Chronique

[L’idée verte] Comment Continental veut réduire sa dépendance à l'hévéa grâce au... pissenlit

Le manufacturier allemand Continental a lancé une première gamme de pneumatiques pour vélo avec sa technologie Taraxagum. Mais il veut aller plus loin.

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Continental propose une première application en série de son caoutchouc en pissenlit avec un pneu de vélo.

Quelles alternatives au pétrole et à l’hévéa pour développer des pneumatiques plus durables demain ? La question agite de longue date les grands manufacturiers mondiaux. Outre-Rhin, Continental a choisi son camp. Depuis une dizaine d’années, le géant allemand planche sur du caoutchouc naturel produit à partir de… pissenlit.

Mais pas n’importe lequel : Continental a choisi une variété russe de pissenlit, bien adaptée au climat européen, pour se défaire en partie de la dépendance à l’hévéa, dont la production se concentre à 90% en Asie. « Notre ambition à terme est de proposer une vraie alternative régionale à l’hévéa », confirme Oliver Schneider, directeur général de la division commerce de Continental France SNC.

Première application en série

De quoi générer des gains sur le plan du coût et de l’impact environnemental, grâce à un sourcing plus local, rappelait en 2019 Nikolai Setzer, nommé depuis président de Continental. Pour passer à l’échelle sur cette technologie baptisée "Taraxagum", le manufacturier a consacré 35 millions d’euros en 2018 à la construction d’un centre de recherche dédié à Anklam, au nord de Berlin.

Depuis, Continental est parvenu à proposer une première application en série de son caoutchouc en pissenlit. Il s’agit d’une gamme de pneus pour vélo produite dans son usine allemande de Korbach. « Mais nous voulons faire croître la production de Taraxagum pour proposer aussi des pneus de tourisme et poids lourds », insiste Oliver Schneider.

Un concept de pneu de tourisme

Au salon de l’automobile de Munich, début septembre, le groupe a d’ailleurs présenté un concept de pneu de tourisme, baptisé sobrement « Conti GreenConcept ». La solution embarque 17% de matériaux recyclés, à savoir de l’acier et du noir de carbone, ainsi que du polyester provenant de bouteilles en PET. Dans le même temps, il est constitué de 35% de matières renouvelables.

Le pneu embarque de la silice issue des déchets de riz, des huiles et résines végétales ainsi que… Du caoutchouc produit à partir de pissenlit. En utilisant ces différentes matières premières, Continental obtient un pneu de 7,5 kilos. De quoi le rendre « jusqu’à 40% plus léger que les pneus conventionnels », est-il précisé dans un communiqué.

Le défi du rendement

Mais avant de produire des pneus en pissenlit en masse, il faut lever un sérieux frein : le rendement du pissenlit. « En 2020, nous avons produit quelques tonnes de caoutchouc naturel, sachant que les 40 hectares dont nous sommes propriétaires ne sont pas tous encore exploités. Cela explique que nous nous concentrions sur les pneus vélo », convient Oliver Schneider.

« L’hévéa permet de produire en moyenne 1 000 tonnes de caoutchouc à l’hectare. Nous voulons arriver à des niveaux comparables », ajoute le porte-parole. Et ce, alors que le rapport reste dix fois inférieur pour le pissenlit, selon les experts. D’où le recours à une solution génétiquement modifiée, sur laquelle planche l'Institut Fraunhofer IME, partenaire de longue date de Continental sur ce projet.

100% de matériaux durables

Au-delà du caoutchouc, Continental a aussi développé, avec la société turque Kordsa, une technologie de soudure qui permet de coller des matériaux textiles à des composants en caoutchouc sans recourir à des composants chimiques tels que la résorcine et le formaldéhyde. Avec une spécificité : « Cette technologie est en open source, disponible pour tout le monde », indique Oliver Schneider.

En 2020, Continental a annoncé avoir déjà produit 250 000 premiers pneus de tourisme adoptant cette solution de soudure. Grâce à ces différentes innovations, le groupe allemand veut atteindre 60% de matériaux durables pour ses pneus phares d’ici à 2030, puis 100% sur toutes ses gammes d’ici à 2050, contre environ 25% sur certaines lignes de pneus actuellement.

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