La campagne vaccinale s’emballe en France, avec l'élargissement des cibles et l'ouverture de centres de ville

Cantonnée à un rythme faible depuis son démarrage le 27 décembre, la campagne vaccinale française contre le Covid-19 devrait nettement accélérer. Face aux critiques, le ministre de la Santé multiplie les annonces, avec l’élargissement des publics autorisés à se faire vacciner et l’ouverture à venir de centaines de centres de vaccination en ville.

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Vaccin contre le Covid-19
Le rythme des vaccinations contre le Covid-19 s'accélère en France, où jusqu'à 600 centres de vaccination doivent être implantés en ville avant la fin janvier.

La France ne manque pas de vaccins mais de vaccinés contre le Covid-19. Au 1er janvier, à peine 500 personnes avaient reçu une première dose du Comirnaty, le vaccin de Pfizer et BioNTech, premier vaccin anti-Covid autorisé en France. Le 5 janvier sur RTL, Olivier Véran, le ministre des Solidarités et de la Santé a assuré que 2 000 vaccinations avaient eu lieu la veille, le 4 janvier.

Des chiffres très faibles par rapport au volume de doses reçues. Car le ministre a assuré lors d’une visite à l’hôpital Hôtel-Dieu à Paris le 4 janvier, que 500 000 doses avaient été livrées entre Noël et le Nouvel an, et que "580 000 vaccins" seront "livrés entre demain soir et mercredi", avec "en gros 500 000 qui arrivent par semaine".

La France dernière de cordée

En France, le nombre de vaccinés est très faible par rapport aux pays ayant déjà démarré une campagne vaccinale. Selon un pointage effectué par Bloomberg, au Luxembourg, avant-dernier du classement mondial devant la France, 1 200 personnes avaient déjà pu recevoir une injection au 30 décembre 2020… Parmi les pays européens les plus touchés, au 4 janvier, l’Espagne avait vacciné près de 83 000 citoyens, l’Italie près de 129 000, l’Allemagne plus de 265 000 et le Royaume-Uni approchait la barre du million. Cela ne les a pas empêché de connaître d'autres types de difficultés dans leurs campagnes. Les champions de la vaccination étant à ce jour Israël avec plus de 1,2 million de personnes vaccinées, la Chine et les Etats-Unis au-delà des 4,5 millions.

La France n’est toutefois pas totalement en retard par rapport à certains voisins européens, comme la Belgique, pourtant très durement touchée par la pandémie. A l’issue d’une phase pilote, la Belgique entame ce 5 janvier sa campagne nationale de vaccination. Sur RTL, Olivier Véran évoquait en France une "phase d’initiation de la vaccination dont nous savions qu’elle ne serait pas massive".

Ce n’était pas forcément clair aux yeux des Français depuis la toute première injection administrée le 27 décembre dernier, mais cette progressivité avait été recommandée par la Haute Autorité de Santé dès le 30 novembre: l’autorité indépendante avait alors préconisé un plan “par étape et par ordre de priorité”. “Cette priorisation a un objectif très clair : diminuer les hospitalisations et les décès tout en préservant les fonctions essentielles de notre pays et en particulier son système de santé. Et ce, dans un contexte d’approvisionnement de doses qui sera progressif”, avait rappelé Dominique Le Guludec, présidente du collège de la Haute autorité de santé.

Surtout, priorité ne signifie pas obligation. “Ce que nous souhaitons, c’est l’adhésion des Français à cette vaccination qui représente réellement une lumière au bout du tunnel, et une acceptation fondée sur une transparence totale et une information claire”, argumentait la présidente.

Pourquoi ce retard ?

Avant le 5 janvier, la campagne n’avait pas encore démarré partout en France. Les différentes agences régionales de santé (ARS) en France annonçaient en rafale le 4 janvier des démarrages de campagne dans des Ehpad et des CHU. Comme l’a révélé Olivier Véran sur RTL, mais sans en donner les raisons, les vaccins étaient encore loin d’être arrivés à destination. Selon le ministre, seuls 27 centres hospitaliers étaient "équipés en vaccins" au 4 janvier. 100 devraient l’être "d’ici à demain après-midi, sur tout le territoire métropolitain et ultramarin" a précisé Olivier Véran. Selon la stratégie qu’avait présentée le gouvernement, les doses du vaccin Pfizer/BioNTech sont acheminées en France sur six plates-formes régionales détenues par des dépositaires pharmaceutiques et dans une centaine d’établissements hospitaliers.

Depuis le 31 décembre, l’Académie nationale de médecine avait fustigé les procédures de recueil du consentement et demandait de "simplifier et raccourcir autant que possible les procédures de vaccination dans les EHPAD et établissements assimilés". Requête qu’entend désormais appliquer le ministre, évoquant des procédures simplifiées grâce à un meilleur recul désormais sur la connaissance du vaccin Pfizer/BioNTech.

Les difficultés semblent aussi liées au conditionnement du vaccin Pfizer/BioNTech. Les plus petits conditionnements contiennent 195 flacons contenant chacun 5 doses. Chaque flacon doit être maintenu à environ -80 degrés pour le transport et le stockage. Pour être utilisé, le contenu de chaque flacon doit être décongelé, avec une fenêtre de conservation de 5 jours maximum à une température entre 2 et 8 degrés. Et le contenu de chaque flacon doit être dilué pour obtenir 5 doses distinctes. Olivier Véran a indiqué que l’une des difficultés majeures était de pouvoir identifier pour chaque Ehpad les besoins réels, donc de savoir le nombre exact de résidents acceptant de se faire vacciner, avant d’expédier les doses pour éviter d’en gâcher, comme ce fut largement le cas dans la gestion de la campagne vaccinale anti H1N1.

Elargissement des cibles : professionnels de santé, pompiers, aides à domicile

Le ministre a également promis une accélération de la campagne basée sur une amplification, une accélération et une simplification des procédures. Ce qui concerne en premier lieu les populations pouvant bénéficier d’une vaccination. A l’origine, le gouvernement prévoyait une première phase prévue entre janvier et février pour vacciner 1 million de personnes : les personnes âgées résidant en établissements spécialisés et les professionnels de ces établissements. Dès le 2 janvier, le ministère a autorisé la vaccination des professionnels de santé, à l’hôpital et en ville, de plus de 50 ans, qui étaient initialement prévue pour la deuxième phase.

Ce 5 janvier, Olivier Véran a indiqué sur RTL que la campagne sera désormais "élargie ce matin pour les pompiers de 50 ans et plus et pour les aides à domiciles de 50 ans et plus". Ajoutant qu’avant "la fin du mois de janvier, nous autoriserons la vaccination des personnes âgées de plus de 75 ans qui sont en ville, chez elles". Au total, cela représenterait 5 millions de personnes de plus à vacciner. Enfin, Olivier Véran évoque de possibles inscriptions à venir par téléphone ou internet pour "ceux qui souhaitent se faire vacciner".

Jusqu’à 600 centres de vaccination en ville

Olivier Véran a demandé à chacun des 100 centres hospitaliers qui vont être équipés pour recevoir les vaccins de "développer dès cette semaine un centre de vaccination destiné à la ville". Le ministre table sur 100 centres ouverts dès cette semaine, puis sur 300 dès la semaine prochaine, et sur 500 à 600 centres "d’ici fin janvier". D’autres professionnels de santé que les médecins seront autorisés à procéder aux gestes vaccinaux, notamment les infirmières.

Le ministre exposera plus en détails toutes les mesures de cette accélération de la stratégie vaccinale dans le cadre d’une conférence avec Jean Castex, le Premier ministre, jeudi 7 janvier.

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