Offensive française dans la bataille des batteries. Renault a dévoilé fin juin un investissement de 3 milliards d’euros, avec le groupe chinois Envision, pour construire une gigafactory sur son site de Douai (Nord). Le président de la République Emmanuel Macron imagine déjà une "vallée européenne de la batterie" dans les Hauts-de-France, où Stellantis et Saft comptent aussi bâtir une usine d’accumulateurs à Douvrin (Pas-de-Calais). Une semaine après Renault, la start-up Verkor annonçait de son côté qu’elle installerait sa future ligne pilote de cellules à Grenoble (Isère). Le gouvernement et les industriels espèrent structurer une filière tricolore pour ne pas rater le virage de l’électrique, qui s’approche.
Le 14 juillet, la Commission européenne a proposé de durcir les normes d’émissions de CO2 sur les voitures particulières, ce qui aboutirait de facto à interdire la vente de voitures thermiques et hybrides neuves dès 2035. Dans ces conditions, difficile de faire l’impasse sur la production des batteries : elles représentent 30 à 40 % de la valeur ajoutée d’une voiture électrique. Pour l’instant, le Vieux Continent dépend largement des métaux et des composants asiatiques. « La Chine et la Corée du Sud ont sécurisé par des accords étatiques et industriels plus de 60 % des ressources connues dans le monde de matières qui vont entrer dans les productions de batteries », estime Clément Le Roy, du cabinet Wavestone.
Objectif relocalisation
Alors que les salariés de la filière automobile redoutent une casse sociale avec la transition électrique, relocaliser une partie de la production permettrait de limiter les suppressions de postes. « Il y a des matériaux et des machines que nous n’avons pas, mais nous allons tirer vers nous cette chaîne de valeur », projette Benoit Lemaignan, le PDG de Verkor. La France veut se différencier avec ses capacités de R & D pour réduire les coûts et l’utilisation de matériaux étrangers. En mars, Renault a formé un consortium avec Solvay et Veolia pour recycler les matériaux stratégiques. Dans son futur centre de R & D, Verkor compte expérimenter une technologie de valorisation automatisée des rebuts, en les réinjectant en temps réel dans le circuit de production. Le gouvernement se montre proactif. Tandis que les entreprises commencent à se disputer les talents, le ministère de l’Industrie a annoncé le déploiement, en France, de l’Académie européenne de la batterie pour former à partir de septembre 150 000 travailleurs d’ici à 2025. L’effort de relocalisation va aussi se jouer côté réglementation. « La Commission européenne, avec un soutien fort de la France, va mettre en place un règlement dont l’objectif sera de favoriser progressivement les batteries au coût carbone le plus faible. Donc, indirectement, les batteries qui seront produites en Europe », confie une source au ministère de l’Industrie.
Fin de partie pour l’essence et le diesel
2024 .DS. (Stellantis)
2025 .Jaguar. (Tata)
2028 .Opel. (Stellantis) en Europe
2030 .Bentley. (Volkswagen), .Mini. (BMW), .Volvo Cars. (Geely), .Mercedes-Benz.(Daimler)
2033 .Audi., (Volkswagen) hors Chine
2035 .Land Rover. (Tata)
2040 .Honda.



