Le laboratoire d'idées Energy Transitions Commission (ETC), une coalition de dirigeants du monde entier, issus des secteurs de l’énergie - producteurs d’énergie, industries à forte consommation d’énergie, fournisseurs d’équipements, acteurs financiers et ONG environnementales - dévoile ce mercredi 16 septembre 2020, un rapport intitulé "Une économie mondiale zéro carbone ? Mission réalisable". Ce rapport démontre qu'il est techniquement et économiquement possible d’arriver à une économie neutre en carbone d'ici 2050, et ce pour un coût inférieur à 0,5 % du PIB mondial.
"Une fois mise en place une économie zéro-carbone, la réduction des niveaux de vie en 2050, mesurés de façon conventionnelle, tant dans les pays développés que ceux en développement, sera insignifiante (moins de 0,5 %), et l'impact sur les conditions de vie sera extrêmement positif, si l’on prend en compte les effets négatifs évités d’un changement climatique non contrôlé, écrit le rapport. Les coûts d’investissement dans la transition vers une économie décarbonée pourraient atteindre 1,0 à 1,5 % du PIB annuel, ce qui constitue un montant tout à fait abordable, surtout en cette période prolongée de faibles taux d’intérêt."
Trois mesures essentielles
Ces objectifs passent par trois mesures essentielles. La première consiste à utiliser moins d'énergie tout en améliorant le niveau de vie dans les économies en développement, grâce à l’amélioration de l'efficacité énergétique et au passage à une véritable économie circulaire. La deuxième prévoit de faire le forcing pour développer les énergies propres (ENR, biomasse,…) à un rythme cinq à six fois plus élevé qu’actuellement, notamment en mettant l’accent sur l’hydrogène. "L’offre globale annuelle d’électricité doit être multipliée par quatre ou cinq pour atteindre environ 90 à 115 000 terawatt-hours (TWh), toute sa production devant être complètement décarbonée, écrivent les auteurs. Pour y arriver, il faut accélérer fortement les investissements en électricité renouvelable : au cours des trente prochaines années, le rythme annuel moyen des augmentations de capacités éoliennes et solaires doit être cinq à six fois celui atteint en 2019."

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Des énergies propres pour tous les secteurs
La troisième prévoit d’utiliser l'énergie propre dans tous les secteurs de l'économie en électrifiant de nombreuses applications dans les secteurs du bâtiment, des transports et de l'industrie, et en déployant de nouvelles technologies et de nouveaux procédés utilisant l'hydrogène, la biomasse durable ou le captage du carbone dans des secteurs qui ne peuvent pas être électrifiés, comme l'industrie lourde ou le transport maritime et aérien à longue distance. Parmi les exemples cités, des camions et des voitures électriques, des carburants synthétiques et des biocarburants pour les avions, l’hydrogène et l’ammoniaque pour les navires.
La demande du pétrole divisée par dix en 2050
Ces objectifs pour maintenir une hausse des températures entre 1,5°C et 2°C à l’horizon 2100 nécessitent de supprimer les énergies carbonées et de les rendre très minoritaires dès 2050. Selon l’étude, "la demande de pétrole pourrait baisser de 100 millions de barils par jour en 2019 à environ 10 millions de barils par jour vers le milieu du siècle, le pétrole jouant encore un rôle de matière première dans la production de plastiques. L’usage thermique du charbon sera pratiquement abandonné, à l’exception du charbon à coke associé au CCS dans la production d’acier, et de son rôle éventuel dans la production de matières premières chimiques."
Le gaz aura un rôle non négligeable pour une période transitoire. ETC juge également qu’il est possible de réaliser des gains conséquents en termes d’efficacité énergétique. "Des améliorations allant jusqu’à 50 % sont théoriquement possibles dans le secteur des transports. Dans l’industrie, elles sont plus modestes mais néanmoins significatives, de l’ordre de 10 à 20 %."
Efficacité des matériaux et des services
Le think tank considère l’efficacité des matériaux comme un sujet primordial. "Il existe des possibilités importantes de réduire la production primaire de matériaux très intensifs en énergie, comme l’acier et le ciment, en repensant la conception des produits, en utilisant des matériaux moins intensifs en énergie et en améliorant leur recyclage et leur réutilisation. En théorie, de telles mesures pourraient réduire les émissions globales des secteurs de l’industrie lourde de 40 % en dessous du niveau des scénarios de statu quo."
Enfin, l’efficacité des services est peut-être le domaine où les résultats attendus dépendent du comportement des consommateurs. "Finalement, il est possible d’assurer de meilleurs niveaux de vie en utilisant des biens et services moins intensifs en énergie, par exemple par un meilleur aménagement urbain ou encore par la mise en place de systèmes de partage des moyens de transport. Dans ces cas, le potentiel de réduction des émissions dépend des changements de comportement des consommateurs et est donc plus aléatoire, mais, en principe, d’importantes réductions peuvent être obtenues."



