La filière française du nucléaire au pied du mur en matière de recrutements

Pour construire les six réacteurs annoncés par le gouvernement, la filière doit recruter au moins 10 000 personnes par an jusqu’en 2030.

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L’école Hefaïs veut former les soudeurs à la maîtrise du geste technique pour éviter les non-conformités.

La France a-t-elle les compétences pour construire de nouveaux réacteurs nucléaires? La question n’a rien de trivial. Ces derniers mois, EDF a dû faire appel à une centaine de soudeurs américains et canadiens pour régler le problème de corrosion sous contrainte de 16 réacteurs. Et la majeure partie des forces de ses sous-traitants est réquisitionnée pour assurer les travaux du grand carénage, qui doit durer au moins jusqu’en 2028 pour prolonger le fonctionnement des réacteurs de 900 MW à cinquante ans. Le tout alors que la filière a perdu des compétences, comme l’ont démontré les déboires de l’EPR de Flamanville (Manche).

Or, pour réaliser le nouveau programme nucléaire civil annoncé par le gouvernement, la filière doit passer de 5 000 recrutements par an entre 2019 et 2022, dont 2 500 chez EDF, à 10 000, voire 15 000 par an, dont 3 000 pour EDF, dans la décennie. En commençant dès 2023. Les effectifs de la filière passeront de 220 000 à 300 000 en 2030, dont 30 000 pour la construction des nouveaux réacteurs EPR2 et 10 000 pour leur exploitation. «Un salarié sur deux qui travaillera dans la filière en 2030 n’y travaille pas aujourd’hui», prévient Alain Tranzer, le délégué général à la qualité industrielle et aux compétences nucléaires d’EDF.

Prévoir les besoins dans 80 métiers d’ici à dix ans

Reste à les trouver, au bon endroit et au bon moment. C’est l’objectif du programme Match, lancé par le Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire (Gifen). «C’est un nouvel outil pour connaître le nombre de personnes à recruter dans la décennie à venir, dans plus de 80 métiers classés en 16 familles, du tuyauteur au soudeur en passant par l’ingénieur métier», explique Alain Gauvin, le directeur général d’Onet Technologies et vice-président du Gifen. Après avoir collecté les «chroniques de dépenses» d’EDF, de Framatome, d’Orano et du CEA sur une période de dix ans, «nous les avons traduits en ressources humaines nécessaires à l’exécution des projets, poursuit Alain Gauvin. En parallèle, nous avons mené une cartographie des compétences et des ressources disponibles aujourd’hui et leur projection à dix ans». Une fois ce travail effectué, le Gifen définit précisément les besoins en recrutement et les périodes concernées. Les résultats complets seront présentés en mars 2023.

Il faut aussi attirer les candidats. «Nous, patrons des entreprises industrielles, allons continuer à promouvoir nos entreprises dans les salons, les écoles, auprès des jeunes, des femmes, des personnes en reconversion, en expliquant que le nucléaire est une filière d’avenir qui participe à la lutte contre le réchauffement climatique et à la réindustrialisation de la France», précise le vice-président du Gifen. Pour les former, la filière a créé en 2021 l’Université des métiers du nucléaire (UMN), une association financée par le plan de relance. «Ce n’est pas un lieu physique, mais une démarche qui vise à adapter les formations aux besoins du nucléaire et à coordonner l’ensemble des actions menées dans les régions», indique Hélène Badia, sa présidente. L’idée est de «créer au jour le jour des formations répondant aux besoins de la filière» et d’attirer les talents, par l’organisation d’événements, mais aussi via un site web grand public, «Mon avenir dans le nucléaire». Mis en ligne le 1er janvier 2022, il recense les métiers de la filière, les 1 900 formations qui y mènent et toutes les offres d’emploi. L’UMN verse aussi une bourse de 600 euros par mois à 200 étudiants suivant, en 2022-2023, une formation pour les métiers en tension.

Enfin, pour le cas spécifique des soudeurs, outre la création d’une école à Cherbourg (Manche) avec Naval Group, EDF cherche à optimiser l’organisation du travail sur ses chantiers pour réduire les temps d’attente des soudeurs. «C’est un facteur de productivité. Les soudeurs sont d’autant meilleurs qu’ils soudent davantage», assure Alain Tranzer. Et pour réduire les risques de non-qualité, EDF veut réduire d’un tiers le nombre de soudures à réaliser sur les chantiers des EPR2. L’énergéticien national développe avec Framatome des robots pour que la majorité d’entre elles soit réalisée en usine. 

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