Comment Michelin et Continental comptent produire des pneus en boucle

Les pneus usagés sont valorisés via des applications souvent non automobiles. Les manufacturiers, Michelin en tête, tentent de créer des boucles fermées pour en fabriquer des neufs.

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Aliapur, filière de valorisation des pneus usagés
Les 400 000 pneus usagés collectés chaque année, en France, par l’éco-organisme Aliapur sont majoritairement recyclés dans la cimenterie et les terrains de sport synthétiques. Le projet BlackCycle vise à les utiliser pour fabriquer de nouveaux pneus.

Cinq cent mille tonnes. C’est la quantité de pneumatiques collectée en moyenne tous les ans en France, dont 400 000 pour l’éco-organisme Aliapur, chargé d’organiser la collecte et le recyclage des pneus dans l’Hexagone. « Les volumes sont réemployés à 15 % et valorisés à 85 %. La part de la valorisation énergétique est de l’ordre de 50 %. La cimenterie, grande consommatrice de pneus usagés, les utilise comme combustible de substitution. Sur le plan de la valorisation matière, les granulats de caoutchouc obtenus à partir des pneus peuvent servir à créer des terrains de sport synthétiques », rappelle Hervé Domas, son directeur général.

Et si ces gommes en fin de vie servaient à en produire de nouvelles ? La piste est sérieusement explorée par les manufacturiers de pneumatiques. Entouré de 13 partenaires, dont 7 industriels réunis depuis 2020 au sein du consortium BlackCycle, Michelin planche sur une boucle fermée englobant toutes les étapes, de la collecte des roues usagées à leur transformation, jusqu’à la production de pneus neufs. Une initiative financée par l’Union européenne à hauteur de 12 millions d’euros (sur un budget total de 16 millions), qui vise notamment à optimiser le très prometteur process de pyrolyse.

« Ce procédé de traitement thermique permet de casser les chaînes des molécules pour revenir à du noir de carbone, qui représente environ 20 % de la quantité de matière d’un pneu. Mais ce noir de carbone recyclé, dit rCB [pour « recovered carbon black », ndlr] ne représente que 30 % de la matière obtenue à partir de la pyrolyse. Les 70 % restants sont une huile. Or celle-ci est, pour l’heure, utilisée comme simple combustible, détaille Michaël Cogne, le directeur du consortium BlackCycle pour le compte de Michelin. Notre objectif est de bâtir une chaîne complète permettant de valoriser aussi bien le noir de carbone que l’huile issue de la pyrolyse. »

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En utilisant de la matière vierge, on consomme 1,4 kg de CO2 par kilo de noir de carbone. La chaîne BlackCycle permet d’abaisser le niveau à 0,5 kg de CO2.

—  Michaël Cogne, directeur du consortium BlackCycle pour Michelin

Une fois traitée, cette huile pourrait être réinjectée dans les process des fabricants de noir de carbone, représentés par le géant allemand Orion dans BlackCycle. Un atout de taille pour rendre la future filière compétitive, estime Michaël Cogne. « Valoriser tous les produits issus de la pyrolyse est crucial pour afficher un bilan économique positif. Nous pensons aussi que la rentabilité de notre chaîne viendra de notre capacité à fournir des matières de sortie haut de gamme. Et les volumes permettront de créer des effets d’échelle importants », se félicite le représentant du pneumaticien français. Sur le plan environnemental, les premières analyses de cycle de vie réalisées par le cabinet suisse Quantis, membre du consortium, montrent que le recours au rCB permet de gagner un kilo de CO2 par kilo de matière recyclée utilisée. « En utilisant de la matière vierge, on consomme 1,4 kg de CO2 par kilo de noir de carbone. La chaîne BlackCycle permet d’abaisser le niveau à 0,5 kg de CO2 », détaille Michaël Cogne.

Vers une production 100% durable en 2050

D’ici à cinq ans, les partenaires de BlackCycle disent vouloir incorporer près d’un pneu usagé sur deux dans cette boucle fermée. Et ce, non pas à l’échelle de la France, mais bien de l’Europe. « Trois millions de tonnes de pneus arrivent en fin de vie chaque année en Europe. Mais une grande partie quitte le continent. À travers BlackCycle, nous voulons montrer que nous avons tout intérêt à cesser d’exporter ces pneus qui seront en quelque sorte l’or de demain, si nous parvenons à structurer les filières pour revaloriser ces déchets sous forme de matériaux performants », insiste Michaël Cogne. Un projet qui doit contribuer à l’objectif que s’est fixé Michelin d’atteindre 40 % de matériaux durables (c’est-à-dire recyclés ou biosourcés) dans ses pneumatiques d’ici à 2030, puis 100 % en 2050. Des ambitions que partage Continental.

Le manufacturier allemand, implanté à Hanovre, veut de son côté grimper à 60 % de matériaux durables dès 2030, avant d’arriver aussi à 100 % au milieu du siècle. « Certaines de nos gammes embarquent déjà 25 % de matières recyclées ou renouvelables », glisse Oliver Schneider, le directeur général de la division commerce de Continental France SNC. Continental mise aussi sur les apports de la pyrolyse pour réintégrer des pneus usagés dans sa production. En 2019, il a annoncé un partenariat avec Pyrolyx, qui devrait lui fournir à partir du milieu de la décennie 10 000 tonnes de rCB par an. Preuve que les pneus d’hier pourraient être bientôt aussi ceux de demain.

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