Petit à petit, la carte tricolore des futurs EPR2 se dessine. Après un conseil de politique nucléaire présidé par Emmanuel Macron mercredi 19 juillet, le gouvernement a annoncé avoir choisi le site de Bugey (Ain), situé à une trentaine de kilomètres de Lyon, pour accueillir deux réacteurs nucléaires de nouvelle génération EPR2. Cette décision conclut l’attribution des sites de construction pour les six prochains EPR2 français, qui avait commencé avec les centrales de Penly (Seine-Maritime) et Gravelines (Nord), qui accueilleront chacune une paire de réacteurs. Lui aussi localisé le long du Rhône, le site de Tricastin (Drôme) n’a pas été retenu pour ce projet mais des études sont en cours dans l’éventualité de bâtir ultérieurement d’autres réacteurs. Le coût de la construction des six EPR2 est estimé à 52 milliards d’euros, et les premiers d'entre eux seront mis en service à Penly, à l’horizon 2035-2040.
Le site de Bugey exploite déjà quatre réacteurs de 900 mégawatts (MW), la plus ancienne génération de réacteur en France, depuis leur mise en service entre 1972 et 1979. La décision d’y ajouter deux nouveaux EPR2 a été prise avec l’appui des élus locaux, qui y voient de gros avantages. La centrale de Bugey génère effectivement des recettes fiscales de l’ordre de 15 millions d'euros pour la Communauté de communes de la Plaine de l'Ain (CCPA). Dès l’annonce du projet par EDF, la CCPA s'est portée volontaire pour accueillir les EPR2.
Lyon et sa métropole désapprouvent le projet
La région Auvergne-Rhône-Alpes accueille déjà plusieurs sites nucléaires : les centrales de Tricastin, de Cruas-Meysse (Ardèche), de Saint-Alban (Haute-Garonne) et le site d'enrichissement d'Orano Tricastin. La construction de deux EPR2 supplémentaires ne plait donc pas à tout le monde. Les élus écologiques de Lyon et de sa métropole sont par exemple fortement opposés au projet. «90% de notre ressource en eau potable dépend du Rhône, avec une politique très forte de préservation de l'eau pour continuer à en avoir en quantité et en qualité. Il y a différentes prédictions, mais on parle globalement de -30% de débit du Rhône en 2050. Ajouter un nouvel EPR à Bugey à ces difficultés est une idée qu'on ne peut pas accepter ici», expliquait Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon, à la Tribune début 2023.
La centrale de Bugey pompe l’eau du Rhône pour l’utiliser dans son circuit de refroidissement, avant de la rejeter plus chaude dans le milieu naturel. Des seuils - propres à chaque centrale - concernant l’échauffement des cours d’eau (ou de la mer) et leur débit, doivent être respectés pour protéger la faune et la flore environnantes. Chaque été, la baisse du débit du Rhône et son réchauffement pénalisent par conséquent le fonctionnement de la centrale de Bugey.
Depuis que les étés secs et caniculaires sont devenus une norme, EDF est contraint de limiter ses rejets thermiques et donc sa production. Des pertes qui représentent depuis 2000 en moyenne 0,3% de la production annuelle du parc nucléaire français, selon le groupe. EDF a justement annoncé le 19 juillet une potentielle baisse de la production d’un ou plusieurs réacteurs de Bugey dès le 22 juillet, même si, pour des contraintes de réseau, «le site devra au minimum produire 1 800 MW.»
EDF demande des garanties pour le financement
Emmanuel Macron a annoncé en février 2022 vouloir renouveler le parc nucléaire d'EDF en France, avec la construction actée de six EPR2, et le projet - en cours d’étude - d’en installer huit supplémentaires. Pour suivre ce plan, EDF va devoir doper ses investissements à 25 milliards d’euros chaque année, contre 15 milliards habituellement. Le PDG d’EDF Luc Rémont a déclaré le 19 juillet devant la commission des affaires économiques à l'Assemblée nationale, que le groupe «va avoir besoin d'une forme d'aide de l'Etat pour arriver à boucler le financement de ce projet», qui pourrait consister en «des garanties sur les conditions de commercialisation d'électricité ou des avances remboursables».
Le groupe public, qui exploite actuellement 56 réacteurs dans l’Hexagone, a des raisons d’être inquiet. Il affiche actuellement une dette de 64,5 milliards d’euros, bien creusée par la perte historique de 17,9 milliards enregistrée en 2022, due notamment au mauvais fonctionnement de son parc nucléaire et à sa contribution forcée au bouclier tarifaire des Français.



