Ce devait être une source d'énergie renouvelable pérenne, capable de fournir 140 gigawattheures (GWh) par an à la première région industrielle de France et au bassin lyonnais. Las, les services de l'Etat ont notifié fin août à la Compagnie nationale du Rhône (CNR), filiale d'Engie, l'arrêt du projet de barrage hydroélectrique sur le Rhône, entre Saint-Romain-de-Jalionas (Isère) et Loyettes (Ain).
L'Etat a tenu compte du débat public, globalement hostile. Outre les riverains et France Nature Environnement, qui défend l'un des derniers tronçons sauvages du fleuve, des élus locaux, comme Jérôme Grausi, maire de Saint-Romain-de-Jalionas (Isère), opposé à "l'artificialisation" de son territoire, ou le président écologiste de la métropole de Lyon, Bruno Bernard, inquiet pour la préservation de la ressource en eau et de la biodiversité, ont ouvertement dénoncé ce chantier "écocide" à 330 millions d'euros, qui devait canaliser le Rhône sur une longueur de 22 km.
Nucléaire plutôt qu'hydroélectrique
Selon la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC), la présence de la centrale nucléaire EDF du Bugey a aussi pesé dans la balance. Les études ont ainsi montré "des risques techniques sur le projet EPR2 de Bugey, qui auraient pu conduire à une augmentation des coûts et un retard de calendrier, et des enjeux potentiels sur la sûreté de l'exploitation de la centrale nucléaire de production électrique existante".
Le projet Rhônergia de la CNR, dont les prémisses datent de 1935, visait à construire un barrage à l'horizon 2033 à une quarantaine de kilomètres en amont de Lyon et de sa ZFE, qui va pousser à l'électrification des véhicules, et de sa vallée de la Chimie, engagée dans une course à la décarbonation.

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Pour un budget estimé à 330 millions d'euros, dont plusieurs millions d'euros déjà dépensés en études, la CNR prévoyait un ouvrage doté d'une chute de 6,8 mètres, une retenue de 22 kilomètres pour ralentir le débit et une digue d'amenée de 4 kilomètres.
Fin du dernier grand projet de barrage en France
La CNR estimait que "Rhônergia" était le dernier projet de cette nature envisageable en France. Cet arrêt est un échec pour l'entreprise présidée par Laurence Borie Bancel, qui "prend acte de cette décision", précise un porte-parole. La CNR ajoute que des alternatives vont être mises en discussion avec l'Etat.
Autrement dit, l'entreprise basée à Lyon va pousser les feux de Solarhôna, sa filiale énergie photovoltaïque, et renforcer les capacités de production de ses autres barrages. Elle exploite 19 centrales hydroélectriques en concession le long du fleuve qui descend des Alpes. Pour la CNR, ce projet aurait participé à "la lutte contre le changement climatique", au renforcement de l'indépendance énergétique de la France et à l'inflexion des coûts de l'électricité.
L'arrêt de ce "projet inutile", selon Maxime Meyer, coprésident du groupe des Écologistes au Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes (Aura), "représente un espoir pour toutes les personnes en lutte contre les grands projets imposés dans notre pays". Dans son viseur, le chantier du tunnel ferroviaire Lyon-Turin, déjà bien avancé, ou encore celui de l'autoroute A88 de désenclavement de la Haute-Loire, financée par la région, et que les écologistes de la région Aura surnomment "l'autoroute du président", référence à Laurent Wauquiez, président des députés de la Droite républicaine à l'Assemblée, qui vient de démissionner du poste de président de région.



