe fait le pari qu’« en parallèle, apparaîtra une nouvelle génération de petits réacteurs modulaires, les SMR [small modular reactors, ndlr], couverts par la taxonomie », avance Thierry Breton, qui précise qu’aucune limite dans le temps n’est prévue pour les centrales de nouvelle génération, produisant moins de déchets. 103 réacteurs nucléaires sont actuellement en activité en Europe, dont 56 en France.
Doublement de la demande d'électricité

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La taxonomie européenne doit maintenant être adoptée par les groupes d’experts des Etats-membres d’ici une dizaine de jours, puis être ratifiée par le Conseil européen et votée au Parlement de Strasbourg. Plusieurs Etats, comme l’Italie ou l’Allemagne, pourraient s’abstenir par opposition au nucléaire. Mais le projet ne devrait pas être entravé, car le gaz y est lui aussi inclus comme une « énergie de transition ». Une solution qui reste essentielle au mix électrique de beaucoup de pays européens...
Dans son interview, Thierry Breton souligne également le rôle du nucléaire dans la production d’électricité, « sachant que la demande d'électricité elle-même va doubler en trente ans ». La part du nucléaire dans la production européenne d’électricité, aujourd’hui de 26%, devrait peu à peu diminuer grâce à l’essor des énergies renouvelables, mais restera au moins à « 15% de l'ensemble en 2050 – en fonction de la disponibilité des autres énergies », ajoute Thierry Breton. Parmi les autres investissements liés à la transition écologique, 65 milliards d’euros par an seraient nécessaires au développement des énergies renouvelables et 45 milliards par an pour les infrastructures de réseaux supplémentaires, selon le commissaire.



