La Chine garde jalousement son avance technologique dans les batteries. Le 15 juillet, le ministère de l’économie chinois (Mofcom) a modifié son catalogue des technologies dont les exportations sont restreintes, pour cibler les principales briques de fabrication des matériaux de batteries lithium-fer-phosphate (LFP), ainsi que le raffinage de lithium. La décision, qui avait été annoncée en janvier, risque de compliquer la construction d’une chaîne de valeur LFP hors de Chine.
Batteries moins chères et raffinage de lithium
La chimie LFP, qui permet de fabriquer des batteries plus robustes et surtout moins chères que celles dotées de cathodes traditionnelles (NMC, pour nickel-manganèse-cobalt) est fortement montée en puissance depuis cinq ans. Elle représente près de la moitié des batteries produites en 2024 et est déjà dominante en Chine, où sont localisés tous les champions du secteur. Limiter le transfert de technologies – l’export de connaissances techniques, de savoir-faire, ou d’ingénierie est désormais soumis à l’octroi de permis – devrait aider Pékin à conserver son avantage, tout en continuant à exporter ses propres produits librement.
Dans le détail, sont concernées les technologies les plus avancées de préparation de matériaux cathodes LFP (la métrique principale étant la densité du matériau), y compris celles qui contiennent du manganèse (LMFP) et les précurseurs actifs pour ces matériaux. Différentes technologies de raffinage et de purification de lithium pour batteries sont aussi ciblées.
«C’est la chimie que tous les fabricants de batteries regardent»
«Le LFP est la chimie que tous les fabricants de batteries regardent. Mais aujourd’hui, seuls les Chinois la maîtrisent vraiment », expliquait récemment Fabrice Renard, du cabinet spécialisé Avicenne Energy, à L’Usine Nouvelle. La Chine compte aujourd’hui plusieurs fabricants de batteries en pointe sur le LFP tels que CATL ou BYD...Mais aussi plus de 25 entreprises de fabrication de matériaux pour ces batteries (dont le trio de tête : Hunan Yuneng, Shenzhen Dynanonic et Wanrun New Energy). Selon des chiffres transmis à L’Usine Nouvelle par le cabinet Avicenne Energy, la Chine était à la source de 98% des 2,3 millions de tonnes de matériaux LFP produits dans le monde en 2024. Le premier producteur hors du pays est Lopal, une entreprise installée en Indonésie mais… chinoise.

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La décision de Pékin devrait donc logiquement freiner l’instauration de chaînes de valeur complètes hors de Chine, alors que plusieurs projets de gigafactories de batteries LFP sont en construction dans le monde, pas uniquement par des acteurs chinois. Les projets d’usines de matériaux qui alimenteront ces gigafactories sont bien plus rares, bien que certains sud-coréens, comme L&F, se positionnent sur le créneau.
Depuis plusieurs années, Pékin multiplie ces mesures de contrôle des exportations de matériaux critiques et des technologies affiliées, sur lesquelles le pays a développé une véritable expertise. En décembre 2023, la Chine avait notamment restreint l’exportation de technologies relatives à la séparation et au traitement des terres rares, ainsi qu’à la production d’aimants permanents. Profitant du quasi-monopole qu’il a conservé sur leur production, le géant asiatique a ensuite resserré la vis en imposant l’obtention de permis pour exporter sept terres rares “lourdes” et divers aimants permanents, induisant de grandes difficultés au sein de l’industrie automobile mondiale.



