L'Usine Nouvelle.- Pourquoi revenir sur l'usage des smartphones en entreprise ? Le droit à la déconnexion n'a-t-il pas réglé la question ?
Fatine Dallet : On ne parle pas suffisamment du droit à la déconnexion si on en croît les résultats de l'étude que nous avons menée. Aujourd'hui, quasiment tous les managers sont équipés d'outils professionnels. Plus de la moitié d'entre-eux estime que cela a un impact négatif sur leur équilibre de vie, car ils sont hyper connectés. Ils ont certes plus de flexibilité dans leur travail, mais ils se connectent plus souvent : le soir, le week-end ou même pendant les vacances. C'est quelque chose que je vérifie dans ma pratique de recrutement : il n'est pas rare d'entendre un candidat nous dire "je serai en vacances à cette date mais je me connecterai". Cela ne nous étonne plus, mes collègues et moi.
Quand on leur demande pourquoi ils ne déconnectent pas, 32 % avancent la praticité, 33 % se sentent obligés de le faire. Il y a des entreprises où ça ne se fait tout simplement pas d'être déconnecté. Les gens partent en vacances mais restent disponibles si on a besoin d'eux.
Et l'équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle ?
Plus on a de responsabilités, plus cet équilibre est potentiellement menacé. Il n'empêche que c'est devenu un critère important dans le
Michael Page choix d'une entreprise et que ces dernières doivent y travailler pour recruter. Ce n'est pas une préoccupation qui ne concernerait que les millennials. On voit cette revendication monter chez des managers quadragénaires. Dans un marché qui leur est favorable, ils demandent un mix entre l'intérêt du travail, le sens que lui donne l'entreprise et l'équilibre vie privée/vie professionnelle. Avant, davantage de responsabilités ou de salaire suffisait souvent pour attirer les meilleurs. Cela change.
Qu'est ce qui a changé ?
Avant, jusqu'à une date récente, quand on quittait le travail le soir ou le week-end, c'était fini. Les outils de communication font que cette frontière est beaucoup plus poreuse, parfois à l'avantage du salarié quand il bénéficie de la flexibilité. A l'inverse, on parle aujourd'hui d'un risque de blurring pour désigner cette hyperconnexion permanente. Il existe un mot pour désigner ce phénomène !
Comment se protéger ?
Pour ne pas être hyper connecté, il faut se préparer, cela ne s'improvise pas. Cela commence par l'activation de la fonction "absence prolongée" sur son courriel en interne et en externe avec l'envoi d'un message qui donne un contact. De même il faut prévenir les tiers, sinon ils vont vous solliciter. C'est parfois un symptôme : les personnes qui se plaignent de ne pas pouvoir raccrocher sont parfois des gens qui ne veulent pas déléguer leur travail, y compris pendant les vacances. On voit ça dans les fonctions commerciales, avec certains chefs de projet... Une absence - un départ en vacances - cela se prépare à l'avance. Il faut s'y mettre au moins trois jours avant le départ.
L'entreprise n'a-t-elle pas un rôle à jouer ? Ne doit-elle pas contrôler la charge de travail ?
De plus en plus d'entreprises le font. Certaines start-up ne parlent que de ça, d'autres entreprises ne le font pas du tout. Pour elles, le risque est grand car leurs cadres risquent de partir et elles auront beaucoup de mal à les remplacer. Comme je le disais précédemment, la question de l'équilibre vie privée/vie professionnelles est important dans les critères de choix d'une entreprise. Globalement, je vois de plus en plus d'entreprises s'y intéresser, mais elles pourraient faire beaucoup mieux.



