Reportage

La méthode Voltalis pour effacer la consommation d’électricité chez les particuliers

Leader français de l’effacement diffus chez les particuliers, l’entreprise Voltalis continue de monter en puissance en déployant sa technologie dans l’Hexagone. L’Usine Nouvelle a visité le siège et le centre de dispatching parisiens de l’entreprise, d’où sont envoyés les ordres d’effacement.
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Salle de dispatching Voltalis
C'est depuis son centre de dispatching parisien que Voltalis envoie ses ordres d’effacement.

«Il y a encore quelques années, l’effacement pouvait être vu comme un gadget». Depuis son bureau situé au 16ème étage d’un immeuble de la Défense surplombant Paris, Mathieu Bineau sourit en se remémorant les débuts sinueux de Voltalis. Fondée en 2006, l’entreprise qu’il dirige depuis 2015 est devenue le leader français de l’effacement diffus chez les particuliers. Elle domine un secteur de niche, aujourd’hui sur le point d’éclore. 

En avril, RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, a lancé un appel d’offres effacement pour 2023 dont les règles ont été assouplies pour stimuler la filière, encore embryonnaire chez les particuliers. En pôle position pour l’emporter, se trouve Voltalis. L’opérateur d’effacement propose gratuitement aux particuliers sa solution technologique, qui permet d’écrêter automatiquement les pointes de consommation en cas de déséquilibre sur le réseau électrique national. L’entreprise équipe aujourd’hui 150 000 foyers (soit un million de radiateurs), vise le double «d’ici à la fin de l’hiver», et même un million de foyers en 2025. «On a passé la phase de démonstration et on entre désormais dans la phase de déploiement macro», se réjouit le dirigeant de l’entreprise adossée au fonds d’investissement Meridiam, qui a déjà investit plus de 250 000 euros pour se déployer à l’échelle nationale - mais également au Royaume-Uni, en Suède, en Finlande, en Belgique…

La météo, indicateur clé de l’effacement diffus

Concrètement, Voltalis installe dans les foyers de petits boîtiers connectés au niveau du tableau électrique et aux radiateurs et chauffe-eau. «Les boîtiers communiquent entre eux via le protocole Zigbee, tandis qu’un boîtier de communication principal connecté aux réseaux mobiles fait remonter les données sur une plateforme d’agrégation en temps réel», explique Mathieu Bineau, en pointant du doigt les appareils de démonstration posés sur son bureau. Il détaille: «C’est dans les logiciels présents sur la plateforme, mais également en local, avec du calcul déporté sur les boîtiers, que se trouve l’essentiel de notre innovation. C’est comme cela que l'on arrive à utiliser la masse de données récoltées pour faire une optimisation collective de la consommation électrique en fonction des besoins du système.»

Le traitement algorithmique de la donnée n’est toutefois pas suffisant. Dans la salle de dispatching de Voltalis, située à deux pas du bureau du directeur général dans les bureaux aménagés en open space, huit opérateurs de marché s’affairent devant une multitude d’écrans. Leur rôle: calculer des projections d’effacement pour les jours à venir, à déclencher le moment venu. Selon leurs estimations, en ce lundi après-midi chaud de septembre, le gisement technique d’effacement en pointe est de 25 mégawattheures (MWh). En hiver, lorsque les chauffages sont allumés, on tourne plutôt autour de 200-300 MWh. 

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Une filière de l’effacement toujours en développement

Principale cause de variation du gisement d’effacement: la température extérieure. Une donnée primordiale pour les opérateurs, qui ont besoin de prévisions météorologiques fiables sur lesquelles baser leurs projections. «Nous sommes d’importants clients de Météo France, plaisante Mathieu Bineau. Un degré de différence, ça joue beaucoup!», ajoute-t-il plus sérieusement. La raison est financière. Parce que Voltalis soulage le système électrique en évitant le recours aux centrales thermiques fossiles (charbon, gaz et fioul), la loi l’autorise à se rémunérer pour le service rendu en vendant en amont sur les marchés de l’électricité la puissance qu’elle peut effacer. L’entreprise doit par conséquent anticiper précisément les ordres d’effacement qu’elle sera en mesure d’envoyer.

Au rythme des développements réglementaires insufflés par les autorités compétentes, Voltalis obtient progressivement un accès aux différents mécanismes d'électricité (Nebef, capacité, ajustement) «adaptés par le gouvernement pour nous permettre de monter en puissance». En mars 2020, la société est devenue le premier agrégateur d’effacement de consommation d’électricité chez les particuliers à participer au réglage primaire de la fréquence électrique (50 hertz). L’opération est rendue possible «car nous avons une réactivité très forte, grâce aux outils télécoms que nous utilisons et qui nous permettent de réagir dans la seconde», selon son dirigeant.

Un bémol persiste toutefois et concerne l’intérêt de particuliers à s’équiper de la solution de gestion de Voltalis. Car si l’entreprise valorise ses effacements sur les marchés, elle ne reverse aucun de ses gains aux particuliers, pourtant maillon essentiel de la chaîne. Pour les convaincre de sauter le pas, l’entreprise offre un autre service: elle promet 15% d’économies d’énergie sur la facture des consommateurs grâce à l’installation de sa technologie et en offrant une gestion fine de la consommation électrique du foyer via une application mobile développée en interne. «On y injecte beaucoup d’argent», assure Olivier Dupuy, directeur marketing de l’entreprise, qui explique qu’«il faut offrir ce quelque chose en plus» aux consommateurs pour les inciter à opter pour Voltalis.

Schéma EffacementCommission de régulation de l'énergie
Schéma Effacement Schéma Effacement

Sur ce schéma, un acteur indispensable n’est pas rémunéré: le consommateur particulier. Voltalis ne lui verse aucune somme d'argent, mais lui fait une autre promesse, celle d’économiser 15% sur sa facture énergétique. «Pour certains clients, c’est même beaucoup plus», assure Olivier Dupuy. Crédit: Commission de régulation de l’énergie

Et qui sait, peut-être que demain, les solutions comme celle de Voltalis deviendront-elles indispensables? Mathieu Bineau n’en doute pas. Selon lui, l’effacement va jouer «un rôle structurant au cours des prochaines années» avec la montée en puissance de la flexibilité des consommations électriques. «Contraints par une disparition du gaz russe et le développement des renouvelables intermittentes, on se rend compte qu’il y a un énorme besoin de flexibilité, explique-t-il. Car la transition écologique ne pourra pas marcher si l'on n’a pas autant de flexibilité d’un côté qu’on développe du renouvelable de l’autre».

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