Décryptage

La filière nucléaire française se dote d'une nouvelle feuille de route pour mieux se relancer

À défaut d’un décret sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ou d’une loi énergie-climat actant la relance d’un programme civil en France, la filière nucléaire dispose depuis le 10 juin d’un contrat stratégique de filière 2025-2028 signé avec le gouvernement.

Centrale nucléaire EDF de Penly futur chantier EPR2
Jalon crucial pour la filière, la pose du premier béton du premier EPR2 2 à Penly est programmée en 2028.

Tout s’accélère et se télescope pour la filière nucléaire française. Prolongation de la durée de vie des réacteurs, programme des EPR2... Les échéances vont se multiplier pour les donneurs d'ordre et leurs sous-traitants dans les prochains mois. Pour que tous les acteurs avancent dans la même direction et au même rythme, un nouveau contrat de filière (couvrant la période 2025-2028) a été signé le 10 juin 2025. Cette feuille de route est séquencée en quatre axes et 17 engagements.

Le premier axe vise à renforcer la performance industrielle de la filière, avec sept projets structurants détaillés en actions concrètes, comme détecter les fournisseurs stratégiques sensibles, réinvestir dans les usines d’Orano, ou travailler aux interfaces de coopération avec d’autres filières pour renforcer la souveraineté. Le deuxième axe vise à développer l’attractivité et les compétences, avec sept actions comme mettre à jour le programme d’adéquation entre besoins et ressources, appelé Match.

Le troisième axe, mobiliser la filière autour des enjeux du futur, se concentre sur trois actions mais aux objectifs variés, comme mobiliser la R&D autour de la prolongation de l’exploitation du parc d’EDF, investiguer les usages de l’intelligence artificielle, prendre en compte les réacteurs innovants dans l’écosystème de la filière nucléaire française et développer une filière pour la fourniture et le retraitement de leurs combustibles, ou encore développer de nouveaux usages du nucléaire, comme la fourniture de chaleur, le spatial ou des applications sous-marines.

60 pages définissant les responsabilités

Un peu fourre-tout, le quatrième axe vise à promouvoir une filière responsable et à agir en faveur de la transition énergétique. C’est là que sont rangées les plans d’adaptation au changement climatique, les actions de recyclage des déchets très faiblement radioactifs (TFA) métalliques, de valorisation des gravats de démantèlement, mais aussi la défense de l’électrification des usages pour assurer un débouché à l’électricité nucléaire.

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Ce contrat de 60 pages fixe qui sera responsable de quoi entre EDF, Orano, le groupement des industriels français de l’énergie nucléaire (Gifen) créé en 2018, l’Université des métiers du nucléaire (UMN) créée en 2021, l’État, les Régions et le Comité stratégique de filière (CSFN), pour chaque action et sous-action. Document de référence, il dresse aussi un bilan succinct du précédent contrat. Ce contrat de filière acte surtout le changement d’ère de la filière nucléaire, vers une industrie de série qui doit tenir ses jalons et gagner en productivité.

Nombreux challenges pour EDF et Orano

Les défis de la filière ne manquent pas. Son chef de file, EDF, et son nouveau patron, Bernard Fontana, sont attendus au tournant. Entre 2025 et 2028, EDF ne doit pas seulement chiffrer, financer et lancer la construction des nouveaux réacteurs EPR2 à Penly, avec un premier béton en 2028 et Gravelines, tout en assainissant et consolidant ses relations avec la chaîne de fournisseurs, et en développant les compétences nécessaires au recrutement de 100000 personnes en 10 ans. L’électricien national doit aussi décider à l’été 2025 du financement de deux EPR à Sizewell C au Royaume-Uni, chiffrer la construction de huit EPR2 supplémentaires en France en 2026, faire valider par l’Autorité de sûreté du nucléaire la prolongation des réacteurs 1300MW à 50 ans, celle des 900MW à 60 ans, et comment aller au-delà. EDF doit aussi réduire les durées d’arrêt de tranche, finir le démantèlement de la cuve de Chooz A et des internes de cuve de Creys, lancer celui de Fessenheim et en 2027 commencer la construction d'un centre de recyclage des déchets métalliques du nucléaire à proximité.

De son côté, Orano doit choisir un scénario technique pour le renouvellement de ses usines de recyclage des combustibles usés, dit Aval du futur, avancer le démantèlement de l’usine UP2-400 de la Hague, de celles de Georges Besse 1 et Comurex1 au Tricastin, mettre en service les premiers modules de l'usine d'enrichissement George Besse 2 et  de l’unité ATEF (Advance Thorium Extraction Facility) pour sa filiale médicale. Framatome doit mettre en service sa Forge+ au Creusot en 2028 et finir l’agrandissement de son usine de Saint-Marcel pour produire deux EPR par an. L’Andra doit obtenir le décret d’autorisation de construction pour le site d'enfouissement  géologique des déchets radioactifs Cigeo. Le CEA, Orano, EDF et l’ASNR doivent aussi aider le développement de SMR et de réacteurs innovants, avec l’objectif de premiers démonstrateurs à l'horizon 2030. Le CEA doit également avancer le chantier du réacteur de recherche Jules Horowitz (RJH), dont le prix a plus que quintuplé, pour une mise en service entre 2032 et 2034.

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