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La filière nucléaire estime devoir effectuer 65 000 recrutements industriels d'ici à 2033

Le groupement des industries du nucléaire français, Gifen, a remis le 21 avril aux ministres de la Transition énergétique et de l’Industrie un rapport sur les besoins réels en compétences de la filière pour la période 2023-2033. Un travail qui sera audité par le gouvernement cet été et remis à jour tous les ans.

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Bâtiment combustible de la centrale nucléaire d'EDF à Dampierre-en-Burly (Loiret),
Pour mener à bien tous ses chantiers, la filière nucléaire doit créer 30 000 postes en dix ans.

Inédit, le travail que vient de réaliser la filière nucléaire pour anticiper à dix ans ses besoins de recrutement, le programme Match, ne suffit pas au gouvernement. Refroidi par les problèmes de qualité dissimulés chez Framatome, l’EPR d’EDF de Flamanville toujours pas démarré, les problèmes industriels d’Orano sur sa filière de valorisation des combustibles usés en Mox, et les problèmes de maintenance sur le parc historique, l’État va auditer cet été le travail du Gifen ainsi que celui de l’université du nucléaire, qui doit rendre sa copie début juin sur les formations à mettre en face des besoins de la filière. «Il y aura un audit dans le courant de l’été pour vérifier qu'il n'y a pas de trou dans la raquette sur ces deux exercices», indique le cabinet d’Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la Transition écologique. «On doit s’assurer qu’il y aura assez d’hommes et de femmes pour réaliser les programmes et qu’ils auront atteint l’excellence opérationnelle», précise le cabinet du ministre de l’Industrie, Roland Lescure.

Un périmètre incomplet

Le rapport du Gifen sur le programme Match de «pilotage de l’adéquation besoins-ressources de la filière nucléaire pour être au rendez-vous de ses programmes» a été remis officiellement le 21 avril aux ministres Agnès Pannier-Runacher et Roland Lescure, lors d’un déplacement sur le site d’Orano à Tricastin (Drôme). Fruit d’un travail initié il y a trois ans auprès des exploitants de la filière, EDF, Orano, CEA, Iter, l’Andra et de leurs fournisseurs de rang 1 comme Framatome ou GE, soit une centaine d’entreprises, Match est «un outil qui donne une vision structurée à 10 ans et sur l’ensemble des plans de charge de tous les exploitants pour construire les trois premières paires d’EPR en France, poursuivre le grand carénage et la maintenance du parc, démanteler les réacteurs à l'arrêt, développer le centre d’enfouissement des déchets Cigéo, construire l’extension de l’usine d’enrichissement d’uranium Georges Besse d’Orano, son nouvel atelier d’emballage de déchets, mais aussi les réacteurs de recherche RJH et ITER et fournir la propulsion nucléaire pour les projets de porte-avions et sous-marins», explique Olivier Bard, le délégué général du Gifen.

plan de charge de la filière nucléaire 2023-2033Gifen
plan de charge de la filière nucléaire 2023-2033 plan de charge de la filière nucléaire 2023-2033 (BARBAUX, Aurelie)

L’étude couvre également la part accessible aux fournisseurs français des projets internationaux en Grande Bretagne (2 EPR en construction à Hinkley Point et 2 EPR en développement à Sizewell) et en Inde (6 EPR en développement à Jaitapur). En revanche, Match ne couvre pas la construction d’un premier SMR Nuward d’EDF, qui promet pourtant un premier béton pour 2030, ni les autres EPR souhaités par l’exécutif. Certes, le Gifen a bien prévu une mise à jour annuelle de Match. «L’année prochaine, l’étude prendra en compte les orientations de la PPE [programmation pluriannuelle de l’énergie] et les effets des actions de performance engagées par la filière», indique Olivier Bard. Pas suffisant pour le gouvernement. «Le programme Match devra avant l’été refléter les enjeux pas encore intégrés, comme la construction des huit autres EPR 2 et d’autres projets export en Europe», demande le cabinet d’Agnès Pannier-Runacher. 

La filière doit créer 30 000 postes

Les 30 000 emplois cœur de métier du nucléaire supplémentaires que la filière a calculé devoir créer en dix ans pour mener à bien tous ses programmes, pourraient-ils ne pas suffire ? D’autant qu’avec les départs en retraite, ce sont 65 000 emplois qu’il va falloir pourvoir entre 2023 et 2033. Les effectifs cœur de métier de la filière passeraient ainsi de 125 000 aujourd'hui à 155 000 en 2033 «Les fournisseurs devront remplacer deux fois et demi ceux qui partent», résume Olivier Bard. En moyenne, la filière va devoir recruter 6 000 personnes par an. «Si on extrapole aux emplois support et de rangs supérieurs, on arrive à 10 000 par an», précise le délégué général du Gifen. Soit l’estimation communiquée fin 2022 par la filière.

Plan de charge par segment de métiers nucléaire 2023-2033Gifen
Plan de charge par segment de métiers nucléaire 2023-2033 Plan de charge par segment de métiers nucléaire 2023-2033 (BARBAUX, Aurelie)

Sur les 19 segments d’activité opérationnelle considérés, la filière prévoit une croissance de l’ordre de 25% du volume de travail nécessaire, hors gains de productivité. Une croissance d’activité supportée d'abord par les fournisseurs (+35% sur 10 ans) et qui se matérialisera d’ici à 2030, avec une accélération à près de 10 000 ETP par an à recruter vers 2028-2029, indique l’étude du Gifen. Pour l’instant, les courbes de Match montrent un plateau au-delà de 2030. Il pourrait disparaître lors des mises à jour et la prise en compte des SMR, des huit EPR et des réacteurs qu’EDF espère construire en Pologne notamment.

Des métiers en tension dans toute l'industrie

Mais cela ne reste que des moyennes, et selon les segments et 80 métiers couverts par Match, les situations sont très différentes. L’étude distingue trois catégories. «Il y a des segments qui vont avoir besoin de croître rapidement comme la fonderie, le génie civil, la machine tournante ou le contrôle commande», indique Olivier Bard. Il y a des segments stables en effectifs sur le temps, mais déjà en tension comme le contrôle non-destructif. Et puis il y a des activités qui «ont un plateau creux avec augmentation d’effectifs différés comme pour les matériels de ventilation qui sont en train d’être installés sur HPC [2 EPR d’Hinkley Point C au Royaume-Uni], mais ne le seront que fin de la décennie pour les nouveaux réacteurs». Segment par segment, l’étude précise l’évolution des besoins de recrutements, leur temporalité.

NIveau de tension sur 6 segments coeur de miéter du nucléaireGifen
NIveau de tension sur 6 segments coeur de miéter du nucléaire NIveau de tension sur 6 segments coeur de miéter du nucléaire (BARBAUX, Aurelie)

Le Gifen a également détaillé les conditions de réussite des programmes, comme d'assurer la capacité économique et financière des entreprises de la filière, d'aller au bout des efforts d’amélioration des relations contractuelles entre donneurs d'ordres et fournisseurs et considérer le nucléaire dans son environnement industriel, mais aussi international. «Il faut aussi des calendriers clairs et fiables, et qu’il n’y ait pas trop de spécificités appliquées au nucléaire, et le plus de standards possible pour permettre les mouvements et arbitrages de ressources au gré des calendriers et plans de charge des entreprises», demande Olivier Bard.

La question de l'aide financière en suspens

Pour le soutien à la filière, après une première enveloppe de 470 millions d’euros du plan de relance, le gouvernement va réunir «dans les mois à venir» les acteurs financiers de la filière, comme le fonds France nucléaire ou les régions, pour évaluer quels moyens mettre en face des besoins. «Suivant cet échange, l’État tirera les conclusions», indique le cabinet de Roland Lescure, qui rappelle que 1,2 milliard sont déjà prévus pour l‘innovation dans le nucléaire dans le plan France 2030, dont 500 millions pour le programme SMR Nuward d’EDF et 500 millions pour des start-up portant des projets de SMR ou AMR (Advanced modular reactor), des réacteurs de 4ème génération.

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