Transposant la directive européenne de 1996, l’Allemagne a engagé en 1998 le processus de libéralisation de son marché de l’électricité. "Il n’y a jamais eu de concentration aussi forte qu’en France. Même avant la dérégulation partielle, le secteur était historiquement fragmenté en plusieurs centaines d’acteurs monopolistes locaux, auxquels les consommateurs étaient tenus d’acheter leur électricité", rappelle Sven Rösner, directeur de l’Office franco-allemand pour la transition énergétique (Ofate), installé à Paris et Berlin.
Désormais, avec cette ouverture à la concurrence, ceux-ci sont libres de choisir leur fournisseur d’électricité. "L’autre grande composante de la loi a été de séparer les activités de production, de distribution et de commercialisation d’électricité, qui étaient autrefois regroupées au sein d’une même entreprise", poursuit Sven Rösner.
138 fournisseurs au choix
"A l’échelle de l’Europe, les pays pionniers de la libéralisation le sont souvent aussi dans les énergies renouvelables, car la dissolution d'anciens monopoles bâtis autour des combustibles fossiles ouvre la voie à des modèles innovants"
— Philipp Vohrer, directeur général de l'Agence des énergies renouvelables
Il en est ressorti un grand dynamisme, dans les années 2000, avec la création de nombreux producteurs et fournisseurs. Selon le dernier Monitoring de l’énergie édité par l’Agence fédérale des réseaux et daté de 2020, les clients finaux ont aujourd’hui le choix en moyenne entre 138 fournisseurs différents dans leur zone géographique. Sur ce marché occupé par environ 900 acteurs, les quatre grands - que sont RWE, EnBW, LEAG, E.ON (et sa filiale Uniper) - et Vattenfall représentent actuellement 40 % des contrats signés par les particuliers. Le reste est assuré par des fournisseurs plus petits et un large tissu de régies communales.
Pour ce qui est de la production, en 2019, ces quatre géants représentaient 70,1 % du marché, contre 73,9 % en 2018. "La concentration du marché ne cesse de se réduire", note le Monitoring 2020. En effet, parallèlement à la loi sur la dérégulation, a été votée en 2000 la première loi visant à promouvoir les énergies renouvelables (la Loi EEG). Elle a alors entraîné l’apparition depuis vingt ans de plusieurs centaines de producteurs focalisés sur ces nouvelles sources de production, et qui revendent leur électricité aux régies municipales. "Cela a bouleversé le secteur électrique de manière significative, relate Sven Rösner. Or, je pense que sans la libéralisation, la transition énergétique en Allemagne n’aurait pas été ce qu’elle est aujourd’hui, car les grands énergéticiens n’avaient pas, à l’époque, choisi de miser sur ces technologies pour des impératifs économiques et de rentabilité." Un constat partagé par Philipp Vohrer, directeur général de l'Agence des énergies renouvelables (AEE) : "A l’échelle de l’Europe, les pays pionniers de la libéralisation le sont souvent aussi dans les énergies renouvelables, car la dissolution d'anciens monopoles bâtis autour des combustibles fossiles ouvre la voie à des modèles innovants", explique-t-il. La concurrence pousse aussi les énergéticiens traditionnels à restructurer leurs activités et à dynamiser leurs investissements.
Pour autant, il reste difficile d’estimer l’impact qu’a eu la dérégulation sur la facture des consommateurs. "On peut partir du principe qu’un système de concurrence a fait baisser les prix", assure Sven Rösner. Mais le coût de production et de distribution de l’électricité ne représente finalement qu’un cinquième du prix du kWh, le reste étant couvert par les taxes et les contributions. Résultat, pour financer les EnR, la sortie du nucléaire et le renforcement du réseau, les consommateurs allemands paient aujourd’hui autour de 32,05 ct/kWh, soit près du double de celui d’un Français.



