La filière nucléaire française l’assure, elle est « prête » à construire en France de nouveaux réacteurs de type EPR 2, une version standardisée de l’EPR de Flamanville (Manche). C’est ce qu’affirme Alain Tranzer, le délégué général à la qualité industrielle et aux compétences nucléaires d’EDF. On voit mal cet ancien de PSA, recruté en 2020 par le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, pour mener le plan Excell de « reconquête de la confiance » dans la filière française, dire le contraire.
En décembre 2019, après la publication du rapport de l’ex-PDG de PSA, Jean-Martin Folz, commandé par Jean-Bernard Lévy, sur les causes des dérives catastrophiques de délais et de coûts du chantier de Flamanville (Manche), EDF s’était donné deux ans et 100 millions d’euros pour redonner au nucléaire français le niveau d’excellence industrielle qui lui fait défaut, avec comme modèle l’aéronautique. Imprégnées d’une culture du temps long, les quelque 3 000 entreprises de la filière devaient apprendre le respect des délais, des coûts et de la qualité pour faire « bon du premier coup ».
Relation « d’adulte à adulte »
Les grands donneurs d’ordres que sont EDF, Orano et le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), devaient, eux, apprendre à gérer de grands projets, avec des jalons robustes, et à partager leurs informations avec leurs fournisseurs. « Nous voulons créer une relation d’adulte à adulte, plus empathique et plus exigeante à la fois », explique Alain Tranzer.
À l’automne 2020, la filière a pris 25 engagements en matière de production et de construction, de gouvernance, de relations avec les fournisseurs, de compétences et de standardisation, pour réduire de 30 % les coûts de production des EPR. Début novembre, à mi-parcours, 22 engagements étaient au stade du déploiement. Le programme bute encore sur le développement d’une maquette numérique pour les EPR d’Hinkley Point C au Royaume-Uni, le traitement de 95 % des non-conformités en moins de trois mois et la nomination d’un interlocuteur pour les 20 fournisseurs stratégiques.
Deux fois moins de reprises de soudure à Hinkley Point C
Mais EDF a réussi à diviser par deux le nombre de reprises de soudure sur le chantier d’Hinkley Point C (par rapport à l’EPR de Flamanville) et à mettre en place une université des métiers du nucléaire, soutenue par le plan de relance, pour créer de nouveaux cursus. La standardisation des EPR 2 avance, avec huit catalogues de produits rationalisés, comme les robinets, dont le nombre de références est passé de 13 309 à Flamanville à 1205 !
Pour apprendre à faire « bon du premier coup » dans 12 familles de produits, 44 fournisseurs d’EDF ont lancé leur propre plan, Excell in quality. Pour les accompagner, EDF a recruté l’ancien patron de la fabrication de trains d’atterrissage de Safran, Stéphane Salvignol, comme directeur de la qualité industrielle. Collectivement, ils se sont fixé cinq nouveaux engagements à tenir d’ici à la fin 2022.



